Retour

ALENA : Trump suggère des accords commerciaux séparés avec le Canada et le Mexique

Le président américain Donald Trump est prêt à remplacer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), dont la renégociation avec le Canada et le Mexique semble s'enliser, par des ententes bilatérales distinctes avec chacun de ses deux partenaires, a-t-il lancé vendredi.

« Je n'aurais pas d'objection à avoir un accord séparé avec le Canada [...] et un autre avec le Mexique », a déclaré M. Trump sur la pelouse de la Maison-Blanche, après sa rencontre avec le bras droit du leader nord-coréen Kim Jong-un, le général Kim Yong-chol. Il avait déjà évoqué cette possibilité dans l'éventualité d'un échec de la renégociation de l'ALENA.

« Ce sont deux pays très différents », a-t-il fait valoir, en réitérant que l'ALENA, en vigueur depuis 1994, avait été « un accord lamentable pour les États-Unis dès le premier jour ».

« Nous perdons beaucoup d'argent avec le Canada et nous perdons une fortune avec le Mexique. Ça ne se passera plus comme ça », a averti le président américain.

Au nom de « la sécurité nationale », l'administration Trump a décrété cette semaine l'imposition de droits de douane de 25 % et de 10 %, respectivement, sur l'acier et l'aluminium importés du Canada, du Mexique et des 28 pays de l'Union européenne, pourtant des alliés des États-Unis.

« Si vous regardez le genre de tarifs que l’Union européenne impose et que nous n’imposons pas, vous verrez que ce n’est pas un commerce juste, a déclaré M. Trump. Je veux un commerce juste. J’aime le commerce libre, mais je veux qu’il soit juste. C’est un minimum. »

C'est jeudi que sont entrés en vigueur des tarifs douaniers américains sur les importations d'acier et d'aluminium. Le même jour, le gouvernement de Justin Trudeau a répliqué par des mesures similaires, pour un montant allant jusqu'à 16,6 milliards de dollars canadiens, soit l’équivalent du total des exportations canadiennes d’acier et d’aluminium vers les États-Unis en 2017. Ces surtaxes entreront en vigueur au mois de juillet.

Le Mexique prévoit lui aussi imposer des tarifs sur divers articles américains, y compris l'acier plat.

Le Canada et l'Union européenne ont porté plainte vendredi auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre l'imposition des tarifs douaniers américains.

Ottawa espère que Trump fasse marche arrière

Le ministre canadien des Finances Bill Morneau espère que la menace de représailles convaincra les Américains de revenir sur leur décision. Il juge les tarifs américains absurdes et affirme qu'ils coûteront des emplois de part et d'autre de la frontière.

Le ministre Morneau, qui préside une rencontre avec ses homologues du G7 à Whistler, en Colombie-Britannique, ajoute toutefois que le gouvernement fédéral n'est pas encore prêt à discuter d'un éventuel soutien ou même d'un plan de sauvetage pour les secteurs canadiens, qui seront frappés par les mesures américaines.

Le ministre français de l'Économie, Bruno Lemaire, qui participe aussi à la rencontre à Whistler en vue du sommet qui aura lieu à Charlevoix, pense que ces tarifs sur l'aluminium et l'acier constituent un risque pour « la croissance économique mondiale ».

« Il y a d'un côté les États-Unis qui défendent seuls cette augmentation des tarifs, [...] Et puis j'ai vu six autres États qui ont tous passé les mêmes messages aux États-Unis : nous sommes alliés et nous ne pouvons pas comprendre les décisions américaines », a ajouté M. Lemaire.

Peu d'avancées dans les discussions

Plus tôt cette semaine, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, était revenue les mains vides d'une rencontre sur la renégociation de l'ALENA, à Washington, avec le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer. Le Mexique n'était pas représenté lors de ces discussions.

Par la même occasion, Mme Freeland avait plaidé pour que le Canada et le Mexique continuent d'être exonérés des tarifs douaniers américains sur les importations d'acier et d'aluminium. En vain.

M. Lighthizer a indiqué que la renégociation de l'ALENA pourrait se poursuivre l'an prochain.

Les derniers échanges ont notamment traité des règles sur l'origine des véhicules automobiles, un point d'achoppement qui persiste.

Le Canada, le Mexique et les États-Unis ont travaillé sans relâche, jusqu'ici, dans l'espoir d'obtenir un accord à temps pour que le Congrès américain actuel puisse voter sur une nouvelle version de l'ALENA et que le dossier soit réglé avant la tenue des élections générales au Mexique le 1er juillet.

Mais l'espoir d'arriver à une entente semble s'amenuiser.

À la défense des agriculteurs américains

Le président américain Donald Trump s'en était déjà pris au Canada, plus tôt vendredi, l'accusant dans un tweet matinal de « très mal traiter » les agriculteurs américains et d'imposer des mesures commerciales très restrictives.

« Ils doivent ouvrir leurs marchés et abattre leurs barrières commerciales! Ils ont un excédent très important sur le commerce avec nous », a écrit M. Trump.

Le président américain a aussi fait brièvement allusion au contentieux sur le bois d'oeuvre, qui pèse sur les relations commerciales américano-canadiennes depuis des années.

Plus d'articles