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Amiante : le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean s’entend avec un ex-employé

Après des années de bataille contre son ex-employeur qui contestait son droit à une indemnité, un retraité malade de l'amiante qui a travaillé à l'hôpital de Chicoutimi a finalement accepté un règlement.

Un texte de Julie Dufresne de l’émission Enquête

L’entente conclue entre Claude Truchon et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean a été entérinée par un juge le 8 juin, mais est strictement confidentielle. Impossible de savoir quelle somme, s’il y en a une, sera versée à l’ancien électricien.

« Oui, nous avons une entente à l’amiable, mais nous ne donnons aucun détail en raison de clauses de confidentialité », s’est limité à dire Marc-Antoine Tremblay, conseiller en communications au bureau de la présidente directrice générale du CIUSSS.

Le CIUSSS, qui a toujours nié le lien de causalité entre la condition de Claude Truchon et la présence confirmée d’amiante dans l’hôpital, a refusé de nous accorder une entrevue.

« Un règlement est intervenu et je suis satisfait », a prudemment indiqué Claude Truchon.

De 1963 à 1974, il a été employé à l’hôpital de Chicoutimi où il disait avoir été régulièrement exposé à de la poussière d’amiante. Il souffre aujourd’hui d’une pachypleurite diffuse, une maladie assimilable à l’amiantose et considérée, par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail et le tribunal administratif du travail (CNESST), comme une maladie professionnelle pulmonaire.

Après s’être vu accorder, en 2014, une indemnité de 30 000 $, il a été forcé à se battre pendant 4 ans pour tenter de toucher à son indemnité. Chaque fois que la CNESST lui donnait raison, son ex-employeur contestait la décision. Et comme la CNESST n’envoie jamais témoigner ses pneumologues devant le tribunal administratif du travail, même si certains l’avaient souhaité, Claude Truchon était laissé seul à lui-même, avant que son ancien syndicat ne lui offre les services d’un avocat.

Comme le révélait l’émission Enquête, le CIUSSS a déboursé des sommes plus importantes pour les honoraires d’un avocat et un médecin-expert – de l’argent des contribuables – que l’indemnité accordée à Claude Truchon, soit au moins 41 000 $.

Le CIUSSS a malgré tout vu sa dernière contestation déboutée, la plus récente décision de la direction de la révision administrative de la CNESST, en décembre 2017, étant à nouveau favorable à Claude Truchon. Elle était à nouveau contestée par le CIUSSS. L’entente est survenue avant que le tribunal ne tranche le litige.

« Épouvantable »

Informé de cette entente confidentielle, le président de l’Association des victimes de l'amiante du Québec (AVAQ) s’est dit scandalisé. S’il comprend l’état d’épuisement de Claude Truchon, il critique vertement le gouvernement et la CNESST qui, selon lui, l’ont carrément laissé tomber devant en employeur en position de force.

« C’est malheureux, épouvantable », s’indigne Gilles Mercier.

« Tout indique qu’on achète le silence des victimes de l’amiante », dit Gilles Mercier, tout en admettant qu’il ne connaît pas la nature de l’entente.

« Surtout, martèle-t-il, le gouvernement ne devrait pas permettre aux institutions publiques comme un hôpital de contester les indemnités. Et la CNESST devrait mettre ses culottes et défendre mieux les travailleurs : c’est son rôle. Ses pneumologues devraient pouvoir aller témoigner pour soutenir les personnes malades. »

Claude Truchon, lui, ne regrette rien : « Ma conviction demeure : on ne doit jamais baisser les bras. »

Après toutes ses démarches, il demeure convaincu, lui aussi, que le gouvernement doit mieux soutenir les travailleurs. « Ce que j’aimerais, c’est qu’il y ait une loi, comme en France, pour que le gouvernement prenne la situation en mains. Les travailleurs ne devraient pas être laissés seuls à eux-mêmes. »

Une porte-parole de la CNESST a indiqué qu’on « ne peut commenter un dossier spécifique d'indemnisation, les informations constituant ces dossiers étant de nature confidentielle ».

Au cabinet de la ministre du Travail, Dominique Vien, on constate que le dossier est clos. Surtout, on espère que les modifications apportées au processus à la suite de la diffusion du reportage d’Enquête rendront les procédures moins pénibles pour les travailleurs.

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