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À Tianjin, l'évacuation des produits dangereux est la priorité

Tandis que le premier ministre chinois rencontrait des sinistrés de l'explosion à Tianjin, les autorités s'empressaient de nettoyer les centaines de tonnes de produits chimiques sur le site de la catastrophe.

Des opérations de nettoyage « très difficiles et délicates » sont en cours, a confirmé He Shusheng, le vice-maire de Tianjin.

Des soldats et des équipes de secours portant masques à gaz et combinaisons de sécurité poursuivent la recherche de produits chimiques dans la zone portuaire. Des barrages de sable et de terre encadrant une zone de 100 000 mètres carrés ont été érigés autour du site des déflagrations pour éviter toute fuite de cyanure et d'autres composants polluants. La présence de 16 500 conteneurs de fret maritime complique les efforts.

Ils essaient de nettoyer le secteur avant qu'il ne pleuve, puisque la réaction entre l'eau et certains produits dangereux risque de provoquer des dégagements de gaz toxiques et possiblement d'autres explosions et incendies.

Les autorités ont confirmé que plus de 100 tonnes de cyanure de sodium, un produit potentiellement mortel s'il est inhalé ou ingéré, étaient entreposés sur deux sites. Ce serait 70 fois la quantité permise.

Ce produit chimique est particulièrement instable et, au contact de l'eau, forme des vapeurs inflammables. Les pompiers qui ont tenté d'éteindre les premières flammes ont probablement contribué à déclencher les explosions en arrosant les produits chimiques.

Shi Luze, chef d'état-major de l'armée chinoise pour la région militaire de Pékin, continue d'affirmer que ces produits toxiques ne posent pas de danger pour la population à l'extérieur de la zone évacuée - un cercle de 2 kilomètres de rayon.

« Je peux dire de manière responsable qu'il n'y aura pas de dommages collatéraux pour la population », a-t-il déclaré à la presse.

Des tests d'eau près du site de l'explosion ont révélé samedi des niveaux de cyanure de 27,4 fois plus élevés que la normale, et du cyanure de sodium a été détecté jusqu'à 1 kilomètre plus loin.

Greenpeace a appelé les autorités à élargir la zone d'évacuation à 5 kilomètres. L'organisme environnemental craint que d'autres produits chimiques dangereux se trouvent dans l'eau.

La France a offert son aide à la Chine pour faire face aux conséquences de la tragédie. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a fait parvenir une lettre à son homologue chinois proposant des ressources de secours de la Sécurité civile.

Des citoyens inquiets exigent des réponses

Une centaine d'habitants ont manifesté devant un hôtel où avait lieu un point de presse avec le premier ministre Li Kequian. Ils dénoncent l'entreposage massif de produits dangereux à proximité de leurs demeures.

Des citoyens sinistrés ont manifesté pour demander au gouvernement de racheter les maisons et propriétés détruites ou endommagées par les explosions. Plusieurs personnes ne veulent pas reconstruire, par crainte de contamination.

La police a aussi dispersé des membres des familles des 85 pompiers portés disparus qui ont manifesté devant des bâtiments des autorités locales. Pékin a, par ailleurs, censuré des critiques formulées sur le web et fermé de nombreux comptes sur les réseaux sociaux.

Le Parquet populaire suprême a toutefois ouvert une enquête sur « des actes illégaux possibles, dont l'abus de pouvoir ou le manquement au devoir ».

Impacts économiques

Le constructeur d'automobiles japonais Toyota a annoncé lundi un arrêt de trois jours de la production sur son site de Tianjin, puisque leur usine se situe dans le périmètre d'évacuation. De plus, une cinquantaine de leur 12 000 employés ont été blessés par l'explosion.

Une autre usine à proximité a été temporairement fermée, puisqu'elle dépend de l'usine de Tianjin. Toyota évalue l'impact sur les importations et exportations au port de Tianjin. La compagnie ajoute qu'elle n'est pas encore en mesure de dire si la production perdue serait rattrapée. 

Mitsubishi Motors a indiqué qu'environ 600 de ses véhicules étaient entreposés dans la zone au moment des explosions. L'étendue des dégâts n'est pas encore connue.

Pour sa part, Panasonic a fait état de dommages minimes à ses installations, mais a arrêté ses opérations lundi pour procéder à des vérifications.

Enfin, de nombreux Chinois ont commencé à faire des réclamations auprès des compagnies d'assurances après les explosions à Tianjin. Selon les premières informations, le coût pour les assureurs pourrait atteindre 1,5 milliard de dollars, selon des analystes du Credit Suisse.

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