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« À ceux et celles que j’ai pu offenser malgré moi, je le regrette sincèrement » - Sklavounos

Dans une déclaration lue jeudi matin à Montréal, le député de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, accompagné de son épouse, a exprimé ses regrets à tous ceux qu'il aurait pu offenser par ses agissements à l'Assemblée nationale, où il compte retourner la semaine prochaine.

Un texte de François Messier

Il ne reconnaît cependant aucune action déplacée de sa part, préférant évoquer des maladresses ou des imprudences, commises malgré lui. Les allégations d'agression sexuelle portées par Alice Paquet étaient « fausses », soutient-il en outre, une semaine après avoir été formellement blanchi par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Disant s’être livré à une « profonde et sincère introspection », l’ex-député libéral a expliqué qu’il est un homme « extraverti, volubile et passionné », mais qu’il a « toujours tenté d’être le plus respectueux possible des gens [qu'il] côtoie, tant professionnellement que personnellement ».

« Cependant, si, dans des tentatives de socialiser, de créer des liens d’amitié ou d’alléger l’atmosphère de manière parfois maladroite, j’ai pu offusquer ou rendre inconfortables d’autres personnes, je tiens à souligner que cela m’apparaît maintenant inacceptable et inapproprié, et je m’engage à faire preuve de beaucoup plus de prudence à l’avenir », dit-il.

« Certaines personnes ne veulent pas avoir ce type d'attentions, de comportements, de paroles à l'Assemblée nationale », a-t-il précisé ultérieurement. « C'est ce que cette introspection m'a permis de comprendre. »

À celles et ceux que j’ai pu offenser malgré moi, sachez que ce ne fut jamais mon intention et que je le regrette sincèrement.

Gerry Sklavounos

« Aucune personne qui s'est plainte à moi directement »

Pressé de dire ce qu'il regrettait exactement, M. Sklavounos est demeuré avare de détails.

« Je ne peux pas vous dire que je me souviens de quelque chose en particulier », a-t-il dit. Il a convenu que, dans certaines circonstances, il a pu faire « le petit charmeur » et donner des compliments « honnêtes et polis » à des collègues, et que « cela n'a pas sa place nécessairement au travail. »

« Il n'y a aucune personne qui s'est plainte à moi directement, et personne ne m'a mis au courant qu'il y aurait une plainte contre moi à aucun moment », a aussi souligné M. Sklavounos pour sa défense.

Évoquant les allégations faites à son endroit dans Le Devoir par des femmes travaillant à l'Assemblée nationale, il s'est contenté de dire que « ce n'est pas tout à fait clair, pas tout à fait précis ».

Il a précisé que les allégations selon lesquelles il aurait fait des attouchements étaient « parmi les choses les plus blessantes » qu'il a entendues ces dernières semaines.

« Je serai beaucoup plus réservé et prudent à l'avenir », a-t-il encore dit. « Je compte devenir un exemple. »

Des engagements, en attendant une possible réintégration au caucus

Après avoir fait acte de contrition, M. Sklavounos s'est livré à une profession de foi envers l’égalité entre les hommes et les femmes, « valeur fondamentale de notre société » qu’il assure considérer comme « non négociable ».

Les femmes et les hommes ont le droit de vivre, d’apprendre et de travailler dans un environnement sain, sécuritaire, respectueux et harmonieux.

Gerry Sklavounos

L’homme de 42 ans s’engage du coup à « œuvrer au quotidien à l’application de ce principe », à « soutenir les initiatives porteuses des groupes qui oeuvrent à la promotion de ces principes », et à « donner un caractère exemplaire » à son « action politique future », par ses actes, ses gestes, ses paroles et ses écrits.

M. Sklavounos n'a pas voulu anticiper sur la possibilité qu'il rejoigne de nouveau le caucus libéral, mais n'a pas caché que c'était son souhait. « Mes valeurs n'ont jamais changé; je suis toujours un libéral dans l'âme », a-t-il fait valoir. Il précise d'ailleurs avoir « demandé à être réintégré » dès que la décision du DPCP a été rendue publique, mais a reconnu que cette décision appartenait au premier ministre et aux autres députés libéraux.

Le député de Laurier-Dorion soutient par ailleurs qu'il ne pense pas à poursuivre Alice Paquet « en ce moment », même s'il assure qu'elle a fait de « fausses allégations » à son endroit. Il a déploré au passage que le principe de présomption d'innocence ait été « un peu piétiné » dans toute cette affaire.

M. Sklavounos n'a pas caché que toute l'histoire a eu un « effet considérable » sur sa famille, et a remercié sa femme pour son « soutien indéfectible ». Il a également remercié les membres de l'association libérale de sa circonscription.

Je vivais vraiment un enfer. C'était l'enfer pour moi et ma famille. Et ma démarche a commencé à ce moment-là.

Gerry Sklavounos

Le député affirme qu'il n'est « pas rétabli à 100 % », qu'il a perdu du poids depuis que l'affaire a éclaté, et qu'il demeure stressé.

Couillard réserve son jugement

« Je n’ai pas vu son texte, alors je ne commencerai pas à analyser un texte que je n’ai pas lu, a déclaré le premier ministre du Québec Philippe Couillard au cours d’une mêlée de presse à Bromont. « On va prendre le temps de le regarder comme il faut » en caucus.

Le premier ministre Couillard avait affirmé, vendredi dernier, que la réintégration de M. Sklavounos ne serait « ni immédiate ni automatique ».

Le chef du Parti libéral du Québec avait également indiqué que Gerry Sklavounos devait faire amende honorable en produisant une déclaration publique « très forte, très sentie et très sincère » de bonne conduite envers les femmes s’il souhaitait possiblement réintégrer le caucus du parti. Celle-ci devra indiquer de quelle manière « comme personne, comme homme », il entend se comporter avec les femmes à l'avenir.

Mardi, le chef péquiste Jean-François Lisée a estimé qu’il était impensable que M. Sklavounos réintègre le caucus libéral et qu’il serait même préférable qu’il ne se représente pas en 2018.

« Ce n'est pas sa place de rester à l'Assemblée nationale. Du moins, certainement pas après la fin de son mandat actuel », a-t-il dit.

« Un caucus de parti politique, c'est le rassemblement de gens qui représentent la population et qui sont donc tenus à un comportement qui est exemplaire ou, du moins, le plus exemplaire possible, soutient le chef péquiste. Est-ce qu'on peut dire de M. Sklavounos qu'il représente le type de comportement qu'on veut d'un élu de l'Assemblée nationale? Moi, ma réponse est non. »

François Legault a refusé de se prononcer, en soulignant qu’il n’est visé par aucune plainte officielle. « Si j'étais à la place de Philippe Couillard, j'aurais un bon tête-à-tête avec M. Sklavounos pour savoir : est-ce qu'il y a un fondement à toutes les allégations qu'on a entendues à son sujet? […] Le seul qui peut répondre à cette question, c'est M. Couillard. Pour l'instant, moi, je n'ai pas de preuve pour l'exclure. »

La députée de Québec solidaire Manon Massé a soutenu pour sa part que M. Sklavounos ne serait pas accueilli à bras ouverts au Parlement. « Je pense qu'il n'a plus la confiance des femmes », a affirmé celle qui maintient croire la version de Mme Paquet, malgré les conclusions du DPCP.

M. Sklavounos avait toujours clamé son innocence sans commenter davantage les faits qui lui étaient reprochés par la plaignante, pour éviter de nuire à l’enquête policière. Il avait également exprimé le souhait que la lumière soit faite sur les allégations lancées à son endroit.

Alice Paquet avait créé une commotion à l’Assemblée nationale et au sein de la population en accusant publiquement le député Sklavounos de l’avoir agressée sexuellement. Elle avait fait cette confession au cours d’un rassemblement de soutien aux victimes d’une série d’agressions sexuelles à l’Université Laval.

D'autres membres du personnel de l'Assemblée nationale avaient également déploré certains comportements de M. Sklavounos à la suite des allégations d'Alice Paquet.

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