Une centaine de Québécois et des milliers d'autres passionnés de partout dans le monde se donnent rendez-vous aux États-Unis lundi pour observer l'éclipse totale du Soleil. Une rare occasion d'assister au plus grandiose des spectacles de la mécanique céleste visible de la Terre. Bienvenue dans l'univers des chasseurs d'éclipses!

Un texte d’Alain Labelle

Ces mordus n’ont pas d’association comme telle. Ils s’organisent au gré des endroits, qu'ils visitent parfois en solitaire, parfois en couple, ou en groupe.

L’astronome Marc Jobin, du Planétarium Rio Tinto Alcan, chasse les éclipses depuis les années 1990. Il a observé sa première en 1994, à 4000 mètres d’altitude, dans le nord du Chili.

Le cinéaste Richard D. Lavoie en a aussi attrapé la piqûre à la suite d’une première expérience en Guadeloupe en 1998.

Destinations inconnues

Ces deux passionnés d’éclipses se connaissent bien. Ils ont participé à des « voyages de chasse » organisés dans des endroits parfois très reculés qui demandent une certaine logistique sur le plan du transport et la nécessité de recourir à des guides. Ils se regroupent alors pour consulter des agences de voyages spécialisées qui connaissent le territoire visité. Cela permet aussi de partager les coûts, qui grimpent rapidement.

C’est le cas d’un voyage organisé en 2006 en Libye, auquel ont participé plusieurs membres de la Société d’astronomie du Planétarium de Montréal.

Une expérience inoubliable sur le plan astronomique, bien sûr, mais aussi sur les plans humain et culturel, ajoute M. Jobin.

La poursuite des éclipses les a également menés dans le désert de Gobi en Mongolie, en 2008, aux îles Tuamotu en Polynésie française, en 2010, ou encore aux îles Féroé au Danemark, en 2015.

Un moment de grâce

Les mordus d'éclipses ne se lassent pas de la beauté du spectacle céleste, même après plusieurs rendez-vous.

M. Lavoie affirme qu’au moment de la totalité de l’éclipse, il est possible de voir des planètes et des étoiles. « On a vraiment l’impression d’être une minuscule parcelle de vie dans l’espace », explique-t-il.

De son côté, Marc Jobin se souvient du moment de grâce qu’il a vécu le 22 juillet 2009 dans l’océan Pacifique, près du Japon. L’astronome a assisté à la plus longue éclipse totale de ce siècle, qui a duré 6 minutes et 39 secondes.

Un trou dans les nuages

Contrairement aux chasseurs de tornades, qui, eux, cherchent les cellules orageuses extrêmes, les mordus d’éclipses cherchent un ciel complètement dégagé. Les deux groupes partagent toutefois un aspect essentiel nécessaire à leur passion : obtenir des informations météo les plus précises.

Richard D. Lavoie se souvient d’un « voyage de chasse » rocambolesque avec un ami qui les avait menés au sud de la Hongrie en 1999, près de la frontière avec la Roumanie.

Le duo réalise rapidement qu’il doit mettre la main sur les données météo les plus récentes. Il met donc le cap, au petit matin, vers un aéroport près de l'endroit où ils se trouvaient. Arrivés sur les lieux, les deux hommes sont escortés par un membre du personnel vers la tour de contrôle pour consulter les derniers bulletins météo. Mauvaise nouvelle : deux fronts orageux s’approchent et risquent de réduire à néant leurs chances d’observation.

Ils décident alors de se diriger vers l’ouest pour tenter de trouver un trou dans les nuages entre les deux fronts. Après avoir roulé pendant plusieurs kilomètres, ils trouvent un champ au-dessus duquel le ciel est dégagé. Ils sortent alors leurs instruments d’observation, s’installent et… les nuages reviennent et menacent encore une fois de ruiner le spectacle.

Ils repartent de plus belle, en mettant rapidement le matériel sans le démonter sur la banquette arrière de la voiture.

Puis une éclaircie se présente. Ils sortent de la voiture, installent leurs équipements à nouveau et là, « bang, la totalité ».

Une expérience intérieure

Si les chasseurs d’éclipses se déplacent rarement seuls, ils ne tiennent pas nécessairement à se retrouver dans de grands groupes au moment de la totalité de l’éclipse. C’est souvent un instant d’introspection. Une expérience personnelle. Un « espace-temps » partagé avec un phénomène naturel hors norme.

Un moment de recueillement qui ne dure que quelques minutes, certes, mais qui alimente leurs conversations dans les heures et les jours qui suivent.

Prochain rendez-vous

De nombreux amateurs québécois seront bien sûr nombreux au rendez-vous lorsque l’éclipse totale traversera 12 États américains le 21 août.

Certains se donnent rendez-vous en Oregon, en Caroline du Nord, et d’autres en Idaho. C’est à cet endroit que nos deux chasseurs se rejoindront pour assister au spectacle céleste. Selon leurs analyses, c’est dans cet État que les chances d’une météo clémente sont les plus grandes.

D’autres mettent le cap vers le Tennessee. C’est le cas de Philippe Moussette, président du club d'astronomie VÉGA de Cap-Rouge et de son groupe. L’amateur d’astronomie assistera à sa première éclipse totale du Soleil à partir de la région de Nashville.

Comme les chasseurs d’éclipse se souviennent toujours de leur « première éclipse » et en recherchent l’apothéose par la suite, gageons qu’elle se sera pas sa dernière.

Plus d'articles

Commentaires