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Aide à mourir : des médecins piqués au vif par la Commission sur les soins de fin de vie

Des médecins qui administrent l'aide médicale à mourir montrent des signes d'exaspération par rapport aux agissements de la Commission sur les soins de fin de vie, que certains assimilent à de l'inquisition. Le ministre Barrette tente de calmer le jeu.

Un texte de Davide Gentile et de Philippe Lépine

Louis Roy a participé au débat qui a précédé l'adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie. Le médecin était même formateur au Centre hospitalier universitaire de Québec avant son entrée en vigueur.

Mais, il y a quelques semaines, il a décidé de ne plus s'impliquer dans l'aide médicale à mourir. « J'ai besoin de prendre un recul, parce que ça devient angoissant », témoigne-t-il.

C'est que, comme d'autres collègues, il a reçu plusieurs lettres de la Commission sur les soins de fin de vie. Certaines remettent en cause l'aptitude du patient à donner son consentement. D'autres portent sur l'indépendance des médecins envers les patients dont ils doivent approuver les demandes.

Des médecins ont même été interrogés pour savoir si les patients étaient bel et bien mourants. « Ça donne l'impression que la Commission se pose presque en commission d'inquisition », affirme Louis Roy.

Il est étonné du ton des lettres envoyées par la Commission. « Vous mettez en cause que j'ai osé poser un geste aussi grave que l'aide médicale à mourir et que je l'aurais fait sans le consentement explicite d'un patient? » s'indigne-t-il.

Le Collège des médecins semble aussi inquiet du ton et de la teneur des lettres envoyées aux médecins. Assez pour organiser avec la Commission sur les soins de fin de vie une rencontre vendredi après-midi pour tenter de calmer le jeu.

La compétence et l'impartialité de la Commission remises en cause

À micro fermé, de nombreux médecins se questionnent quant à l'approche de la Commission. Certains, comme Alain Naud, remettent carrément en cause sa compétence.

« Quand on analyse les 11 membres de la Commission, les milieux desquels ils originent, ces gens-là n'ont aucunement la compétence, l'expertise pour juger de la prise en charge des médecins et de l'administration des aides médicales à mourir », fait-il remarquer.

Il est anormal, selon lui, que seuls 2 membres de la Commission sur les soins de fin de vie sur les 11 qui la composent soient des médecins. Il met même en doute l'impartialité de certains des membres.

Son collègue Louis Roy estime, lui, que certains membres de la Commission « sont ouvertement opposés » à l'aide médicale à mourir. « Alors là, tout à coup, la notion d'objectivité et d'indépendance peut se questionner. »

Barrette en arbitre

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, semble prêt à tendre l'oreille aux critiques formulées à l'endroit de la Commission sur les soins de fin de vie.

« Le mandat de la Commission n'est pas de faire l'évaluation du geste médical [...], de dire si le médecin a oui ou non posé le bon diagnostic. C'est de s'assurer que le diagnostic a été posé, colligé et étayé », a-t-il dit à l'émission 24/60.

Le ministre appelle d'ailleurs la Commission et le Collège des médecins, qui se sont entretenus vendredi après-midi, à régler ce qu'il qualifie de « problème classique de communication, donc d'interprétation ». Un rapport de leurs échanges sera remis le 30 septembre à M. Barrette.

Le ministre espère d'ailleurs que des ajustements seront apportés si l'approche de la Commission éloigne certains médecins de l'aide à mourir. Il a aussi tenu à rassurer ceux qui craignent les poursuites en leur rappelant que Québec avait déjà pris l'engagement de ne pas le faire dans le cadre de la loi.

En ce qui a trait les accusations de partis pris de certains membres, il affirme qu'un équilibre règne entre les partisans et les détracteurs de l'aide à mourir parmi la Commission, qu'il a lui-même sélectionnés parmi des listes soumises par les ordres professionnels.

Brouillard à l'horizon

L'incertitude face au mandat de la Commission s'ajoute au flou provoqué par l'adoption de la loi fédérale, plus permissive. Le débat entourant cette loi aurait donné des espoirs à des patients qui ne sont pas admissibles en vertu de la législation québécoise.

Mais la loi fédérale a aussi ajouté des contraintes, comme la nécessité d'attendre 10 jours entre la formulation de la demande et sa concrétisation. Ou encore l'obligation de faire signer non plus un, mais trois témoins.

« Ça devient très lourd », affirme Louis Roy, qui estime que l'entière procédure prend de 8 à 12 heures. Une situation qui, globalement, pourrait induire une réduction de l'accès.

Plus de demandes, moins de médecins

Il y a peu de médecins qui acceptent les demandes d'aide médicale à mourir. De nombreuses sources rapportent que cet été, dans certaines régions, on a cherché pendant des jours des médecins prêts à le faire.

La situation risque donc de se compliquer. Surtout que, selon Louis Roy, le nombre de demandes d'aide médicale à mourir augmente de mois en mois.

Plusieurs prévoyaient en décembre 2015 qu'une cinquantaine de malades par année auraient recours à l'aide médicale à mourir. Mais en juillet, plus de 160 malades avaient déjà obtenu ce service. Des sources croient que le nombre total de cas dépassera les 250 d'ici la fin de l'année.

La Commission se défend

De son côté, la présidente de la Commission sur les soins de fin de vie, Mireille Lavoie, explique qu'en aucun cas ses collègues et elle n'ont voulu insulter ou décourager les médecins dans la pratique de l'aide médicale à mourir.

« La majorité des lettres transmises à ce moment-ci ne viennent pas porter un jugement, dit-elle. Elles viennent seulement demander aux médecins les compléments d'informations nécessaires. »

« Les interventions visent à faciliter l'aide à mourir. C'est une façon de compléter les formulaires. On sait que ça ne doit pas être facile de les compléter », ajoute-t-elle en précisant que la Commission a entrepris des démarches auprès du Collège des médecins pour mieux en informer les membres afin de faciliter les démarches.

Mme Lavoie estime avoir pris des précautions dans la façon de formuler ses lettres pour ne pas heurter les médecins. Elle se désole que les requêtes d'informations soient interprétées comme des attaques.

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