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ALENA : le Canada craint d'en prendre pour son rhume

À l'approche de l'anniversaire des 100 jours de l'administration Trump, le Canada se demande encore à quel point son économie souffrira du changement de garde à la Maison-Blanche.

Une analyse de Fannie Olivier

Quand les États-Unis éternuent, le Canada s’enrhume, paraît-il.

Le Canada traîne un petit mal de gorge depuis une centaine de jours.

Il souffre de ce chat dans la gorge qui se change souvent en grippe virulente, mais qui se résorbe aussi parfois avec un peu de repos et une gorgée de sirop. Cent jours après que Donald Trump eut déménagé ses pénates à la Maison-Blanche, le Canada se demande toujours s’il va tomber gravement malade.

Le président américain a encore une fois bombé le torse, cette semaine, en menaçant de déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Il n’est peut-être pas dans son pouvoir de le faire, mais Donald Trump ne s’embarrasse pas de ce genre de détail.

Il brandit la menace comme on exhibe ses biceps : pour signaler à tous – Congrès américain, partenaires commerciaux, industries – que c’est lui le plus fort.

Mettre fin à l’ALENA causerait « beaucoup de souffrance », a insisté le premier ministre Justin Trudeau dans un appel téléphonique pour convaincre le président de changer d’avis. La fin d’un accord commercial d’une telle ampleur ferait en effet très mal à l’économie, surtout canadienne.

Donald Trump a semblé entendre les arguments de Justin Trudeau et accepté de s’asseoir avec le Canada et le Mexique pour renégocier l’entente. Tout en maintenant sa menace d’y mettre fin s’il jugeait que l’accord reste désavantageux pour son pays.

Charme et diplomatie

Devant cet allié si puissant, le gouvernement de Justin Trudeau n’est pas de taille. Contrairement à de grandes puissances comme la Chine ou la Russie, il ne peut pas montrer à son tour ses muscles et jouer la surenchère. Il a choisi la voie la plus sûre et celle qu’il maîtrise le mieux : celle du charme et de la diplomatie.

Jusqu’à présent, les ministres du gouvernement Trudeau ont effectué plus de 80 visites aux États-Unis. Partout, ils martèlent le même message : élever des barrières au commerce ferait mal à l’économie canadienne, mais aussi à l’économie américaine.

Leur offensive vise bien sûr Washington. Mais on s’affaire aussi à tenter de convaincre les gouverneurs des États américains, les sénateurs, les maires et les représentants de différentes industries de l’importance de conserver l’accord. On entend même s'adresser directement aux citoyens américains en multipliant les interventions de ministres canadiens sur les chaînes de télévision au sud de la frontière.

Pour l'instant, le Canada tâte encore le pouls de son allié américain pour voir à quel point il est prêt à jouer dur. C'est au moment où ses négociateurs s'assoiront avec leurs homologues américains pour négocier point par point l'accord qu'il pourra faire son diagnostic.

Mais il sait que tant que Donald Trump sera à la Maison-Blanche, la menace d’une maladie grave planera sur l'économie canadienne.

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