Retour

Allégations de Francœur : Fournier nie avoir quoi que ce soit à se reprocher

Le leader parlementaire du gouvernement Couillard, Jean-Marc Fournier, affirme que les plus récentes allégations du chef syndical Yves Francoeur à son endroit sont « rigoureusement inexactes ». Il dit être prêt à rencontrer la Sûreté du Québec le plus rapidement possible pour dissiper tout doute.

En avril dernier, le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, avait allégué sur les ondes du 98,5 FM que deux élus du Parti libéral du Québec, dont un toujours en fonction, avaient échappé à une enquête criminelle pour des raisons douteuses. Il ne les avait toutefois pas nommés.

Or, selon une déclaration écrite de huit pages de M. Francoeur à la Sûreté du Québec, qui a été obtenue par TVA et Le Journal de Montréal, il s'agissait de Jean-Marc Fournier et de l'ex-ministre des Finances du gouvernement Charest, Raymond Bachand.

M. Francoeur soutient dans cette déclaration que plusieurs sources lui ont laissé entendre que l'enquête se serait notamment penchée, « fin 2011 ou début 2012 », sur une rencontre que les deux hommes ont eue avec un promoteur immobilier au 1000 de la Commune, dans le Vieux-Montréal.

Il y aurait été question « de développement et/ou de dézonage de terrains en retour de contributions au Parti libéral du Québec ».

Selon une source de M. Francoeur, un haut gradé de la Sûreté du Québec serait cependant intervenu pour « arrêter l'enquête et la surveillance ».

La Sûreté du Québec a ouvert une enquête sur les allégations de M. Francoeur en mai, à la demande du gouvernement du Québec. L'idée est de déterminer si une enquête a bel et bien eu lieu dans cette affaire, si des procureurs de la Couronne ont bloqué le dossier et, le cas échéant, pourquoi.

« Il n'y a jamais eu d'intervention », assure Fournier

En entrevue à Radio-Canada lundi matin, M. Fournier a confirmé avoir assisté à une activité de financement du PLQ au 1000 de la Commune, un immeuble à condos rendu célèbre par des reportages de l'équipe d'Enquête, puis par les travaux de la commission Charbonneau.

Celui qui est aussi ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne soutient toutefois qu'il y était accompagné du défunt ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, et non de Raymond Bachand.

M. Fournier dit se souvenir d'avoir discuté à ce moment avec un individu qui voulait développer un projet sur les îles de Boucherville, mais dont le plan rencontrait des problèmes d'acceptabilité sociale.

Il assure toutefois qu'il n'a jamais été question à ce moment qu'il intervienne en faveur du promoteur en échange d'un don politique.

M. Fournier affirme avoir appris qu'il était directement visé par les allégations de M. Francoeur vendredi dernier, après qu'un journaliste de TVA l'eut appelé pour avoir ses commentaires. Il dit n'avoir jamais eu vent qu'il aurait pu faire l'objet d'une enquête à ce sujet et soutient n'avoir jamais été contacté par les policiers.

Se disant « fâché » par toute cette affaire, le ministre dit avoir maintenant « très hâte » que la SQ le contacte pour qu'il puisse lui donner sa version des faits. « J'invite les policiers à venir me voir au plus vite », a-t-il lâché en entrevue.

« En ce moment, tout ce que cette opération là fait, c’est de déstabiliser le gouvernement, et je suis la première personne touchée par ça », a-t-il déploré.

Bachand réclame des excuses

Raymond Bachand, qui est actuellement négociateur en chef du gouvernement du Québec dans le cadre des discussions sur des modifications à apporter à l'Accord de libre-échange nord-américain, a également assuré à Radio-Canada qu'il n'avait participé à aucune rencontre avec M. Fournier et un promoteur.

« Non, jamais, je n’ai eu aucune rencontre avec Jean-Marc Fournier et ce promoteur immobilier […] ni au 1000 de la Commune, ni ailleurs », a-t-il dit. « Je n’étais pas là; c’était M. Béchard qui était là. »

« Comment vous vous défendez contre quelque chose qui n’existe pas », s'est désolé l'ex-ministre. « M. Francoeur a fait une fausse déclaration. Peut-être qu’il était mal informé », a-t-il encore dit. « La moindre des choses qu’il pourrait faire, c’est de s’excuser. »

Selon M. Bachand, le traitement médiatique que le Journal de Montréal a accordé à cette affaire « n'est pas loin du jaunisme ».

Ce qu'avait dit Francoeur à l'époque

M. Francoeur affirmait en avril dernier que les deux élus étaient visés par une enquête pour fraude et trafic d’influence, dans laquelle il était question de modifications législatives en échange de dons au parti.

« Je vais vous donner un exemple très concret d'une enquête qui implique deux élus libéraux, dont l'un est encore membre du caucus libéral, en 2012, qui implique une firme immobilière. On a de la filature, on a de l’écoute électronique, on a tout au dossier pour procéder », rapporte-t-il.

« À ce moment-là, il y a même quelqu’un qui intervient auprès de moi […]; et c’est même pas des policiers, c’est des intervenants du système judiciaire qui me disent : "Yves, peux-tu faire quelque chose? Si ce n'était pas deux élus libéraux, les accusations sont déjà déposées à la cour" ».

Les déclarations de M. Francoeur étaient faites alors que des informations sur des opérations de l'UPAC sortaient au grand jour. Il expliquait d'ailleurs ces fuites par le fait que des enquêtes seraient bloquées en « très haut » lieu et précisait qu'à son avis cela se décidait au-dessus de la tête des procureurs de l'État.

À prendre avec « un grain de sel », dit Couillard

« Il faut prendre ça avec un grain de sel », a commenté le premier ministre Philippe Couillard depuis New York, où il assiste à l'événement Climate Week. « Moi, j'ai confiance en M. Fournier, qui va continuer à présenter son côté de cette histoire-là. »

M. Couillard s'est refusé à attaquer la crédibilité du président de la Fraternité des policiers de Montréal, mais a souligné qu'il y avait « une erreur de fait majeure dans ce qui est publié ce matin quant à la présence de M. Bachand à un événement ».

Le premier ministre du Québec a rappelé que la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et l'Unité permanente anticorruption (UPAC) ont ouvert des enquêtes après les déclarations de M. Francoeur le printemps dernier. « À ce que je sache, il n'y a rien qui est sorti de là », a-t-il souligné.

« Les gens font leur travail et j'ai confiance en M. Fournier » a-t-il ajouté.

Couillard doit suspendre Fournier, selon Lisée

Réagissant à ces nouvelles informations, le chef péquiste Jean-François Lisée a déploré que « les affaires de la nation sont encore assombries par une allégation louche sur le Parti libéral du Québec ». Les Québécois souffrent d'une « écoeurantite aiguë » face à ces « scandales libéraux ». Il s'est toutefois gardé de se prononcer sur la crédibilité des allégations de M. Francoeur.

« Son allégation de fonds, c’est qu’il y a une enquête à l’époque qui a été arrêtée par les libéraux. Est-ce qu’il a raison ou non? Je ne le sais pas. C’est pour ça que le DPCP a engagé une enquête, il y a plusieurs mois », a-t-il souligné, avant de diriger cette attaque sur cette institution, et sur la réaction du premier ministre.

« Comment ça se fait qu’on ne sait encore rien, que même MM. Fournier et Bachand n’ont pas été rencontrés? Moi je trouve que c’est toujours très long ces histoires, et je m’étonne, comme chef de l’opposition, que notre justice soit si lente. Qu’ils nous le disent : "On a fait enquête, on ferme le dossier", "on fait enquête, on est en train de voir s’il y a des accusations". Qu’ils nous disent où ça en est! C’est trop important. »

« On sait avec certitude que le DPCP enquête depuis avril dernier sur des allégations qui impliquent M. Fournier; pourquoi est-ce que le ministre ne le suspend pas pour le temps de l’enquête? », a ensuite demandé le chef de l'opposition.

Depuis le début de son mandat, M. Couillard a suspendu les ministres Sam Hamad et Pierre Paradis de leurs fonctions, avant même que des enquêtes les visant, de nature administrative ou criminelle, étaient en cours, a rappelé M. Lisée. Le premier ministre a aussi fait de même avec le député Gerry Sklavounos.

« Qu’est-ce qui fait que M. Fournier a droit à une immunité particulière et pas ses autres collègues? », a demandé le leader péquiste. Il ajoute en outre que M. Fournier « aurait dû proposer lui-même » de se retirer.

Fournier doit partir, réitère Amir Khadir

Le député de Québec solidaire Amir Khadir, croit lui aussi que ces nouvelles informations démontrent que Jean-Marc Fournier aurait dû remettre sa démission depuis longtemps ou que le premier ministre Philippe Couillard aurait dû le congédier.

« Il n’y a aucune raison qui ferait que je ne croirais pas M. Francoeur, parce qu’il y a peu de doute chez ceux qui ont suivi le scandale de la corruption chez les libéraux, que M. Jean-Marc Fournier est le suspect numéro deux de ce scandale-là. Il y a eu Jean Charest, mais M. Fournier était son bras droit et ce qui est inquiétant, c’est que c’est le bras droit de M. Couillard aussi », a-t-il commenté.

« N’oubliez pas que M. Fournier est nommé directement dans le rapport de la commission Charbonneau; il est incriminé par le témoignage de Paul Sauvé, qui a été retenu par la juge Charbonneau, en qui on peut avoir confiance », a-t-il ajouté. « Il a été nommé, nommément, comme la personne qui sollicite Sauvé avec d’autres, pour recueillir de l’argent. Avec qui? Avec Jean-Louis Dufresne qui a démissionné récemment. »

La Coalition avenir Québec n'a pas encore commenté ces révélations. Son chef, François Legault, y a fait allusion indirectement dans un tweet où il plaide que « la nomination des patrons de l'UPAC et de la SQ ne doit plus relever du parti au pouvoir ».

Plus d'articles

Commentaires