Depuis un an, Cancun et la Riviera Maya sont le théâtre d'une vague de violence incontrôlée. Pour la première fois, les États-Unis avertissent leurs citoyens de faire attention s'ils vont dans cette région du Mexique.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Premier avertissement

Le 15 janvier, deux hommes armés entrent dans le bar de l’hôtel Blue Parrot de Playa del Carmen, sur la Riviera Maya. C’est le plus ancien hôtel de cette station balnéaire prisée des étrangers, dont les Canadiens. Les deux hommes se mettent à se tirer dessus.

Règlement de compte entre narcotrafiquants, dit-on encore aujourd’hui. Quatre morts, dont un employé canadien de l’établissement, deux touristes étrangers, un Italien et un Colombien, et 15 blessés.

Depuis, aucun touriste étranger n’a été la cible de l’épidémie de fusillades qui perturbent non seulement Playa del Carmen, mais aussi Tulum, Puerto Morelos et Cancun.

Washington s’inquiète

2017 s’annonce comme une année record pour les assassinats au Mexique. De janvier à juillet, on en compte 14 000, contre 11 000 l’année précédente.Dans l’État de Quintana Roo, où se trouve la Riviera Maya, on compte 178 « exécutions » depuis le début de l’année, dont 124 à Cancun et 42 à Playa del Carmen.À Cancun, à part quelques fusillades isolées dans la zone hôtelière, les « règlements de compte » se produisent la nuit dans plusieurs quartiers populaires, où normalement ne vont pas les touristes.Mais attention aux balles perdues, avertit le département d’État américain. « Les homicides ont augmenté en 2017 dans des batailles entre groupes criminels, et des passants innocents ont été blessés ou tués dans des fusillades », explique le département sur son site web.

Le gouvernement canadien n’a pas encore lancé ce genre d’appel à la prudence. Mais comment cette vague de violence inédite s’explique-t-elle?

La paix des narcosEn 2009, celui qui devait être le prochain chef de police de Cancun et faire la chasse aux narcotrafiquants, le général Maurico Tello Quiñones, a été assassiné.À l’époque, ce meurtre semblait un cas isolé qui allait rester sans conséquence. Il semblait aussi que la région de Cancun était bien tranquille et allait le rester.Il y avait un cartel de la drogue dominant : le cartel de Sinaloa. Comprenez-vous, nous disait alors un journaliste, les narcotrafiquants ont aussi besoin d’endroits tranquilles pour se reposer, pour leurs familles ou pour investir (blanchiment d’argent) dans des copropriétés ou des hôtels.

En 2016, le chef du cartel de Sinaloa, « El Chapo » Guzman, a été capturé. Il est en prison à Brooklyn et subit son procès. Il finira sa vie en prison aux États-Unis. Son cartel est en train d’éclater.À Cancun, il y aurait en plus des restes de Sinaloa, le cartel Jalisco Nueva Generacion et au moins une bande criminelle locale, le cartel de Cancun. Résultat, la paix des narcotrafiquants est rompue, et les petits soldats des trafiquants se battent pour le territoire. D’où le chaos dans les rues de Cancun.

Il faut savoir que tous les touristes ne viennent pas pour le soleil, la mer, le repos. Certains recherchent des plaisirs illicites de tous genres. Cancun et Playa sont d'importants marchés de la drogue.

Lors de notre récent passage à Cancun, nous avons rencontré les chefs de police de cette ville et de Playa del Carmen. Aucun des deux ne dément cette théorie de la guerre entre narcotrafiquants, mais ils s’empressent d’ajouter que le trafic de drogues est du ressort du gouvernement fédéral.« Ce sont des conflits entre des groupes rivaux, antagonistes, qui essaient de dominer cette zone de la ville où se trouve le marché de la drogue », explique le chef de police, l’ex-militaire Juan Martin Rodriguez Olvera, nommé juste après la fusillade du Blue Parrot.« La police a été surprise par la vague de violence. Nos moyens n’ont pas été planifiés pour une telle situation et ils sont insuffisants », reconnaît le nouveau chef de police de Cancun, le commandant Darwin Puc Acosta.Gouverneur en prisonOn montre du doigt l’ancien gouverneur Roberto Borge, en attente d’extradition au Panama pour corruption, détournement de fonds et blanchiment d’argent. C’est lui qu’on accuse d’avoir « affamé » les policiers qui, par la suite, n’ont pas été capables de réduire la violence.

Mais l’alarme a sonné. Le nouveau gouverneur, Carlos Joaquin Gonzales, et le gouvernement fédéral mettent les bouchées doubles pour rééquiper les polices. On installe 3000 caméras à travers l’État et on renforce les contrôles routiers.Pas de danger pour les touristesLes chefs de police sont formels : « Nous garantissons la sécurité des touristes; ils peuvent venir sans crainte. Vous n’irez jamais dans les zones où se produisent les fusillades ».Les gens que nous avons rencontrés nous disent la même chose : « Venez, vous serez bien accueillis, il n’y a pas de danger ».

Le journaliste et spécialiste de la civilisation maya, Claudio Obregon, est guide touristique pour les zones archéologiques du Yucatan et de la Riviera Maya. À son avis, ces sites sont sécuritaires.

Même son de cloche du côté de Jorge Gonzalez, animateur de l’émission de radio la plus écoutée de Cancun et de la Riviera Maya sur Caribe FM. Préoccupé par l’effet sur le tourisme de la vague de violence actuelle, il a voulu nous entendre et nous faire partager l’avis de ses invités sur la question.Leur conseil, à l’unanimité : « Les touristes peuvent venir sans danger, ils seront bien accueillis. Comme nous, ils ne risquent rien à se promener, de jour comme de nuit ».

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