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Accueil chaleureux en vue pour le pape à Cuba

La visite du pape François, à partir de samedi à Cuba, est la troisième d'un souverain pontife en moins de vingt ans dans l'île communiste, qui devrait réserver un accueil très chaleureux au chef de l'Église catholique.

Le pape argentin a joué un rôle de premier plan dans le réchauffement entre les États-Unis et Cuba, qui a abouti cet été au rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays après plus d'un demi-siècle d'hostilité.

Sa simplicité, son refus de l'apparat, sa proximité avec les plus humbles plaisent aux 11 millions de Cubains et à leurs dirigeants, mais personne n'attend de cette visite de grands changements pour la population.

Le président cubain Raul Castro s'est toutefois dit très impressionné par sa rencontre avec pape en mai dernier, au Vatican. Il a promis d'assister à toutes ses messes lors de son séjour.

« Nous lui sommes très reconnaissants, il a déjà beaucoup fait pour Cuba », déclare Ariel Guerra, 30 ans, employé dans un restaurant de la vieille ville de La Havane dont le frère, condamné pour homicide involontaire alors qu'il conduisait en état d'ivresse, a bénéficié la semaine dernière de l'amnistie qui a rendu la liberté à 3522 détenus de droit commun avant la visite papale.

« On pourrait même dire que c'est un pape socialiste! »

L'accueil chaleureux attendu pour le pape à Cuba est l'aboutissement d'un long processus, selon l'animateur de Second Regard, Alain Crevier.

« Quand est arrivée la révolution cubaine, à la fin des années 50, il y avait beaucoup d'hostilité à l'endroit du clergé [...] Cuba a été officiellement athée pendant des décennies », explique-t-il.

Le premier pape à se rendre à Cuba fut Jean Paul II en 1998. Alain Crevier affirme que Fidel Castro avait développé une fascination pour le souverain pontife avant sa visite.

« Jean Paul II était un Polonais sorti tout droit du joug de l'Union soviétique. C'était quelqu'un qui détestait le marxisme, qui n'aimait pas du tout le communisme », raconte l'animateur de Second Regard.

Une grande foule a toutefois accueilli Jean Paul II à la Place de la Révolution, dans la capitale cubaine. Le pape a prononcé un discours où il a dit que Cuba devait s'ouvrir au monde tout comme le monde devait s'ouvrir à Cuba. Selon Alain Crevier, il s'agit d'un moment marquant des relations entre Cuba et la religion catholique.

Benoît XVI s'est aussi rendu dans l'île en 2012.

« Le pape François est différent. Il est plus simple. On pourrait même dire que c'est un pape socialiste! Alors il est vraiment le bienvenu », dit en riant Juan de la Torre, un catholique de 47 ans qui se rappelle les deux précédentes visites d'un souverain pontife à La Havane.

Du côté des autorités, on espère que le pape réaffirmera l'hostilité du Vatican à l'embargo américain, qui frappe toujours Cuba cinquante-trois ans après son entrée en vigueur.

Le pape ne devrait cependant pas s'attarder sur ce sujet afin de ne pas donner l'impression de vouloir s'ingérer dans la politique américaine, dit-on à Rome.

Lorsque le pape Benoît XVI s'était rendu à Cuba, il avait condamné des mesures de restriction économiques, imposées de l'étranger, qui pèsent de manière injuste sur le peuple cubain.

Lors de sa visite dans l'île, Jean Paul II avait également condamné à plusieurs reprises, en termes très forts, l'embargo américain.

L'opposition cubaine, qui dénonce le système de parti unique, attend du pape François qu'il les aide à obtenir la libération d'une cinquantaine de militants emprisonnés.

« Vous pouvez, et nous sommes sûrs que vous le souhaitez, aider le gouvernement cubain à comprendre qu'il doit mettre fin aux arrestations arbitraires et aux violences, qui touchent chaque semaine des dizaines de femmes pacifiques et des militants des droits de l'homme dont le seul tort est de penser autrement », a écrit au pape l'Union patriotique de Cuba, le principal groupe d'opposition.

Le pape François arrivera samedi après-midi à l'aéroport de La Havane. Dimanche matin, il célébrera une messe sur la place de la Révolution au coeur de la capitale cubaine. Dans l'après-midi, il rencontrera le président Raul Castro.

Lundi, il se rendra à Holguín puis à Santiago, où il célébrera mardi matin une messe, avant de quitter Cuba pour les États-Unis.

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