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À la recherche des baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent

Un avion Dash 7 de Transports Canada survole le golfe du Saint-Laurent depuis six semaines à la recherche des baleines noires de l'Atlantique Nord. Les deux premières ont déjà été repérées il y a une semaine au large de la Péninsule acadienne.

Un texte de Nicolas Steinbach

Nous sommes à bord avec l'équipe de surveillance de Transports Canada qui est un peu différente ce jour-là. En plus du pilote et des techniciens, deux observatrices de mammifères marins se joignent à l'équipage. Mylène Dufour et Rachel Brien Lavergne s'installent à l'avant, devant des hublots bombés qui leur permettent de voir pratiquement en dessous de l'avion.

« On va se concentrer, il ne faudra pas nous déranger pendant au moins six à sept heures. On s’habitue. Moi, je suis faite pour ça. Tous les indices de surveillance de mammifères marins, on le fait à l’oeil, puis le technicien nous aide avec la caméra pour faire l’identification de l’espèce », explique Mylène Dufour, technicienne en science aquatique chez Pêches et Océans Canada.

Leur mission est de repérer les baleines, leur position, leur nombre, la date de l'identification. Les données sont ensuite enregistrées et cataloguées par les techniciens de bord. L'histoire qui s'écrit est toute nouvelle pour la baleine noire, n'ayant jamais été observée en si grand nombre dans le golfe du Saint-Laurent.

« C’est chercher une aiguille dans une botte de foin. On sait qu’elles se présentent dans le golfe du Saint-Laurent, mais on ne sait pas où exactement », fait valoir Rachel Brien Lavergne, technicienne en science aquatique chez Pêches et Océans Canada.

L’aéronef vole très bas, à 1500 pieds ou 450 mètres, en comparaison à un vol commercial qui a une altitude de croisière de 30 000 pieds. Les observatrices de mammifères marins aperçoivent de premières baleines au large d’Anticosti. Ce sont des baleines à bosse et des rorquals.

« C’est notre meilleure sortie à ce jour. On se rend compte à quel point le golfe du Saint-Laurent est riche et important à préserver. La saison commence, si on voit autant de baleines arriver, ça veut dire qu’il y a de la nourriture qui s’installe, et que dans les semaines, les mois à venir, il va y en avoir encore plus. Ça, c’est sûr », disent Mylène Dufour et Rachel Brien Lavergne.

Le Dash 7 suit les lignes de transport maritime empruntées par les navires marchands. L’avion survole le golfe au large du Nouveau-Brunswick jusqu’à l’île d’Anticosti, puis la Côte-Nord.

« La raison pour laquelle on survole les lignes de transport maritime, c’est que les baleines noires qui ont été trouvées l’année dernière, les nécropsies ont démontré que les causes de mortalité étaient soit des collisions avec des navires, soit des empêtrements avec des engins de pêche », mentionne Rachel Brien Lavergne.

Il n’y a pas d’observation de baleine noire sur ce vol, mais jeudi, un peu plus tôt, Pêches et Océans a confirmé la présence de 12 d'entre elles dans un territoire plus au sud. Cette zone est fermée à la pêche au crabe des neiges et au homard depuis le début de la saison pour protéger le mammifère marin en voie de disparition. C'est un autre vol de surveillance qui a signalé la présence de ces baleines noires.

Une « nouvelle » mission pour Transports Canada

Ces vols permettent de documenter la présence des baleines noires. Mais pour Serge Léger, officier de surveillance, c’est une toute nouvelle aventure.

« Pour la surveillance, c’est intéressant parce que c’est une nouveauté. Nous autres, on fait la surveillance des glaces, pour la pollution. C’est une autre partie de mon emploi. Oui, on a l’impression de faire une différence parce qu’on peut trouver les baleines noires et savoir où elles sont », explique Serge Léger.

Ce Dash 7 est un laboratoire volant. On a remplacé les sièges par de l'équipement informatique à la fine pointe de la technologie: des radars, des caméras infrarouges qui détectent la chaleur.

« Ici, quand on va changer à l’infrarouge, c’est pour pouvoir voir le souffle de la baleine. C’est plus facile à le détecter », indique Serge Léger.

L'expérience est toute nouvelle également pour le pilote Bill Cody, qui vole depuis plus de 30 ans.

« C’est la première fois que je participe à une mission pour trouver des baleines, dit Bill Cody. Ça me donne beaucoup de réconfort et de satisfaction. »

Le Dash 7 volera au moins deux fois par semaine au cours des prochains mois, tandis que les baleines noires seront de plus en plus nombreuses à arriver dans le golfe du Saint-Laurent. Mylène Dufour et Rachel Brien Lavergne prévoient de participer aux vols de surveillance jusqu’à l’automne.

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