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Abondance historique de homards dans le golfe du Saint-Laurent

Les scientifiques n'ont jamais observé auparavant autant de homards dans le golfe du Saint-Laurent.

Un texte de Nicolas Steinbach

De la baie des Chaleurs jusqu'au Cap-Breton, les pêcheurs ont capturé plus de 28 000 tonnes de homards en 2014. C'était un record depuis que Pêches et Océans compile des données sur les débarquements, un exercice qui a débuté en 1892. La tendance semble se poursuivre pour 2015 avec des résultats encore préliminaires qui se chiffrent à plus de 26 000 tonnes de homards.

Dans le bureau de Pêches et Océans à Moncton réservé à l'étude de la biologie du homard, la biologiste Amélie Rondeau et le gestionnaire des ressources aquatiques Marc Lanteigne sont tout sourire.

« Les stocks sont en croissance à des niveaux d'abondance qu'on n'a jamais vus par le passé. Les indicateurs de production, de recrutement sont aussi tous positifs pour le sud du golfe du Saint-Laurent. On estime que les populations de homard se portent très, très bien pour l'instant », affirme Amélie Rondeau.

Des conditions propices

Une conjoncture de plusieurs facteurs explique la bonne santé des stocks de homard. Ils sont d'abord écologiques, selon Amélie Rondeau. Les courants, la température, le peu de tempêtes et la faible quantité de glaces pourraient favoriser l'éclosion et la survie des larves de homard.

Dans l'écosystème, les prédateurs du homard sont moins présents. « Ici, dans le sud du golfe, le prédateur principal était le chaboisseau à épines courtes et c'est une espèce qui est de moins en moins abondante », explique la biologiste.

Une meilleure gestion de la pêche, avec une diminution de la flottille de pêcheurs, et une hausse de la taille minimum du homard pêché dans toute la région du golfe ont également porté leurs fruits.

Marc Lanteigne, gestionnaire à la division des ressources aquatiques à Pêches et Océans, rappelle qu'au cours des 15 dernières années, il y a eu de grandes augmentations dans la taille minimale du homard. Elle est passée de 63,5 mm la carapace à 82,5 mm dans certaines zones de pêche. La hausse de la taille légale a permis à plus de femelles d'atteindre la maturité sexuelle et donc de se reproduire.

Les pêcheurs s'attendent à de bonnes affaires

Dès 6 h, samedi, les pêcheurs du nord-est du Nouveau-Brunswick, du nord de l'Île-du-Prince-Édouard et de l'ouest du Cap-Breton pourront mettre leurs casiers à l'eau. Leur saison de pêche se terminera le 30 juin.

Le pêcheur Bernard Haché, du quai de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, s'attend à une bonne saison. « D'après moi, ça devrait être excellent parce que les deux dernières années qu'on a pêché, les prises ont doublé, même triplé à certaines places », a-t-il souligné lors d'une entrevue accordée à l'émission Le réveil Nouveau-Brunswick, d'ICI Acadie.

Changement climatique et migration du homard

Les scientifiques marchent sur des oeufs lorsqu'il est question de relier l'abondance du homard et les changements climatiques. Il y a tellement de facteurs, souligne Amélie Rondeau. Par exemple, comment savoir si l'abondance du homard provient des mesures de conservation du homard plutôt que des changements climatiques? Probablement un peu des deux.

« Si dans 15 ans les mesures [de conservation] restent stables, peut-être que là on pourra dire que les mesures n'ont plus d'effet et que les stocks de homard c'est seulement dû à [des causes] environnementales », dit la biologiste.

Mais les changements climatiques font partie de l'équation et pourraient bien changer la donne. Certains indices ne mentent pas: le niveau du golfe du Saint-Laurent a monté de 30 cm en 100 ans et la température a augmenté en moyenne de 2 degrés Celsius durant la même période, ce qui a un effet sur le territoire habitable du homard qui s'agrandit et se déplace.

« On [dans la région du golfe] est la partie centrale. Ça va bien ici, si [les homards] bougent vers le nord, on est vraiment dans la partie centrale de la distribution », souligne Marc Lanteigne.

D'ailleurs, la zone de pêche 24 au nord de l'Île-du-Prince-Édouard est celle où l'abondance du homard a connu la croissance la plus importante au cours des 50 dernières années. À plus court terme, ces cinq dernières années, c'est la zone 23, au nord-est du Nouveau-Brunswick, qui a connu la plus forte croissance.

Des gagnants et des perdants

Les changements climatiques auront différentes répercussions selon la région. « Si on va plus au sud, cette hausse de la température ou de changement climatique commence à avoir un effet sur les processus biologiques », explique la biologiste Amélie Rondeau.

Une plus grande abondance n'est pas nécessairement synonyme de bonne qualité. Dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, la température plus élevée contribue à une carapace plus mince et un taux de mortalité du homard plus élevé. Plus au sud, au Maine, on observe également des perturbations de la mue du homard. Dans certains cas, les pêcheurs devront s'adapter, peut-être changer leur période de pêche.

« Ça ne veut pas dire qu'il y a un impact négatif au niveau du stock, mais il y a un impact sur la pêche. Dans ces régions-là, il va falloir y avoir un ajustement », selon la biologiste.

Si des eaux plus chaudes favorisent l'agrandissement du territoire du homard, le territoire du crabe des neiges, qui préfère des eaux plus froides, pourrait rétrécir, ce qui entraînerait une diminution de l'abondance pour cette espèce.

« Par exemple, pour le sud du golfe, il y a un stock de crabes des neiges : Cap-Breton, les Îles-de-la-Madeleine, le nord de l'Île-du-Prince-Édouard, très au large à l'est du Nouveau-Brunswick. Ce territoire pourrait rétrécir. L'espèce ne va pas disparaître, mais ce serait des zones plus concentrées et ça pourrait avoir un impact sur le recrutement sur une période de 10, 20, 30 ans. S'il y a moins de territoire, il y a moins de crabes qui peuvent se redéposer, se nourrir, donc on peut voir un impact sur le long terme », explique Marc Lanteigne, de Pêches et Océans,

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