Des chantiers qui ont pris du retard, un rapport dévastateur sur la qualité de l'eau dans des sites de compétition, un budget revu à la baisse, le virus Zika... Rio a eu bien des maux de tête dans sa préparation olympique. Mais à six mois jour pour jour de la cérémonie d'ouverture au stade Maracana, elle assure qu'elle sera prête et qu'elle livrera de bons Jeux.

Rio n'est plus ce vaste chantier désorganisé, ralenti par une mauvaise coordination entre les ordres de gouvernement, que déplorait le vice-président du Comité international olympique (CIO), John Coates, en 2014. Les grues et les ouvriers ont envahi la ville, les infrastructures se sont construites.

La construction des enceintes sportives avance dans les délais et les budgets prévus, comme celle des nouvelles infrastructures de transport d'ailleurs. Il y a là un contraste saisissant avec les préparatifs de la Coupe du monde de la FIFA, en 2014, et ses stades surfacturés et livrés en retard.

Fin janvier, les organisateurs des Jeux annonçaient, photos à l'appui, des travaux terminés à 97 % au parc et au village olympiques de Barra, dans l'ouest de Rio, où seront disputées la vaste majorité des épreuves en salle : la natation, le plongeon, la nage synchronisée, le basketball, le judo, la lutte et la gymnastique, entre autres.

Mais il y a une note dissonante à Barra. Le stade de tennis, fini à 90 %, a été confié à un autre consortium en janvier en raison de « délais intentionnels », a expliqué la mairie de Rio. Mais il sera terminé à temps, assure-t-elle, comme le vélodrome, dont le chantier est le plus en retard.

Dans les trois autres sites de compétition, Copacabana (sud), Maracana (nord) et Deodoro (nord-ouest), les travaux ont été réalisés à plus de 70 %.

Images de l'avancement des travaux (décembre 2015) :

Sur le plan des transports, la ligne de métro que recevra en legs Rio - la 4, qui doit relier en 13 minutes les plages touristiques au quartier de Barra - est source d'inquiétude pour les organisateurs.

Conçue pour faciliter les déplacements dans un secteur névralgique pendant les Jeux, elle est prête à 83 %. Pour une livraison dans les délais, début juillet, le chantier doit s'achever sans marge d'erreur.

Budget revu à la baisse, sécurité renforcée

La « fête inoubliable » que promet Mario Andrada, porte-parole du comité d'organisation de Rio, sera moins somptueuse que ce qui était prévu. L'économie brésilienne, florissante quand les Jeux ont été accordés à Rio en 2009, traverse sa pire crise depuis les années 1930 et a redéfini le projet olympique.

La construction d'installations sportives et d'infrastructures de transport, budgétée de longue date, n'a pas été touchée. C'est le budget opérationnel des Jeux, tributaire de la contribution de partenaires locaux durement frappés par la récession, qui y a goûté. Il a été amputé d'environ 20 % ou 1,8 milliard de dollars américains.

À 39,1 milliards de réaux (9,8 G$US), le coût des Jeux de Rio représente le quart de celui des Jeux de Pékin en 2008. Ces Jeux « bon marché » s'observeront dans les chambres des athlètes, qui ne seront pas équipées de télévision, dans les repas servis aux personnalités de marque (VIP), qui avec riz et haricots noirs seront plus près du régime populaire brésilien, et dans l'utilisation de bénévoles, qui seront 50 000 plutôt que 70 000.

Les sites de compétition ne sont pas épargnés. Par souci d'économie, le projet d'estrades flottantes temporaires de 4000 places à la Lagoa Rodrigo de Freitas, pour les épreuves d'aviron et de canoë-kayak, a été abandonné. Les organisateurs ont aussi revu à la baisse, sans donner de chiffre, la capacité d'accueil dans un autre site carte postale : pour les épreuves de volleyball de plage à Copacabana.

Rio promet cependant de ne pas lésiner sur la sécurité pendant les Jeux. Quelque 85 000 policiers et militaires seront mobilisés, deux fois plus qu'à Londres en 2012.

Depuis les attentats de Paris en novembre, les forces de sécurité brésiliennes se préparent au pire. Pendant les Jeux, Rio sera « la ville la plus sûre au monde », assure Mario Andrada.

L'eau de la discorde

La Lagoa Rodrigo de Freita, la baie de Guanabara et Copacabana : ces sites emblématiques de Rio, les organisateurs des Jeux les ont défendus dans une vaste opération de relations publiques après un rapport inquiétant de l'Associated Press sur la qualité de leurs eaux.

Si les autorités n'ont pas réussi à dépolluer comme elles l'avaient promis la baie de Guanabara, site le plus problématique où des égouts déversent toujours ordures et excréments, elles jurent que la santé des athlètes ne sera pas compromise. Les directives de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont suivies avec des contrôles bactériologiques, assurent-elles, alors que se multiplient les appels pour aller plus loin dans les contrôles, avec des tests pour dépister des virus.

Si certains athlètes craignent toujours de « naviguer dans une toilette » pendant les épreuves de voile qui se tiendront dans la baie de Guanabara, ils devraient au moins avoir la voie libre. Des barrages flottants seront installés autour des zones de régate pour contenir les détritus.

Des voix discordantes se font encore entendre, et pas seulement du côté des athlètes. Fin janvier, l'ancien chef de la direction de la Fédération internationale de voile Peter Sowrey affirmait par exemple avoir été congédié en décembre après avoir suggéré de changer le site de voile pour les Jeux et proposé un plan B à Buzios, une ville côtière à environ 160 km au nord de Rio.

La crainte Zika

Il se propage de « manière explosive » dans la région des Amériques, il représente une « urgence de santé publique de portée internationale » et son épicentre est au Brésil. Le virus Zika est source d'immenses craintes pour les Jeux de Rio.

Le directeur médical des Jeux, le Dr Joa Grangeiro, et les responsables de la santé du gouvernement brésilien se sont faits rassurants. Sans garantir qu'il n'y aura aucun cas de Zika pendant les Jeux, il n'y aura pas d'épidémie ou de pandémie, ont-ils promis. Seules les femmes enceintes, pas les athlètes, seront à risque et des mesures seront prises pour réduire le nombre de moustiques, ont-ils ajouté.

Le CIO ne laisse rien au hasard lui non plus. Une marche à suivre contre le virus Zika a été envoyée aux comités olympiques nationaux.

Et la période de l'année pendant laquelle se tiendront les Jeux, en plein hiver sud-américain, quand les précipitations sont plus faibles et les températures plus fraîches, a aussi quelque chose de rassurant, parce que les populations de moustiques seront plus faciles à gérer, a indiqué le maire de Rio, Eduardo Paes.

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