Le président Trump menace d'ajouter des tarifs sur plus de 100 milliards de dollars supplémentaires d'importations en provenance de Chine. Pékin réplique en affirmant que la Chine est prête à riposter avec force et sans hésitation. Pendant ce temps, on évoque, depuis quelques jours, la possibilité d'une entente de principe sur l'ALENA.

Un texte de Gérald Fillion

Voilà qui est révélateur d’un fait politique réel : Donald Trump n’a plus grand chose à gagner à dénoncer sans fin l’ALENA. La Chine est une cible bien plus urgente pour le président, d’autant qu’il y a là un réel enjeu commercial et économique pour les États-Unis.

Il faut aller au-delà du symbole et comprendre qu’il est impossible, dans les faits, d’arriver à une entente complète sur l’ALENA d’ici la mi-avril.

Cependant, les avancées récentes, notamment dans le secteur de l’automobile, pourraient permettre aux parties en présence d’annoncer une entente de principe de façade, une sorte de document symbolique qui va permettre à tout le monde de crier victoire, tout en gagnant du temps, d'ici à ce que les épisodes électoraux au Québec, en Ontario, au Mexique et aux États-Unis soient choses du passé.

Les négociations vont donc se poursuivre entre le Canada, le Mexique et les États-Unis. Les sujets acrimonieux sont encore nombreux et c’est à l’abri des regards et des déclarations intempestives du président Trump que les discussions vont se tenir.

Il est clair, depuis plusieurs semaines, que l’objectif est de filer jusqu’aux élections de mi-mandat aux États-Unis en laissant entendre à la population qu’une entente a été conclue ou est en train d’être complétée. Mais tout est encore possible. Il faudra lire les notes de bas de page quand viendra le temps de ratifier le nouvel accord, quelque part en 2019.

Tout sur la Chine

L’enjeu réel du président des États-Unis, ce n’est pas l’ALENA, c’est la Chine. Le déficit commercial des États-Unis avec la Chine a bondi de 20 % depuis le début de l’année. Et en février, le déficit commercial avec le monde a atteint son plus haut niveau en près d’une décennie. Cette question obsède le président, qui associe ce déficit - à tort, faut-il le préciser - à un état d’infériorité économique.

Le déficit commercial des États-Unis avec la Chine s’est élevé à 337 milliards de dollars américains en 2017, à 375 milliards si on ne tient compte que des échanges de biens.

Donald Trump a raison de chercher à mieux équilibrer les relations de son pays avec la Chine. Il a raison de faire pression sur les entreprises américaines pour les obliger à réduire leurs délocalisations et leurs importations en provenance de Chine. Baisser leurs impôts peut d’ailleurs contribuer à l’embauche en sol américain et à une réduction des importations.

En même temps, baisser les impôts stimule l’économie américaine et, généralement, une croissance plus forte aux États-Unis contribue à des importations plus élevées et un déficit commercial encore plus grand.

L’enjeu du vol de propriété intellectuelle en Chine est réel et le dumping chinois est un fait qui complique la vie des entreprises américaines, mais aussi de celles du Canada, notamment dans le secteur de l’acier. La surproduction chinoise crée une pression à la baisse sur les prix.

Un conflit contre-productif

Cela dit, un conflit ouvert avec la Chine et une escalade dans les niveaux de tarifs peut être totalement contre-productif.

Dans une étude réalisée par le Peterson Institute au cours de la dernière campagne électorale aux États-Unis, les chercheurs avaient évalué qu’une guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis auraient des effets négatifs importants.

D’abord, les chaînes d’approvisionnement seront perturbées par un tel conflit. Ces chaînes représentent 80 % du commerce mondial. Des tarifs importants entre les deux pays les plus puissants du monde obligeraient des entreprises à revoir leurs liens d’affaires. Les prix à la consommation seraient appelés à augmenter.

Des pertes d’emplois seraient à prévoir aux États-Unis puisqu’un bon nombre de sociétés américaines, face à des tarifs imposés sur les importations chinoises, pourraient être poussées à déménager leurs activités dans d’autres pays pour réduire leurs coûts de main-d’oeuvre.

Selon le Peterson Institute, des barrières tarifaires imposées à la Chine ne signifieraient pas nécessairement un rapatriement d’emplois aux États-Unis. Les sociétés américaines, qui font affaires en Chine depuis des décennies, trouveraient d’autres lieux dans le monde à faibles coûts pour faire fabriquer leurs produits.

Et puis, une guerre commerciale crée de l’incertitude, ralentit les investissements des entreprises et entraîne une décélération de l’économie. Nous sommes dans ce scénario potentiel.

Dans une entrevue à CNBC, Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor sous Bill Clinton, a évoqué un effet boomerang à propos de la politique du président Trump. Les menaces de l’administration actuelle sont sans précédent, selon lui, alors qu’on s’éloigne de plus en plus d’une approche diplomatique avec la Chine.

S’il y a de réelles frustrations sur le plan commercial avec la Chine, Lawrence Summers est d’avis que les attaques du président ne font que mettre de l’huile sur le feu.

Quoi qu’il en soit, dans ce contexte d’incertitude grandissante, le Canada n’a pas le choix de saisir l’occasion de conclure une entente de principe sur l’ALENA, même si c’est un accord de façade.

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