Le transport aérien de piles au lithium-ion présente un problème important de sécurité. Même si les règles vont changer dès le 1er avril, les pilotes de ligne demandent qu'on interdise ces piles dans les avions de passagers.

Un texte de François Dallaire à La facture

« Les batteries au lithium-ion représentent un danger unique dans le transport aérien, car elles ont une facilité à prendre feu », expose Mark Rogers, président du comité des marchandises dangereuses à la Fédération internationale des associations des pilotes de ligne (IFALPA). Mark Rogers parle au nom de 100 000 pilotes répartis dans 100 pays.

Les passagers l'ignorent, mais dans la soute à bagages, sur leur vol, les avions transportent parfois des dizaines de milliers de piles au lithium-ion.

« Si les piles sont exposées à la chaleur d'un incendie, ça peut provoquer un feu si intense qu'il serait difficile à éteindre. Pire encore, nous avons découvert qu'en brûlant, les piles peuvent dégager un gaz inflammable, qui peut causer une explosion assez puissante pour affecter le système de pressurisation, et dès lors, vous n'avez plus de moyen pour combattre l'incendie », explique Mark Rogers.

Dans un rapport, la FAA, l'agence américaine de l'aviation, a recensé depuis 25 ans 158 débuts d'incendie liés majoritairement à des piles au lithium-ion dans des aéroports et dans des avions.

À l'aéroport Pearson de Toronto, le 29 octobre 2011, les passagers d'Austrian Airlines l'ont échappé belle. Une cargaison de piles de lithium-ion a pris feu sur le tarmac, au moment où on s'apprêtait à l'embarquer dans l'avion.

Le choix des matériaux

« Le choix de la chimie, le choix des matériaux qu'on met pour faire l'accumulateur est déterminant en matière de sécurité », explique Michel Gauthier, chercheur associé au Département de chimie de l'Université de Montréal.

Cet ex-employé d'Hydro-Québec est un des pionniers en matière des piles électriques au Québec. Il déplore que, pour augmenter l'autonomie des appareils, l'industrie ait opté pour l'oxyde de cobalt plutôt que pour le phosphate de fer dans la composition de la pile au lithium-ion.

« On a fait le choix de la performance plus que la sécurité en pensant avoir résolu le problème de sécurité », note Michel Gauthier.

Défaut de fabrication, surcharge, absence de ventilation, choc entre deux appareils, toutes ces situations peuvent conduire à la surchauffe des piles menant à l'explosion.

De nouvelles normes

Patrick J. Juneau, un responsable du transport des marchandises dangereuses à Transports Canada, se fait rassurant. « Quand je prends l'avion, je suis très content de savoir que des instructions techniques existent et que le Canada travaille de très proche au développement. »

En compagnie de 82 autres experts du monde entier venus à Montréal lors d'une rencontre à l'Organisation internationale de l'aviation civile (OACI), il a participé à l'élaboration de nouvelles normes relatives au transport aérien de batteries au lithium-ion dans les avions de passagers.

À partir du 1er avril prochain, les charges sur les piles ne devront pas dépasser 30 % durant leur transport en avion. Actuellement, il n'y a aucune limite.

Tout comme l'association des pilotes de ligne (IFALPA), le constructeur d'avions Boeing et l'agence américaine de l'aviation (FAA) recommandent d'aller plus loin en bannissant tout simplement le transport de ces marchandises, comme l'ont déjà fait une trentaine de compagnies aériennes.

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