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ALENA : le Canada est prêt, dit Chrystia Freeland

« Nous sommes prêts à parler de tous les dossiers avec nos partenaires tant américains que mexicains », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, au terme de la première journée de la troisième ronde de renégociations de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui se tenait lundi à Ottawa.

« Il est important d'arriver aux tables de négociation avec nos devoirs faits et l'équipe canadienne est très, très bien préparée », a ajouté Mme Freeland après une sortie des conservateurs qui reprochaient au gouvernement de Justin Trudeau de ne pas avoir de positions claires sur les enjeux importants pour les entreprises canadiennes.

La ministre a toutefois convenu que ses partenaires n’avaient pas présenté de demandes sur les enjeux les plus litigieux. Elle en a imputé la responsabilité au rythme accéléré des négociations. Elle a mentionné que les négociateurs canadiens en discuteraient le moment venu avec leurs interlocuteurs américains et mexicains.

Mme Freeland a expliqué qu’il était tout à fait normal de commencer à négocier sur des enjeux qui ne présentent que peu d’irritants pour terminer par les enjeux les plus litigieux. Elle a précisé qu’il s’écoule normalement deux mois entre les rondes de négociations d’un accord économique comme celui de l’ALENA, alors la troisième séance devrait se terminer cette semaine dans le cadre d'un processus qui s’est amorcé en août dernier, c’est-à-dire en moins de deux mois.

Un accord, mais pas n'importe lequel

« C’est un processus accéléré par rapport au processus typique, néanmoins nous avons fait de bons progrès sur plusieurs sujets et le ton à la table demeure constructif et cordial », a déclaré la ministre Freeland.

« Nous avons fait des progrès particuliers sur des enjeux fondamentaux, des enjeux qui sont importants pour des entreprises, comme les formulaires électroniques à la frontière, des déclarations de provenance simplifiées et des processus d’harmonisation », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse à Ottawa.

Elle a précisé que des discussions étaient menées autour de 28 tables de négociation en même temps. « Nous travaillons sur tous les fronts », a-t-elle ajouté.

« Ces mesures ne sont peut-être pas sexy, mais elles simplifieront la vie des entreprises canadiennes », a affirmé la ministre Freeland, en soutenant que c'est le genre de procédures administratives qui ont été dénoncées lors des consultations publiques. « Ce sont ce genre de mesures qui sont au coeur d’accords commerciaux comme l’ALENA. »

Mme Freeland aura un souper de travail mardi soir avec ses homologues américain et mexicain avant de mener encore plusieurs séances de travail mercredi, dernier jour de la troisième ronde de négociations sur la modernisation de l’ALENA.

Les conservateurs réclament de la clarté

L'opposition conservatrice avait demandé au gouvernement d'avoir des positions fortes et claires pour protéger les secteurs menacés, notamment l'automobile et la production laitière.

Rappelant qu’un emploi sur cinq au Canada dépend du commerce extérieur, le député de Durham, Erin O’Toole, a tout d’abord assuré le gouvernement Trudeau de l’appui des conservateurs dans cet épineux processus de négociations.

« À tire de député ontarien, je n’ai pas encore entendu le gouvernement se prononcer sur l’importance de l’industrie automobile dont dépend le gagne-pain de 140 000 travailleurs dans le secteur de l’assemblage de voitures et de la fabrication de pièces de voitures », a-t-il souligné.

Rappelons que c’est à l’origine l’industrie automobile qui avait servi de point de départ pour les premières négociations sur le libre-échange entre le Canada et les États-Unis.

La gestion de l'offre menacée

Pour ce qui est du Québec, le député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, Pierre Paul-Hus, a quant à lui noté la discrétion d’Ottawa concernant la gestion de l’offre, un enjeu crucial, selon lui, pour les producteurs agricoles, notamment les producteurs laitiers du Québec.

« Pour le Québec, tout ce qui concerne les producteurs du lait du Québec, il y a un enjeu majeur. Les Américains ont clairement identifié cet enjeu comme étant une chose dont ils réclament l’abolition », a rappelé Pierre Paul-Hus.

Le ministre de l’Agriculture, Lawrence MacAulay, a toutefois fourni quelques éléments de réponse lundi matin en affirmant que son gouvernement allait défendre la gestion de l’offre dans la renégociation de l’ALENA lors d’une rencontre avec des agriculteurs canadiens.

La gestion de l’offre est un système « qui fonctionne si bien pour ce pays, pour les consommateurs et qui est un modèle pour le monde », a-t-il déclaré.

Tout en affirmant se porter à la défense de la gestion de l’offre – un système qui protège notamment les producteurs de produits laitiers, d'oeufs et de volailles – M. MacAuley a prévenu que cela ne signifiait pas qu’aucun changement ne pouvait être apporté à l’accord commercial.

Le secteur des produits laitiers avait été exclu de l’accord originel de l’ALENA, en 1994. La gestion de l’offre – qui limite la quantité de produits laitiers pouvant être importée au Canada – demeure toutefois un point litigieux entre le Canada et les États-Unis. Ces derniers aimeraient obtenir un plus grand accès au marché canadien pour leurs produits laitiers.

Les Américains n'ont toujours rien mis sur la table

Le négociateur en chef du Canada dans les pourparlers de l’ALENA, Steve Verheul, a cependant rappelé que les Américains n’ont pas encore déposé leurs propres demandes ni fait de proposition détaillée sur les enjeux cruciaux, comme la gestion de l’offre pour les produits laitiers, l’industrie automobile ou encore les mécanismes de règlement des différends entre les pays membres de l’ALENA.

À maintes reprises, Washington a pourtant dénoncé les effets négatifs de l’ALENA dans ces secteurs.

Selon M. Verheul, les pourparlers ont permis jusqu'à maintenant des progrès tangibles sur plusieurs sujets, mais pas sur ceux qui sont en litige.

Une situation qui risque de compromettre l’objectif de signer un nouvel accord d’ici le début de l’année 2018.

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