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Accueil des réfugiés : « M. Harper ne cherche que des prétextes pour ne pas en faire plus », juge Trudeau

L'argument sécuritaire invoqué par le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, pour ne pas ouvrir davantage et plus rapidement les frontières canadiennes aux réfugiés syriens, ne tient pas la route, a lancé son rival libéral, Justin Trudeau, qui y voit plutôt un faux-fuyant pour ne pas agir.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Bien sûr que la sécurité est importante », a déclaré le chef libéral lors d'un point de presse donné mercredi à Toronto. « Nous avons des processus grâce auxquels nous avons déjà fait face à cela » par le passé, a-t-il ajouté, énumérant plusieurs premiers ministres sous lesquels le Canada avait reçu un nombre important de réfugiés, au cours du siècle dernier.

« Les préoccupations en matière de sécurité n'ont pas empêché Wilfrid Laurier d'amener un nombre record d'Ukrainiens. Elles n'ont pas empêché Louis Saint-Laurent d'accueillir, pendant la guerre froide, des dizaines et des dizaines de milliers de réfugiés hongrois. Mon père n'a pas laissé les préoccupations en matière de sécurité l'empêcher d'accueillir des milliers et des milliers d'Ismaéliens qui fuyaient Idi Amin [Dada], en Ouganda. Et Joe Clark n'a certainement pas laissé les préoccupations en matière de sécurité empêcher le Canada d'accueillir des dizaines et des dizaines de milliers de boat people qui fuyaient une zone du monde ravagée par la guerre. »

Il y a quelques jours, M. Clark, un ancien premier ministre progressiste-conservateur, a d'ailleurs lui-même pressé le Canada d'accélérer le processus d'accueil des réfugiés, estimant que le pays pouvait « faire davantage » pour les aider.

D'autres voix, dont celles de certains maires de grandes villes, se sont également jointes à celles des partis d'opposition, qui réclament une action immédiate.

C'est notamment le cas du général à la retraite Rick Hillier, ancien chef d'état-major de la Défense nationale, qui a appelé le Canada à accepter 50 000 réfugiés syriens avant la fin de l'année.

Stephen Harper défend sa gestion de la crise

Le premier ministre sortant, Stephen Harper, a pour sa part une fois de plus défendu sa gestion de la crise des réfugiés syriens, devant des partisans exaspérés par les questions des journalistes sur cet enjeu.

Pressé de questions sur le lien qu'il a établi entre l'accueil des réfugiés et l'enjeu sécuritaire, le chef conservateur a martelé son message, chaque fois ponctué par des applaudissements de la foule.

« Ce gouvernement s'est engagé à agir, à emmener plus de personnes au pays, à accélérer le processus », a-t-il répété, estimant qu'il fallait toutefois le faire « prudemment ».

« Nous allons nous assurer que nous identifions les personnes les plus vulnérables des groupes les plus vulnérables », a-t-il ajouté. « Nous parlons d'un nombre significatif de personnes qui viennent d'une zone de guerre terroriste, nous allons nous assurer qu'un filtrage approprié est fait pour protéger la sécurité du Canada et des Canadiens ».

Il y a quelques jours, les conservateurs ont précisé qu'ils accorderaient la priorité aux minorités religieuses et ethniques, une mesure déjà annoncée par son gouvernement en décembre dernier.

Le chef conservateur a en outre vanté son approche, « qui va au-delà des réfugiés ». « Nous nous sommes aussi engagés à affronter les terroristes qui sont à l'origine de ce problème et c'est une position qu'appuient fortement les Canadiens », a-t-il soutenu, vantant du même souffle l'aide canadienne.

Les partisans conservateurs irrités

Au cours du point de presse de M. Harper, les partisans ont perdu patience, huant souvent les journalistes et accueillant leurs questions par des soupirs. L'un d'eux a même apostrophé une journaliste qui revenait à la charge.

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Ce n'est pas la première fois que des militants conservateurs perdent patience avec les médias depuis le début de la campagne. Le mois dernier, dans la foulée du témoignage de Nigel Wright, l'ex-chef de cabinet du premier ministre Harper, au procès du sénateur déchu Mike Duffy, il n'était pas rare que les journalistes soient hués lorsqu'ils interrogeaient le chef conservateur sur le rôle présumément joué par certains de ses collaborateurs.

L'insistance des journalistes à lui poser des questions au sujet de cette affaire liée à des dépenses controversées de l'ancien sénateur conservateur a même donné lieu à des accrochages entre des partisans conservateurs et des journalistes.

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