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Affaire « serrer les genoux » : la proposition de réintégrer l’ex-juge Camp inquiète

Le fait de réintégrer l'ex-juge Robin Camp, qui avait demandé à une présumée victime pourquoi elle n'avait pas « serré les genoux » dans une affaire d'agression sexuelle, pourrait porter atteinte à la profession, selon des arguments présentés devant le Barreau de l'Alberta.

« Des candidatures comme celle-ci sont rares », a commenté mardi matin la représentante du Barreau de l'Alberta, Karen Hansen, en ouverture des audiences sur l’ex-juge Camp. Mme Hansen a toutefois indiqué que la direction du Barreau de l’Alberta examinait le dossier « de façon neutre ».

Un comité devra ainsi opposer le droit de Robin Camp à gagner sa vie aux droits des victimes d'agression sexuelle et à la perception du système judiciaire par le public, a ajouté la représentante.

Des arguments présentés devant le comité indiquent que l’ex-juge Camp est apte à pratiquer le droit à titre d’avocat, mais des représentants appréhendent les répercussions que pourrait avoir une décision en sa faveur.

« Je ne suis pas aussi intelligent que je le pensais »

Robin Camp a entrepris des démarches pour redevenir avocat en Alberta après avoir été contraint de quitter ses fonctions de juge fédéral plus tôt cette année. Les propos de M. Camp, formulés en 2014, avaient soulevé un tollé et mené à l’ouverture d’une enquête publique.

L’ex-juge avait tenté de s’accrocher à son poste, entreprenant même une thérapie de sensibilisation aux enjeux liés aux femmes, mais le Comité d'enquête au Conseil canadien de la magistrature avait recommandé sa destitution.

Prenant la parole au cours de l’audience de mardi, Robin Camp a dit comprendre pourquoi ses propos étaient déplacés. Il a ajouté que ses propos passés témoignaient d’une mauvaise compréhension des événements et du contexte social à l'origine des articles du Code criminel sur les agressions sexuelles.

« J'ai appris que je n'étais pas aussi intelligent que je le pensais, j'ai appris qu'il y a bien des choses que je ne savais pas...J'ai compris pourquoi la question que j'ai posée [à la victime présumée] était si blessante », a-t-il relaté.

Robin Camp a par ailleurs indiqué qu'il ne poursuivrait pas de carrière en droit criminel s'il était réintégré au Barreau, préférerant se concentrer sur le droit commercial et environnemental.

De nombreux témoins à la barre

L’avocat de Robin Camp, Me Alain Hepner, a également sollicité les témoignages de cinq personnes dans le cadre des audiences. Le premier appelé à la barre, le juge Richard Bell, s’est porté garant des compétences et de la personnalité de M. Camp.

M. Bell, qui préside à la Cour d’appel de la cour martiale du Canada, a déclaré qu’il n’avait aucun doute sur les compétences de l’ex-juge Camp. « Ses jugements semblaient toujours viser juste », a-t-il déclaré.

Richard Bell a par ailleurs indiqué qu’il était devenu « bon ami » avec M. Camp et que la réputation acquise dans la foulée du scandale des « genoux serrés » n’est pas représentative de l’homme qu’il est réellement.

« Je n’ai rien vu qui laisse croire que Robin Camp a des comportements homophobes, sexistes ou simplement discriminatoires à l’endroit de qui que ce soit », a-t-il précisé.

Cassandra Sutter, une ex-étudiante de Robin Camp qui a également travaillé à ses côtés dans un cabinet d'avocats, a pour sa part affirmé qu’elle n'avait jamais été témoin de remarque sexiste ou désobligeante à l’égard des femmes de la part de M. Camp.

Un autre ex-collègue, Robert Hawkes, a décrit Robin Camp comme un avocat et un juge motivé par le service public. « La principale préoccupation de Robin était de s'assurer que nous traitions tout le monde équitablement », a-t-il soutenu en évoquant l'engagement social de M. Camp en Afrique du Sud, où il a résidé durant l'apartheid.

« Il était extrêmement respecté, a ajouté M. Hawkes. Je n’arrive littéralement pas m’imaginer quelqu'un qui ne le tenait pas en haute estime. »

Les audiences doivent se poursuivre mercredi. Les membres du comité étudieront ensuite les plaidoyers écrits du Barreau et de l'avocat de Robin Camp avant de rendre leur décision.

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