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Aide médicale à mourir : un premier médecin témoigne de son expérience

Alain Naud est médecin. Il a prodigué à plusieurs patients une aide médicale à mourir et est le premier à accepter d'en parler publiquement.

Un texte de Davide Gentile

Il se présente dans la chambre d'un patient qui a formulé une demande la semaine précédente. « Quand on s'est rencontrés la dernière fois, on a parlé de votre demande d'aide médicale à mourir », dit-il doucement, en tenant le malade par la main. « Est-ce que vous avez changé d'idée en fin de semaine? »

Le patient répond non et ajoute plus tard : « On va arrêter de remettre ».

Comme le prévoit la loi, c'est la deuxième visite du Dr Naud auprès de ce patient, dont la demande a déjà été analysée par un autre médecin. Un proche du patient qui sort de la chambre peu après indique à Radio-Canada qu'il appuie sa demande.

Mais la réponse du patient, fatigué, ne satisfait pas le Dr Naud. « Ça s'est bien passé, mais je vais devoir revenir voir ce patient », dit-il en sortant de la chambre. Pour lui, c'est un autre exemple qui prouve que l'aide médicale à mourir compte suffisamment de garde-fous.

Démystifier la mort

Alain Naud est le premier médecin participant à l'aide médicale à mourir qui accepte d'en parler à visière levée. L'omnipraticien offre des soins palliatifs depuis des années. Il en a assez des critiques qu'il entend sur l'aide médicale à mourir. « On a beaucoup laissé la place à ceux qui y sont opposés », affirme le médecin.

Le docteur accepte et comprend parfaitement que des médecins soient opposés à ce programme ou refusent d'y participer. Mais il souhaite démystifier ce soin pour éviter que des malades croient qu'ils n'y ont pas accès. « Certains ont voulu faire croire que l'aide médicale à mourir, c'est dangereux, c'est compliqué, et que personne n'y aurait droit. Mais ce n'est pas le cas! »

Il décrit la procédure, qui comprend trois injections. D'abord un calmant, ensuite une deuxième, qui induit le coma, et finalement une troisième, qui stoppe le fonctionnement des organes vitaux. « Ce qu'on constate, c'est que le décès arrive souvent pendant la deuxième injection », affirme le docteur Naud.

Il admet que la première fois a été stressante. « Il y a beaucoup de nervosité. Je ne vous cacherai pas que c'est nouveau pour tout le monde. »

Un départ plus serein

Choisir la date et l'heure était au départ curieux pour tous les intervenants. Mais le docteur Naud et ses confrères découvrent que ça comporte certains avantages pour les familles et les mourants. Le patient peut choisir qui il souhaite avoir autour de lui. « Ça permet à tout le monde de se faire les derniers adieux. De se dire une dernière fois des choses qu'on n'a pas pu dire. Et de vivre ce moment-là en famille. » Certains organisent même de petites cérémonies avant le décès.

Il n'a pas été témoin de déchirements dans les familles avant ou après la mort. « Et les familles sont extrêmement reconnaissantes. Elles sont contentes que le proche ait pu finir ses jours de façon digne et humaine. Sans souffrance. » Selon lui, la loi sur l'aide médicale à mourir va aussi permettre d'éviter des suicides et des allers simples vers la Suisse. « Il y avait des patients qui partaient vers l'Europe pour recevoir l'aide médicale à mourir », rappelle-t-il.

M. Naud estime que tant des athées que des croyants y ont recours. « Des croyants très pratiquants ont demandé à recourir à l'aide médicale à mourir. Ou des gens qui désirent rencontrer l'aumônier la journée même ou la journée précédente ».

Selon lui, la majorité des médecins qui ne participent pas à l'aide médicale à mourir ne soulèvent pas d'objections de conscience. « Ils soulèvent une objection de connaissance ou une objection de compétence. » D'où, ajoute-t-il, le besoin d'améliorer la formation du personnel dans le réseau. Il souhaite aussi qu'on informe mieux la population.

Un soin accessible

L'accès à l'aide médicale à mourir serait très bon, à tout le moins pour la région de Québec. « Il est garanti actuellement », affirme le médecin.

Évidemment, ceux qui le demandent doivent répondre à tous les critères. Il faut être atteint d'une maladie incurable et ressentir des souffrances intolérables qui ne peuvent pas être soulagées. Les patients doivent être majeurs, aptes à consentir et doivent rédiger une demande qui sera approuvée par deux médecins. La demande peut être révoquée à tout moment.

Alain Naud estime que les balises sont assez élevées pour éviter les dérapages. « L'idée n'est pas de s'assurer que les patients vont choisir l'aide médicale à mourir. Mais c'est de leur présenter toutes les options possibles et, après ça, d'accompagner le patient dans son choix et de respecter ce choix. »

Alain Naud pense qu'avec le temps, certaines personnes opposées à l'idée aujourd'hui vont s'y rallier. Il propose à ces gens d'être en contact étroit avec certains mourants qui sont aux prises avec des souffrances impossibles à soulager. « Ils vont constater que c'était une demande légitime des patients. Que c'étaient des patients souffrants. »

Il n'a pas été critiqué directement par ses collègues et affirme que l'expérience, même difficile, reste valorisante pour lui en tant que médecin. « L'être humain qui est dans ses derniers jours de vie et qui nous demande de mettre notre science et notre humanité à son service pour mettre fin à des souffrances, pour moi, il n'y a rien qui surpasse cette intensité relationnelle. »

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