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À quoi ressemblera un monde avec des véhicules autonomes?

L'arrivée des véhicules autonomes sur nos routes au cours des prochaines décennies mènera à plusieurs changements, dont certains pourraient vous surprendre. Projetons-nous dans l'avenir pour les découvrir.

Un texte d'Olivier Bachand

Selon beaucoup d'experts et d'acteurs de l'industrie automobile, cette grande avancée technologique provoquera de très nombreux changements dans le domaine de la mobilité et dans notre vie de tous les jours.

Denis Gingras, le directeur du Laboratoire sur l'intelligence véhiculaire de l'Université de Sherbrooke, et Charles Boulanger, le PDG de LeddarTech, une entreprise qui conçoit des systèmes de télémétrie, répondent à quatre questions sur les véhicules autonomes.

1. QUAND CIRCULERONT-ILS SUR NOS ROUTES?

Des véhicules autonomes roulent déjà en Ontario, dans le cadre de projets pilotes qui doivent être autorisés par la province. Le gouvernement du Québec doit lui aussi permettre ce type de tests au cours des prochains mois, une fois que la réforme du Code de la sécurité routière sera adoptée.

Avant d'aller plus loin, il est important de comprendre qu'il existe six niveaux d'autonomie, échelonnés de 0 à 5, 0 étant le niveau le plus faible et 5, l'autonomie totale.

Les niveaux d'autonomie des véhicules

Selon l'agence gouvermentale américaine responsable de la sécurité routière, la National Highway Traffic Safety Administration, les véhicules peuvent être classés selon six niveaux d'autonomie.

« Des véhicules complètement automatisés, qu'on va retrouver partout au Québec, au Canada, de niveaux 4 et 5, dans lesquels il n'y aura plus de volant et de pédales, moi, honnêtement, je dirais entre 2030 et 2050 », dit Denis Gingras.

Charles Boulanger de LeddarTech abonde dans le même sens. Il estime que les véhicules autonomes destinés aux particuliers se déploieront sur les routes à compter de 2025-2030.

2. À QUOI SERVIRONT LES PREMIERS VÉHICULES AUTONOMES?

Selon bon nombre d'experts, les premiers véhicules autonomes seront destinés au transport collectif, puisque la technologie sera trop coûteuse au départ pour la vaste majorité des particuliers.

Des navettes et des autobus autonomes pourraient par exemple être déployés par les sociétés de transport. Des entreprises privées pourraient quant à elles lancer des services de taxis-robots, comme Uber compte le faire. Ces services seront mis sur pied avant que le véhicule autonome ne soit adopté à grande échelle, estime Charles Boulanger.

Selon lui, les services de taxis-robots seront offerts en premier lieu dans les quartiers centraux des grandes villes, parce qu'ils ne seront pas rentables là où la densité de population est trop faible.

Denis Gingras croit que les premiers véhicules autonomes serviront à résoudre ce qu'on appelle « le problème du dernier kilomètre » pour le transport de personnes. Ce dernier kilomètre peut, par exemple, représenter la distance entre votre domicile et l'arrêt d'autobus le plus près de chez vous, qui vous permet d'accéder au système de transport en commun.

3. CES NOUVEAUX SERVICES POUSSERONT-ILS LES AUTOMOBILISTES À ABANDONNER LEUR VÉHICULE PERSONNEL?

Il y a fort à parier que oui. Les gens qui auront accès à des taxis-robots dans leur secteur pourraient être tentés de se débarrasser de leur voiture si le service est fiable, adapté à leurs besoins et moins coûteux.

Sans chauffeurs à payer, les entreprises de taxis autonomes pourront offrir ce type de services à des coûts raisonnables et maximiser leur rentabilité en faisant rouler leurs véhicules pratiquement 24 heures sur 24.

Selon Denis Gingras, il sera possible de se procurer des forfaits qui donneront accès à des services de mobilité pour un kilométrage prédéterminé. « Les gens pourront évaluer leurs besoins en mobilité, avec leur position par rapport au travail et à l'école de leurs enfants. [...] Dépendamment de leurs besoins, les personnes pourront se procurer des forfaits en mobilité qui vont ressembler un peu aux forfaits que l'on a en téléphonie cellulaire. »

« Ils n'auront plus besoin d'acheter des voitures, plus besoin d'avoir de permis de conduire, plus besoin de payer des assurances, plus besoin de payer des tarifs de stationnement dans un condo ou au centre-ville », dit M. Gingras.

4. COMMENT L’AUTONOMISATION DE L’AUTOMOBILE TRANSFORMERA-T-ELLE SON USAGE?

Selon Charles Boulanger, c'est le véhicule autonome personnel, plutôt que celui utilisé pour le transport collectif, qui apportera les changements les plus profonds à l'usage de la voiture. « La vraie transformation est là. C'est vraiment le mode de vie, carrément, qui va changer. C'est presque de la téléportation, parce qu'on va être dans son véhicule et on ne s'apercevra pas qu'on va se déplacer. »

Étant donné que l'humain n'aura plus besoin de conduire, il aura du temps libre pour faire autre chose. Ainsi, la voiture autonome pourrait se transformer en bureau. Un homme d'affaires de Montréal, par exemple, pourrait se rendre à Toronto en voiture pour une réunion tout en travaillant pendant que son véhicule se déplace.

L'environnement routier sera aussi grandement transformé dans un monde où il n'y aura que des véhicules autonomes sur les routes, croit Denis Gingras. « Ce sont des véhicules qui n'auront plus besoin de signalisation externe, parce que toute l'information sur les limites de vitesse, sur la communication entre véhicules, la gestion des intersections va faire en sorte qu'on n'aura plus besoin de panneaux d'arrêt, de panneaux de limites de vitesse, de feux de circulation. On n'aura plus besoin de ça. »

Les véhicules autonomes poseront aussi certains défis particuliers. Comme ils intégreront une foule de technologies avancées, dont l'intelligence artificielle, il faudra des compétences poussées pour effectuer l'entretien et la réparation des systèmes.

Le « garagiste du coin » tel qu'on le connaît aujourd'hui ne suffira plus à la tâche. Selon Denis Gingras, ce sont plutôt des équipes multidisciplinaires comprenant entre autres des ingénieurs qui devront s'en charger.

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