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Accueil des réfugiés : Québec se fie à Ottawa pour la sécurité

Le gouvernement québécois s'en remet au fédéral pour assurer que la procédure d'accueil des milliers de réfugiés syriens dans les prochaines semaines est sécuritaire.

« Sur la base des habilitations sécuritaires et des informations que nos homologues fédéraux nous ont données, le Québec est rassuré sur le niveau de sécurité de ceux et celles qui feront partie de la sélection canadienne. Là-dessus, il n'y a pas de difficulté », a dit le ministre québécois de la Sécurité publique, Pierre Moreau, en entrevue à Radio-Canada.

Le ministre n'a pas voulu commenter les informations de CBC voulant que le plan d'accueil de 25 000 réfugiés syriens au Canada se limite aux femmes, aux enfants et aux familles.

En entrevue à Radio-Canada, le ministre n'a toutefois pas nié ces informations.

« Ottawa nous a donné les informations nécessaires », dit-il, rappelant que le gouvernement Trudeau doit rendre public son plan d'accueil mardi.

« Il faudra poser la question à Ottawa. On sait déjà qu'il y a une sélection qui se fait par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Le Canada fait une sélection à partir de la sélection du Haut-Commissariat et par la suite, les habilitations sécuritaires sont faites », dit le ministre.

Mardi dernier, Pierre Moreau avait dit qu'il était « irréaliste » de penser accueillir 25 000 réfugiés de façon sécuritaire d'ici la fin de l'année au Canada. Le premier ministre Couillard avait toutefois contredit son ministre peu après, en disant que « c'est un objectif exigeant. Est-ce qu'il est possible? Oui. »

Le lendemain, le ministre Moreau se faisait plus rassurant. « Les gens qui vont arriver ici sont des gens qui ne présenteront pas, à la satisfaction du Québec, de risque à la population ». Il répondait au maire de Québec, Régis Labeaume, qui souhaitait recevoir en priorité des orphelins, des familles et moins d'hommes célibataires, pour des raisons de sécurité.

Aujourd'hui, le premier ministre Couillard n'a pas non plus commenté cette nouvelle selon laquelle l'accueil serait limité aux familles, aux femmes et aux enfants, et qu'il exclurait les hommes célibataires.

« Il faut être lucide et faire preuve d'humanité et d'accueil. Là-dessus, on va se guider sur ce que font les Nations unies », a dit Philippe Couillard, de passage à Saguenay, lundi.

Couillard veut l'assurance que le fédéral va payer sa juste part

Par ailleurs, Québec affirme qu'il dispose des ressources financières et logistiques nécessaires pour atteindre l'objectif qu'il s'est fixé.

Cependant, dans le cas où le nombre de réfugiés augmentait à la demande du fédéral, ce dernier devrait assumer les coûts liés à cet effort additionnel, selon Québec.

« C'est une des choses qu'on espère voir clarifier aujourd'hui et dans les prochains jours [avec le fédéral]. Pour accueillir 3600 réfugiés, on dispose d'un budget de 29 millions de dollars qui est déjà dans les coffres, dont une bonne partie vient du fédéral », explique le premier ministre.

« Si on nous demande, comme c'est possible, d'aller à 2100 de plus pour atteindre notre part du 25 000, les fonds ne sont pas là. Il faut absolument que le fédéral garantisse l'accès aux fonds. C'est le nerf de la guerre », a-t-il ajouté.

M. Couillard a rappelé qu'il y a deux types de contingents de réfugiés. « La première vague de 3600 est largement composée de réfugiés parrainés par des individus ou des groupes communautaires, qui prennent en charge la grande partie du financement. L'autre catégorie, qui serait de 2100 de plus, est à la charge de l'État. C'est encore plus critique pour nous d'avoir la confirmation du financement si on confirme ce nombre supplémentaire », affirme-t-il.

Par ailleurs, les maires des neuf plus grandes villes du Québec se disent rassurés par le plan du gouvernement du Québec pour accueillir plus de 3600 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année. Ils ont rencontré dimanche le ministre Pierre Moreau afin d'obtenir plus de détails sur la façon dont se fera l'accueil de ces réfugiés.

L'accueil des réfugiés syriens, une « responsabilité morale » croit Khadir

Questionné sur l'accueil de 25 000 réfugiés syriens au Canada d'ici le 1er janvier, le député de Mercier de Québec solidaire, Amir Khadir, a réitéré que le Canada et le Québec doivent « mettre l'épaule à la roue. »

Amir Khadir a semblé piqué au vif lorsqu'on lui a demandé ce qu'il pensait du fait que les hommes seuls ne seraient peut-être pas admis à titre de réfugiés au Canada. « Blond ou noir, moustachu ou barbu, les cheveux longs ou les cheveux courts? Moi je pense que c'est un peu ridicule tout ça. »

Le député de Québec solidaire admet toutefois qu'il est d'accord que le Canada donne priorité aux familles, aux femmes monoparentales et aux personnes âgées, puisque c'est aussi ce que fait le Haut-Commissariat pour les réfugiés.

La directrice générale du Service d'aide aux Néo-Canadiens, Mercedes Orellana, s'inquiète, elle, de l'idée d'exclure les hommes célibataires.

« En quoi un homme marié est moins à risque qu'un homme célibataire? », se demande-t-elle.

L'enquête de sécurité est sérieuse et complète et, selon elle, devrait faire le travail pour tous. « Il faut faire attention au message qu'on envoie », croit-elle.

Que feront ces jeunes hommes à qui on ferme la porte? Seront-ils portés à la radicalisation, recrutés plus facilement en réponse à l'abandon qu'ils vivent?, se demande-t-elle.

Une mesure « presque discriminatoire, mais nécessaire »

La présidente de l'organisme d'aide aux réfugiés Lifeline Syria déplore quant à elle la directive d'Ottawa de donner priorité aux familles, aux femmes monoparentales et aux personnes âgées dans sa première vague d'accueil des réfugiés syriens. Mais du même souffle, elle dit comprendre les motivations du gouvernement fédéral.

« Une directive générale pour rejeter les hommes célibataires n'est pas la bonne chose à faire. D'une certaine façon, c'est presque discriminatoire », juge Ratna Omidvar.

Selon elle, il faut se concentrer sur les réfugiés les plus vulnérables, peu importe leur état matrimonial.

« Les hommes qui se sont battus contre le groupe armé État islamique font partie des plus vulnérables. Un jeune garçon dans la vingtaine qui a perdu sa famille aussi est très vulnérable. S'il est seul, sans soutien et qu'il a vécu une expérience traumatisante », il pourrait être une cible pour les recruteurs de l'EI, dit-elle. « Ces jeunes hommes aussi devraient faire partie des priorités. »

La présidente de LifeLine Syria admet cependant qu'il est plus simple pour le gouvernement de faire venir des familles que des hommes seuls, parce que « le processus de sélection et de vérifications des antécédents peut être plus rapide ». C'est aussi plus simple de loger une famille de cinq personnes que cinq hommes célibataires.

« Ça permettra au gouvernement d'être plus efficace et d'atteindre son objectif [de 25 000 réfugiés d'ici le 31 décembre] plus rapidement, en étant le plus efficace possible. »

Cette directive concernant les hommes célibataires s'appliquerait pour le moment aux réfugiés parrainés par l'État. Mais qu'en est-il pour les réfugiés parrainés au privé, par une famille ou un organisme de bienfaisance, comme le fait LifeLine Syria?

« Nous travaillons de concert avec le gouvernement fédéral, dit Ratna Omidvar, pour mieux comprendre quelles seront les retombées pour le parrainage privé. »

Avec les informations de Christian Noël

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