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7 ans de détention pour avoir loué sa fille à un pédophile

Une Longueuilloise de 39 ans qui a reconnu avoir vendu les services sexuels de sa fillette à un pédophile pendant trois ans a écopé de sept ans de détention. Les détails bouleversants de cette histoire ont soulevé l'indignation du tribunal.

Un texte de Geneviève Garon

« Parfois, la réalité dépasse la fiction », a soupiré le juge Marco Labrie, de la Cour du Québec, avant de qualifier les circonstances du crime d'extrêmement « troublantes et révoltantes ».

La mère, voûtée, les cheveux noirs ébouriffés, le visage fin, pleurait à chaudes larmes dans le box des accusés lorsque le juge a entériné la suggestion des deux parties et l'a condamnée à sept ans de pénitencier, au palais de justice de Longueuil, lundi. En comptant le temps passé en détention préventive, il lui reste 5 ans et 10 mois à purger. Son nom demeure confidentiel afin de protéger l'identité de sa fille, maintenant âgée de 10 ans.

Plus tôt cet automne, la mère avait plaidé coupable à huit chefs d'accusation, notamment pour avoir incité son enfant à se prostituer et à toucher un tiers à des fins d'ordre sexuel.

Un drame qui a bouleversé les avocats des deux parties.

Laissée seule avec un prédateur

En 2013, la femme se prostituait chez elle, à Longueuil, lorsqu'un de ses clients a remarqué qu'elle avait une enfant de six ans. Il lui a proposé un marché innommable : de l'argent en échange de moments passés seul avec la petite. La mère a accepté.

« C'est parce que tu es une enfant, c'est parce que tu es spéciale qu'il te veut », a dit la mère à sa fillette. Les sévices ont duré trois ans. « C'est l'incompréhension totale », a affirmé la procureure Nathalie Legault, scandalisée par le comportement de la femme.

Un jour, l'enfant a dit à sa mère qu'elle ne voulait plus voir le pédophile. « On ne pourra plus se payer de nourriture et de petites gâteries », a rétorqué la mère, et l'enfant a continué.

« L'abus de confiance est énorme, il est sans borne », a insisté la procureure.

Déficience intellectuelle

La femme a une déficience intellectuelle légère et souffre d'un trouble de la personnalité limite. Elle-même a été victime d'abus sexuels. « Elle a toujours assouvi les besoins des personnes autour d'elle », a affirmé son avocat, Rémi Quintal, qui soutient que le pédophile a profité de sa vulnérabilité.

Il assure qu'elle a des remords et souligne qu'elle s'est dénoncée aux policiers, après que sa fille se soit confiée à l'école.

Selon Me Quintal, sa cliente et a renoncé à son autorité parentale afin de donner la chance à la victime de s'épanouir dans une autre famille, loin d'elle.

Trois enfants à la DPJ

La mère était sous curatelle publique en raison de ses problèmes personnels et mentaux de même que de son incapacité à gérer ses finances. Ses trois premiers enfants avaient été confiés à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et elle n'avait que la victime sous sa responsabilité. Me Quintal se questionne sur le sort de la benjamine. « J'ignore comment une femme qui est sous curatelle depuis 2014 a pu garder son enfant sans surveillance étroite »

L'avocat soutient que sa cliente avait menacé la DPJ de faire « une grève de la faim » l'hiver dernier, deux mois avant son arrestation, si elle ne prenait pas la fillette en charge. Or, il n'y aurait pas eu de suite à ce « cri d'alarme ».

Une fillette en détresse

La victime, qui est en famille d'accueil, souffre de graves séquelles psychologiques. Non seulement a-t-elle des idées suicidaires, mais elle s'auto-mutile, elle se blâme pour la présence de sa mère en prison et elle a des souvenirs des agressions qui l'empêchent de dormir.

Une membre de sa famille a témoigné qu'elle avait dû cacher ses couteaux de cuisine pour accueillir la petite chez elle, au printemps dernier.

Signe qu'elle est brillante et résiliente, elle réussit tout de même bien à l'école, selon la poursuite.

Marc Clermont de retour en cour en janvier

L'homme de 62 ans qui est accusé d'avoir payé la mère pour agresser sa fille, sera de retour en cour le 22 janvier et n'admet rien pour l'instant.

Marc Clermont aurait fait trois victimes et il fait face à 17 chefs d'accusation. Il a des antécédents judiciaires en semblable matière.

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