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80 millions de dollars sur cinq ans pour l’égalité homme-femme

Québec a présenté ce matin sa stratégie visant à faire « progresser l'égalité entre les sexes, dans tous les milieux et dans toutes les régions », dotée d'un budget de 80 millions de dollars sur cinq ans.

Québec concentrera ses actions là où les femmes vivent les plus grandes inégalités, par exemple dans certaines communautés immigrantes, parmi les aînées, les handicapées ou encore dans les situations de pauvreté.

Il s'agit aussi de lutter contre la violence faite aux femmes et d'établir la parité décisionnelle dans les lieux où les hommes sont en général surreprésentés.

Pour atteindre ses objectifs, Québec compte sur la participation et la mobilisation des hommes à titre d'alliés dans l’atteinte de l’égalité. Québec entend d'ailleurs s'inspirer de la campagne « He For She » de l’ONU.

Éducation à la sexualité du préscolaire jusqu'au secondaire

Québec entend aussi prôner une éducation plus égalitaire des enfants, sans stéréotypes sexuels. Le gouvernement veut aussi favoriser l’autonomie financière des femmes ainsi que le partage équitable des responsabilités familiales.

Toujours en termes d'éducation, la ministre Lise Thériault a annoncé en conférence de presse « la poursuite de la réintroduction des apprentissages en matière d’éducation à la sexualité dans les écoles, et ce, du préscolaire jusqu’à la fin du secondaire ».

Cette stratégie a été élaborée par le Secrétariat à la condition féminine, au terme d’une vingtaine de consultations auprès d’une centaine de groupes et organismes qui ont déposé plus de 80 mémoires et documents sur le sujet. Cette politique impliquera plus de 24 ministères et organismes gouvernementaux.

L'effort est doté d'un budget de 80 millions de dollars sur cinq ans, dont 32 millions de dollars de nouveaux crédits.

Une loi et un indice de l'égalité

La stratégie du gouvernement Couillard, qui table sur les efforts des gouvernements précédents en matière d’égalité des sexes, comprend aussi le dépôt d’une loi-cadre qui inscrit l’égalité entre les femmes et les hommes « au cœur des préoccupations et des priorités gouvernementales ».

Québec créera aussi un « indice québécois de l’égalité » pour suivre les tendances en matière d’égalité des sexes dans la province. Celui-ci permettra d’orienter la prise de décision au sein du gouvernement du Québec, peut-on lire dans un communiqué.

Une attention particulière aux femmes immigrantes

Comme le Québec accueille chaque année des dizaines de milliers d'immigrants, le gouvernement entend renforcer ses efforts d'éducation et de promotion de l'égalité des sexes auprès de cette clientèle où les femmes font parfois face à des difficultés supplémentaires.

« L’intégration des femmes immigrantes requiert de prendre en compte les enjeux qui leur sont spécifiques, notamment en ce qui a trait à la participation au marché du travail et à la vie collective », a expliqué la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil.

En 2016, les taux d’activité et d’emploi des femmes immigrantes de 15 ans et plus au Québec étaient inférieurs à ceux des femmes de l’ensemble de la population ou encore des hommes immigrants. La proportion de femmes immigrantes détenant un diplôme universitaire est inférieure à celle des femmes nées ici, souligne la ministre.

« Elles ont des compétences dont le Québec a besoin, et soutenir leurs ambitions et leurs aspirations ne peut qu’être favorable pour leur développement et celui du Québec. », a conclu Kathleen Weil.

Satisfaction, inquiétudes et critiques

Le Conseil du statut de la femme du Québec accueille la stratégie gouvernementale avec satisfaction. « Nous avons élaboré plusieurs éléments à travers les années qui se retrouvent aujourd’hui dans cette stratégie », affirme sa nouvelle présidente, Louise Cordeau. Cette dernière ajoute toutefois que c'est dans l'application de cette stratégie qu'on en mesurera l'efficacité.

La Fédération autonome de l'enseignement (FAE), dont plus des deux tiers des membres sont des femmes, louange la stratégie du gouvernement Couillard tout en s'inquiétant de son manque « d'objectifs clairs ».

Par voie de communiqué, la FAE s'inquiète aussi « de l'absence d’un réel programme d’éducation à la sexualité au profit de simples apprentissages disséminés tout au long du parcours scolaire ». Le regroupement de syndicats souligne que les enseignants auront besoin de professionnels » pour les soutenir en la matière.

Un point de vue partagé par Manon Massé de Québec solidaire qui affirme que les gens n'ont pas tous la capacité et l'expertise d'aborder, avec les jeunes, des questions « sensibles » et complexes. Par exemple, « parler du consentement, ce n'est pas simple », explique la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques.

Manon Massé en a aussi contre le budget alloué à la stratégie. Les 32 millions de nouveaux crédits « sont des ''pinottes'' », critique-t-elle.

La députée s'interroge sur le moment choisi pour dévoiler cette stratégie. Du fait que l'Assemblée nationale ne siège pas, dit-elle en substance, y a-t-il une volonté du gouvernement de ne pas prêter flanc aux critiques de l'opposition? « Lorsque la Chambre ne siège pas, il faut être assez malin pour parvenir à se faire entendre », commente Manon Massé.

Au Parti québécois, on dénonce le fait que le financement de la stratégie soit majoritairement prévu pour 2021 et que rien ne soit prévu pour financer les programmes ayant subi d’importantes compressions. Par ailleurs, le Parti Québécois dit attendre encore des mesures pour favoriser l’engagement des femmes en politique.

« On sent que les élections s'en viennent » - Sylvie Lévesque

Sylvie Lévesque dirige la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) et elle est également membre du Groupe des treize, une coalition qui défend les droits des femmes.

Selon elle, il aurait fallu que le gouvernement établisse une loi-cadre pour cet enjeu crucial qu'est la conciliation travail-famille-études. À ce sujet, Sylvie Lévesque attend que la ministre de la Famille du Québec annonce l'an prochain son plan d'action. « On sent que les élections s'en viennent », affirme-t-elle en faisant référence aux annonces et aux crédits à venir et à ceux que le gouvernement a récemment accordés.

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