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Accusées de s'être fait passer pour des sages-femmes

Deux accompagnantes à la naissance subissent leur procès au palais de justice de Longueuil, accusées de s'être présentées comme des sages-femmes auprès d'une future mère, dont la grossesse s'est terminée avec la mort du fœtus.

Un texte de Geneviève Garon

Le 17 octobre 2015, une femme dans la vingtaine, enceinte de plus de 40 semaines de son premier enfant, se présente à l'Hôpital du Haut-Richelieu, à Saint-Jean-sur-Richelieu en Montérégie. Elle affirme que le cœur du fœtus ne bat plus.

Après une échographie, le gynécologue-obstétricien Gérard Landry lui apprend une terrible nouvelle : la femme devra accoucher d'une fillette morte-née.

« Il n'y a pas de mots pour exprimer cette grande tristesse », a raconté Dr Landry à la barre des témoins mardi, en se souvenant à quel point la patiente était bouleversée.

Dans les semaines précédentes, la femme avait été suivie par deux accompagnantes à la naissance, France Dufort et Irina Constantinescu. Cette dernière n'aurait participé qu'à une seule rencontre.

Les futurs parents affirment que les deux femmes s'étaient présentées comme étant des sages-femmes. Le couple, de même que le docteur Gérard Landry, a porté plainte auprès de l'Ordre des sages-femmes du Québec.

France Dufort et Irina Constantinescu sont accusées d'avoir usurpé le titre de sage-femme. Mme Dufort est aussi accusée d'avoir posé des gestes réservés aux sages-femmes, comme écouter le cœur fœtal et procéder à l'examen vaginal.

Il est important de noter qu'aucun lien n'a été établi entre le comportement des accusées et la mort du foetus.

Pas d'assurance maladie

Au moment de son accouchement, la future mère était récemment arrivée au Canada et n'avait pas encore le statut de résidente permanente. Comme elle n'avait pas de carte d'assurance maladie, donner naissance à l'hôpital lui aurait coûté des milliers de dollars. C'est en cherchant d'autres options que son conjoint et elle auraient été mis en contact avec les accusées et auraient déboursé plus de 2000 $ en services.

Mmes Dufort et Constantinescu se défendent des accusations qui pèsent contre elles et nient avoir prétendu être des sages-femmes.

Manifestation en soutien aux accusées

Une trentaine de femmes ont participé à une manifestation devant le palais de justice de Longueuil, mardi matin, en appui à France Dufort et Irina Constantinescu. La salle d'audience était bondée de militantes qui réclament que toutes les femmes enceintes aient la liberté de choisir avec qui elles souhaitent accoucher.

« On est vraiment du côté des femmes, dans cette situation-là. De quoi cette femme-là avait-elle besoin? Elle avait besoin de soutien. Une autre femme lui en a offert et nous on pense que c'est ça l'important », a expliqué la coordonnatrice du Regroupement Naissance Renaissance, Nicole Pino.

Elle revendique aussi de meilleurs soins de santé pour celles qui ont un statut précaire au Canada. « On veut utiliser cette situation-là pour continuer à dénoncer le fait que des femmes qui n'ont pas de couverture médicale se retrouvent dans des situations comme ça. Ce n'est vraiment pas une exception », ajoute Mme Pino.

Un précédent en 2008

C'est la deuxième fois que l'Ordre des sages-femmes du Québec poursuit une personne pour exercice illégal de la profession. En 2008, il a obtenu la condamnation de Diane Boutin-Bolduc après qu'elle eut effectué un suivi de grossesse et posé des gestes réservés aux sages-femmes, comme l'évaluation de la dilatation du col et l'examen vaginal.

Dans sa décision, le juge de paix magistrat Marc Renaud avait conclu que « même si personne ne l'a vue poser ces gestes, la preuve circonstancielle est abondante ». Selon lui, Mme Boutin-Bolduc avait « sans contredit mis en péril la vie de [la] patiente et de son bébé à naître », qui avait d'ailleurs lui aussi vu le jour à l'Hôpital du Haut-Richelieu.

Toujours vérifier auprès de l'Ordre

Les sages-femmes reconnues ne travaillent pas dans le secteur privé, souligne la présidente de l'Ordre, Marie-Ève St-Laurent, qui appelle les futurs parents à la vigilance. « Si des gens leur demandent de l'argent pour avoir les services d'une sage-femme, ils devraient se douter qu'il y a quelque chose qui cloche. Il faut vérifier auprès de l'Ordre si la personne en question est véritablement membre de l'Ordre des sages-femmes. »

Le procès se poursuit mercredi devant le juge de la Cour du Québec Dominique Dudemaine. Si elles sont reconnues coupables, France Dufort et Irina Constantinescu sont passibles d'une amende d'au moins 1514 $.

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