Retour

À quand des injections supervisées pour les toxicomanes de Québec?

Se piquer tout seul dans un endroit public, c'est dangereux. Les toxicomanes ont besoin au plus vite de services d'injection supervisée, croit Mario Gagnon, directeur de l'organisme Point de repères, à Québec.

Un texte de Claude BrunetTwitterCourriel à Désautels le dimanche

Après Insite à Vancouver, Montréal est en voie d'offrir des services d'injection supervisée; un lieu où les toxicomanes peuvent s'injecter cocaïne, morphine et héroïne en toute sécurité et en toute impunité.

À Québec, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale souhaite offrir les mêmes services au centre-ville.

L'agence estime que le besoin est réel. Il y a un grand nombre de toxicomanes qui s'injectent des drogues dans des conditions qui menacent leur santé et leur sécurité.

Avant d'implanter un tel service, le CIUSSS doit faire une demande d'exemption à Santé Canada, suivant ainsi les balises fixées par la Cour suprême dans le jugement favorable à l'organisme Insite de Vancouver.

Le CIUSSS du Centre-Est-de-l'Île-de-Montréal a déposé sa demande à Santé Canada le printemps dernier. Pour obtenir une exemption de Santé Canada afin d'implanter des services d'injection supervisée, l'agence doit démontrer le besoin, détailler le projet et recueillir un large consensus au sein de la communauté.

À bout de patience

À Québec, les organismes communautaires qui soutiennent le projet commencent à s'impatienter. Le directeur de Point de repères, qui distribue 300 000 seringues par année, juge que c'est urgent. Mario Gagnon explique que bon nombre de toxicomanes n'ont d'autre choix que de se piquer dans un lieu public, une opération risquée. 

Se piquer dans un stationnement souterrain

À 42 ans, Karine Girard s'injecte des drogues depuis presque 20 ans : cocaïne, héroïne et morphine. Avant d'avoir un logement, elle se piquait là où elle le pouvait.

Au fil des ans, Karine Girard a contracté l'hépatite C et le VIH. Une fois, lors d'une overdose, elle a sombré dans une psychose toxique. « J'en suis venue à perdre contact avec la réalité et j'ai passé proche de tuer quelqu'un. »

Karine Girard pense que tout cela ne serait pas arrivé si on l'avait accompagnée par l'entremise d'un service d'injection supervisée.

« Pas dans ma cour »

À Québec, on parle de services d'injection supervisée depuis 15 ans, et l'idée a fait son chemin. Le maire Régis Labeaume est d'accord, à condition que le service soit associé à un établissement de santé.

Les commerçants du quartier Saint-Roch, où on pense offrir le service, restent frileux. Ils souhaitent que les services soient mobiles pour éviter de stigmatiser un secteur en particulier.

Quant aux résidents, ils sont divisés. Les nouveaux arrivants dans Saint-Roch n'aiment généralement pas l'idée.

Quel capital de sympathie?

Avant de soumettre la demande à Santé Canada, le CIUSSS de la Capitale-Nationale doit élaborer un projet détaillé et obtenir un large consensus au sein de la communauté.

L'organisateur communautaire responsable du projet au CIUSSS, Marc De Koninck, estime que cela peut prendre facilement encore deux ans avant de déposer une demande à Santé Canada.

« C'est une clientèle pour [laquelle] le capital de sympathie est moins grand. Les personnes toxicomanes sont égales en dignité, comme n'importe qui, mais on peut se poser la question », explique Marc De Koninck.

Selon vous, l'heure est-elle venue d'ouvrir des centres d'injection supervisée dans les villes du Canada?

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine