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Accord sur un gouvernement de coalition en Allemagne

Les conservateurs d'Angela Merkel et les sociaux-démocrates de Martin Schulz ont conclu un « accord de principe » en vue de doter l'Allemagne d'un nouveau gouvernement de coalition. L'entente reste cependant à être approuvée par les militants sociaux-démocrates lors d'un scrutin à haut risque.

Le contrat de coalition entre le bloc conservateur CDU-CSU et le SPD a été scellé mercredi au terme d’une ultime séance marathon de négociations tenue à la Konrad-Adenaeur-Haus, le siège de la CDU. Il pourrait permettre à Mme Merkel d’entreprendre un quatrième mandat à la tête de la première économie européenne.

Après que l'accord a été formellement approuvé par les 91 négociateurs des trois partis, la chancelière allemande a souligné qu'il offrait une base solide permettant de travailler dans la durée. « Des finances solides, voilà la marque de notre gouvernement », a-t-elle lancé.

Selon les médias allemands, le contrat de coalition accorderait au SPD plusieurs ministères-clés, dont celui des Finances, détenu depuis huit ans par le conservateur Wolfgang Schaüble, et celui des Affaires étrangères, qui serait confié à Martin Schulz. Le parti obtiendrait aussi les portefeuilles du Travail, de la Justice, de la Famille et de l'Environnement.

« Je veux bien admettre que la question de qui obtient n'a pas été simple », s'est contenté de dire Mme Merkel à ce sujet. Sur Twitter, un de ses députés, Olav Gutting, s'est montré plus ironique; « Oulala... au moins, on a gardé la chancellerie », a-t-il ironisé.

Un maximum de 220 000 demandeurs d'asile par année

L'ébauche de 177 pages place par ailleurs le prochain gouvernement sous le signe de la relance de l'Union européenne, plombée récemment par le Brexit et des dissensions sur les politiques d'immigration.

Les deux partis s'y engageraient par exemple à renforcer les moyens budgétaires pour protéger la zone euro de nouvelles crises et à appuyer des réformes structurelles voulues par le président français Emmanuel Macron.

L'accord prévoit en outre de limiter le nombre de demandeurs d'asile à un maximum de 220 000 par année, comme l'exigeait la CSU bavaroise. Le chef de ce parti, Horst Seehofer, deviendrait d'ailleurs ministre de l'Immigration, selon la presse allemande.

Angela Merkel, qui a décidé d'accueillir un million de migrants lors de la seule année 2015, a convenu en conférence de presse que ce dossier avait été l'un des plus difficiles à régler. « Mais nous avons finalement pu trouver un bon accord, une bonne série de mesures », a-t-elle affirmé.

L'entente est aussi assortie d'une clause de réévaluation au bout de deux ans, une concession obtenue par M. Schulz qui place Mme Merkel en sursis.

Aux militants du SPD de trancher

L’accord est maintenant suspendu à un vote des 460 000 membres du SPD, qui doit avoir lieu dans les prochaines semaines. L’issue de ce scrutin demeure incertaine, tant le parti demeure divisé sur l’opportunité de former une « Grosse Koalition » avec les conservateurs du bloc CDU-CSU.

Après le scrutin du 24 septembre, le chef des sociaux-démocrates, Martin Schulz, avait fermement exclu de se joindre à un gouvernement dirigé par Mme Merkel. Il s’est finalement ravisé après que les négociations entre les conservateurs, les libéraux et les verts eurent échoué en novembre.

Pour asseoir sa légitimité dans la foulée, M. Schulz, a accepté que le principe d’un accord de coalition soit d’abord soumis à l’approbation des cadres du parti, puis que l’entente finale soit soumise aux votes des membres.

Le 21 janvier, les délégués du SPD ont approuvé l’entente de principe, mais dans une faible proportion de 56 %, exposant au grand jour les divisions qui rongent le parti. Les militants, eux, seront consultés au cours des prochains jours dans le cadre d’un scrutin postal dont les résultats ne seront pas connus avant plusieurs jours, voire avant le début du mois de mars.

Le président de l’aile jeunesse du SPD, Kevin Kühnert, est notamment fermement opposé à la « Grosse Koalition » et s'est lancé dans une campagne pour recruter de nouveaux membres prêts à débourser les frais d’adhésion de 10 euros pour voter contre le projet. Il utilise des slogans comme « Dix euros contre la GroKo » ou « Entre et dis non » pour vendre son idée.

M. Schulz, ancien président du Parlement européen, a plaidé mercredi que le contrat de coalition marquait un « tournant », un « changement fondamental de direction en Europe », puisqu'il permettra à l'Allemagne de « retrouver un rôle actif et de premier plan dans l'Union européenne. »

Des sondages qui donnent à réfléchir

Un rejet du contrat de coalition laisserait deux options à Angela Merkel, qui dirige l'Allemagne depuis maintenant plus de 12 ans : former un gouvernement minoritaire ou accepter de nouvelles élections, deux scénarios inédits dans l’Allemagne d’après-guerre.

Il est toutefois loin d'être certain qu'un nouveau scrutin serait favorable au SPD. Un dernier sondage effectué cette semaine lui accorde 17 % des intentions de vote, en baisse de 3,5 points de pourcentage par rapport au résultat déjà historiquement bas qu'il a obtenu le 24 septembre.

La situation n'est guère meilleure pour la CDU-CSU, créditée de 30,5 % contre 32,9 % en septembre. Il s'agissait, là aussi, de la pire performance enregistrée par le parti depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les deux grands partis traditionnels allemands, qui dirigeaient l'Allemagne au sein d'un gouvernement de coalition depuis quatre ans, avaient fait les frais de l'essor du parti d'extrême droite AfD, et du retour au Parlement des libéraux du FDP.

Le SPD et le bloc CDU-CSU ont aussi gouverné ensemble entre 2005 et 2009.

Des militants du SPD arguent justement que leur parti est toujours sorti affaibli de ces coalitions, ce qui explique leur réticence à tenter le coup une troisième fois.

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