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Accueil d'étudiants réfugiés syriens : les universités francophones à la traîne

Depuis la rentrée scolaire, au moins 18 universités anglophones au Canada ont lancé des initiatives pour accueillir des étudiants syriens dans la foulée de la crise mondiale des réfugiés. Aucun programme similaire n'a cependant encore été mis de l'avant dans les établissements francophones.

Un reportage de René Saint-Louis

Cette réalité s'observe particulièrement au Québec, où les trois universités anglophones de la province ont annoncé depuis le début de l'automne diverses mesures pour prendre en charge des réfugiés syriens. L'Université McGill souhaite en accueillir quatre, l'Université Concordia, deux, et l'Université Bishop's, deux.

Les étudiants de McGill paient déjà tous un montant de 50 cents par session pour financer un programme de parrainage d'étudiants réfugiés de l'organisme Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC). Ce programme subvient chaque année aux besoins de deux réfugiés à McGill.

Les places pour septembre 2016 seront réservées à deux Syriens. En financer deux de plus coûtera environ 140 000 $, qui proviendront principalement de bourses d'études qui seront réaffectées.

L'Université Bishop's, l'une des plus petites au pays, accueillera pour sa part deux Syriens dès janvier. Ils ont déjà été sélectionnés dans des camps en Jordanie et arriveront au Québec au début de l'hiver. Les étudiants de Bishop's paient tous 5 $ par année pour parrainer deux réfugiés; ceux accueillis en septembre dernier provenaient du Burundi, en Afrique de l'Ouest.

« L'Entraide universitaire mondiale nous a envoyé un message, il y a trois ou quatre semaines, à tous les comités locaux un peu partout au Canada, pour nous demander si c'était possible d'accueillir rapidement d'autres étudiants », explique Heather Thomson, agente de pastorale responsable du programme d'accueil des étudiants réfugiés à l'Université Bishop's.

Le recteur de Bishop's a accepté de donner deux autres chambres gratuites dans les résidences ainsi que la gratuité scolaire, ajoute-t-elle. « Je pense que c'est plus facile dans une petite communauté comme la nôtre. Ici, ça fait 23 ans qu'on accueille des étudiants réfugiés, donc tout le monde connaît notre programme et ils veulent nous aider », souligne Mme Thomson.

L'Université Concordia ne participe pas au programme de l'EUMC, mais elle accueillera tout de même deux étudiants grâce à un partenariat avec la Fondation des enfants syriens, un nouvel organisme montréalais qui vient en aide aux réfugiés syriens de toutes origines et religions. La fondation couvrira leurs frais de subsistance ainsi que leur billet d'avion. Concordia leur accordera une exonération des droits de scolarité.

« Dans un contexte de mondialisation croissante, si nous voulons vivre en bon voisinage, il faut regarder au-delà des limites de notre ville et s'ouvrir aux autres », affirme Alan Shepard, recteur de l'Université Concordia.

Et les universités francophones?

Au Canada, 65 établissements postsecondaires participent au programme de parrainage d'étudiants réfugiés de l'EUMC, dont les principales universités francophones du pays. Ce programme a permis d'accueillir 86 réfugiés cette année.

La gestionnaire du programme d'étudiants réfugiés à l'EUMC, Michelle Manks, constate que jusqu'à présent, la réponse à la crise syrienne est venue principalement des universités anglophones. Mais elle soutient que de toute façon, les étudiants syriens sont plus tournés vers anglais.

« Quand on a fait notre appel de candidatures auprès des jeunes réfugiés dans les camps au Liban et en Jordanie, on n'a pas trouvé d'étudiants francophones. Mais les universités francophones du Canada qui participent à nos programmes réguliers continuent d'accueillir des étudiants réfugiés du Congo, du Rwanda ou du Burundi », explique Mme Manks.

Dans le réseau des 10 établissements de l'Université du Québec, la direction reconnaît qu'aucune mesure particulière n'a été prise pour répondre à la crise mondiale des réfugiés. Le responsable du recrutement, Gilles Mailloux, soutient lui aussi que les étudiants syriens maîtrisent mieux l'anglais.

Cet avis est également partagé par le directeur des communications de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Bertrand Barré, qui estime que le facteur linguistique est important. Il souligne cependant que l'UQTR a eu des discussions avec l'Agence universitaire de la francophonie, et qu'il considérerait d'éventuelles demandes pour accueillir des réfugiés.

Plusieurs Syriens fréquentent pourtant déjà les universités francophones du Québec, sans passer par un programme de parrainage. HEC Montréal, par exemple, en accueille en ce moment neuf. Cela est dû, entre autres, au parrainage privé de familles syriennes déjà établies au Québec.

Près de la moitié des 40 000 Canadiens d'origine syrienne vivent dans la région de Montréal.

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