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À quel prix le litre d'essence sera-t-il trop cher pour vous?

Je sais que, rien qu'à lire le titre, plusieurs d'entre vous enragent. Vous êtes fatigués de payer, trop taxés. Je vous comprends. Et j'espère sincèrement que les 40, 50 ¢ sur le dollar gagné que vous remettez aux gouvernements sont bien dépensés, dans l'intérêt public et dans la réduction des inégalités. Sur papier, en tout cas, c'est le modèle social dans lequel nous vivons.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

 

Maintenant, les choses ne sont pas parfaites. Et payer plus de taxes quand on a l'impression que les services publics ne sont pas au rendez-vous, c'est choquant. Et si vous avez la conviction idéologique en plus que l'État doit en faire moins, on comprend bien que la taxe carbone, pour vous, vous l'accueillez comme étant « encore une autre maudite taxe »!

Pourtant, cette taxe, c'est à peu près le moyen qui semble fonctionner pour changer les comportements. La littérature économique, les experts de gauche comme de droite d'ailleurs, vont vous citer 1000 cas de taxes, de tarifs, de prix imposés à un bien ou à un service qui sont venus modifier le comportement des citoyens.

Le brocoli à 7 $, on ne l'achète pas! Pourquoi? Parce que c'est trop cher! Les trois boîtes de jus d'orange en spécial, elles nous tentent! Pourquoi? Parce que le prix est bon! Le paquet de cigarettes surtaxé a mené bien des gens à se tourner vers le tabac illégal de contrebande. Pourquoi? Parce que les fumeurs trouvaient le tabac légal trop cher!

La taxe carbone, c'est la même chose. « Ça fait plusieurs années qu'on dit que, si jamais on veut être sérieux pour changer les comportements concernant notre consommation d'énergies fossiles et qu'on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faut mettre un prix. On appelle ça valoriser le prix du carbone et c'est vraiment important », dit l'économiste François Delorme, qui enseigne l'économie de l'environnement à l'Université de Sherbrooke.

Selon lui, la décision du gouvernement Trudeau d'imposer un prix minimum sur le carbone pour tout le Canada à compter de 2018 est un premier pas dans la bonne direction. Le prix minimum sera de 10 $ la tonne en 2018, de 20 $ en 2019, de 30 $ en 2020, de 40 $ en 2021 et de 50 $ en 2022. La montée des prix est forte, mais il faut dire que, dans les provinces qui ont déjà des systèmes de taxation du carbone, la tonne de carbone atteint déjà 30 $ dans plusieurs cas.

En 2022, à 50 $ la tonne, c'est 11 ¢ de plus sur le litre d'essence. Au Québec, avec la bourse du carbone, on évalue que la taxe carbone oscille entre 3 et 6 ¢ le litre. Pourquoi est-ce à vous, automobiliste, de payer le prix du carbone? Deux explications.

Premièrement, l'émetteur final de gaz à effet de serre, c'est la personne qui brûle l'essence en se déplaçant en automobile. Deuxièmement, et c'est François Delorme qui nous l'expliquait à RDI économie mardi soir, toutes les entreprises font payer les factures de taxes aux consommateurs, aux travailleurs, aux actionnaires. S'il y a des pressions sur les marges de profits, les entreprises vont chercher des solutions. Et, au final, c'est vous qui allez payer.

Et, donc, si vous êtes pris à payer cette taxe, on arrive à l'objectif poursuivi par ce prix sur le carbone : vous allez changer de comportement. Au lieu de payer les 11 ¢ de plus sur le litre d'essence, au lieu de payer 14 ¢ de plus pour votre huile à chauffage, vous allez faire un choix. Quel type de véhicule est-ce que je veux? Comment est-ce que je souhaite me déplacer? Comment est-ce que je vais chauffer ma maison?

Je sais que c'est fatigant. Mais, puisque le défi économique le plus important de ce siècle, c'est le défi écologique, il est clair que le signal du prix est un outil puissant pour faire avancer les choses. Il n'y a pas que ça à faire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais, c'est certainement l'un des moyens les plus efficaces pour provoquer le changement.

Qu'on aime ça ou non.

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