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Accusations criminelles liées à la marijuana au Canada : grandes variations selon les villes

Toutes les neuf minutes, un policier canadien intervient dans un incident lié à la possession de marijuana. Mais une enquête de CBC/Radio-Canada révèle que le dépôt d'accusations criminelles varie beaucoup d'un bout à l'autre du pays.

C'est à Kelowna, en Colombie-Britannique, qu'on dénombre le plus d'accusations liées à la marijuana. En 2014, les policiers de Kelowna ont déposé 251 accusations par 100 000 habitants agés de 12 ans ou plus, bien au-delà de la moyenne canadienne de 79 accusations.

À l'autre extrême, c'est à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador, qu'on dénombre le moins d'accusations, soit 11 par 100 000 habitants.

Au sein d'une même province, le taux d'accusations peut aussi grandement varier. En Ontario par exemple, Brantford affiche un taux d'accusations de 102 par 100 000 habitants agés de 12 ans ou plus, alors que le taux à St Catherines est de 17. 

Carte interactive : Accusations par région urbaine au Canada 

Selon le criminologue Neil Boyd de l'Université Simon Fraser, ces statistiques démontrent que la Loi sur la sécurité des rues et des collectivités adoptée par le gouvernement conservateur en 2011 n'est pas appliquée de la même façon par toutes autorités policières. La loi prévoit entre autres des peines plus sévères pour la production et la possession de drogues illégales.

« Ce sont des différentes approches d'application [de la loi] », remarque M. Boyd, en précisant que le taux de consommation de cannabis ne varie pas grandement d'une région métropolitaine à l'autre.

M. Boyd croit qu'il serait préférable de décriminaliser la possession de marijuana plutôt que d'appliquer le Code criminel de façon différente dans chaque juridiction.

« La grande majorité des Canadiens qui ne consomment pas de la marijuana devraient se préoccuper du fait que l'argent des contribuables soit utilisé de cette façon, dit Neil Boyd. C'est hypocrite d'étiqueter quelqu'un de criminel pour un acte qui ne menace pas le tissu social de manière fondamentale. »

Kelowna : « c'est la preuve que nous nous efforçons »

Le surintendant de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de Kelowna, Nick Romanchuk, voit cette statistique d'un bon oeil. « C'est la preuve que nous nous efforçons, dit M. Romanchuk. Nous sommes très proactifs et tenaces dans notre exécution. »

Il explique que la GRC de Kelowna a décidé d'intensifier sa lutte antidrogue en 2012, lorsque la ville a affiché le taux de criminalité le plus élevé au Canada. « Nous croyons qu'en exécutant les lois de lutte contre la drogue, nous pouvons réduire les autres types de crimes », dit Nick Romanchuk.

Saint-Jean : ça ne vaut pas la paperasse

La surintendante de la Force constabulaire royale de Terre-Neuve, Marlene Jesso, avoue que la possession de marijuana n'est pas la priorité. « Si la personne a un certain âge, et a en sa possession un joint ou deux, la paperasse à elle seule n'est pas quelque chose auquel nous consacrerons notre temps. »

Marlene Jesso explique que les autorités policières doivent mener une lutte antidrogue ciblée, ce qui veut dire consacrer ses énergies à contrer le trafic de drogues et le crime organisé.

« Les sections antidrogue partout au Canada sont inondées d'enquêtes sur la drogue, observe-t-elle. On ne peut pas donner suite à chaque cas de possession qui est signalé parce qu'on est trop occupé avec toutes nos autres obligations. »

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