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Aide médicale à mourir : doit-on permettre d'y consentir à l'avance?

Des voix s'élèvent pour permettre aux personnes qui savent qu'elles vont perdre leurs facultés mentales de faire une demande anticipée d'aide à mourir. Mais d'autres voix prônent la prudence.

Un texte de Madeleine Blais-Morin

Lorsqu'il a appris que le projet de loi fédéral sur l'aide médicale à mourir ne permettrait pas les demandes anticipées, Marcel Boulanger a été déçu. Le projet C-14 propose tout au plus d'étudier cette délicate question. Mais pour l'homme de 86 ans, médecin à la retraite, cofondateur de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, la réflexion est déjà toute faite. Depuis longtemps.

Ses directives anticipées

Dans un document écrit en 1998, il a fait part de ses volontés. Marcel Boulanger indique que s'il venait à perdre ses fonctions cérébrales, il voudrait qu'on interrompe tout traitement. Cette partie du document ne pose pas problème. Ce genre de directives anticipées est pratique courante. Mais il demande aussi qu'on mette fin à ses jours, par euthanasie, si un traumatisme ou une maladie dégénérative comme l'alzheimer lui faisait perdre ses capacités intellectuelles. Une requête qu'il voudrait voir appliquée si elle devenait légale.

Mais demander l'aide médicale à mourir de façon anticipée n'était pas possible en 1998, ce ne l'est pas non plus aujourd'hui, et le projet de loi C-14 ne le permettrait toujours pas. Cela inquiète Marcel Boulanger.

Les adeptes de la prudence

Du côté de l'Association médicale canadienne (AMC), qui représente plus de 80 000 médecins du Canada, on prévient qu'il faut faire preuve de prudence avec les directives anticipées.

La directrice de l'éthique à l'AMC, Cécile Bensimon, note que parfois, des patients qui émettent des directives médicales anticipées changent d'idée par la suite. « C'est pour ça que c'est problématique d'interpréter les souhaits antérieurs d'une personne qui ne peut plus donner son consentement. Et c'est pourquoi nous nous devons d'étudier cette question en profondeur. »

Elle note que certains médecins font une distinction entre l'acte de mettre fin à des traitements et l'acte de l'aide à mourir.

Torturé sur la façon de voter

Pour le député libéral de Madawaska-Restigouche, René Arseneault, C-14 ne va pas assez loin, mais représente tout de même un pas de géant.

Le projet de loi exige qu'un examen indépendant soit lancé, au plus tard 180 jours après la date de sanction de la loi, non seulement sur les demandes anticipées, mais aussi sur les demandes faites par les mineurs matures et celles où la maladie mentale est la seule condition invoquée.

René Arseneault était l'un des membres du Comité mixte spécial sur l'aide médicale à mourir, qui s'était prononcé sur ces questions. Il raconte que celle des demandes anticipées avait à peine posé problème. Ce comité recommandait de les autoriser sous certaines conditions.

La crainte des dommages collatéraux

Le sénateur Serge Joyal siégeait lui aussi au Comité mixte spécial sur l'aide médicale à mourir. Il craint que des personnes qui se voient refuser la possibilité de faire des demandes anticipées décident de se suicider lorsqu'elles sont encore capables de le faire.

Marcel Boulanger n'exclut pas ce scénario.

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