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Amir Khadir et Will Prosper dénoncent l'opacité de la consultation sur la discrimination systémique

Au Québec, la consultation sur la discrimination systémique et le racisme tarde à se mettre en branle et des voix s'élèvent pour dénoncer son manque de transparence et son intention de recueillir, à huis clos, les témoignages de victimes.

Un texte d'Anne-Marie Lecomte

Le gouvernement du Québec a confié le mandat de mener cette consultation à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), en collaboration avec le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion (MIDI).

Or, de l'avis d'Amir Khadir, l'opposition est tenue dans l'ombre quant au travail accompli jusqu'ici par la commission. Le député de Mercier s'insurge aussi contre l'idée que les consultations, prévues cet automne, soient faites à huis clos.

En marge du caucus de son parti à Val-d'Or, le premier ministre Philippe Couillard a confirmé que la CDPDJ avait « décidé d'avoir une première phase à huis clos ».

De déclarer le premier ministre en point de presse : « Pourquoi vous pensez que les gens, sur cette question, veulent témoigner à huis clos? Parce qu'ils craignent d'être vus et entendus, ils ont peur ».

« Alors, ça témoigne de l'existence de ce phénomène-là chez nous », a-t-il ajouté.

Au ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, on précise que « les consultations en région comportent un volet témoignages qui se fera dans un climat propice à la libre expression, donc sans la présence des médias [...]. Quant aux autres activités prévues dans le cadre des consultations régionales (exemples : échanges, partage d'expertise), il appartiendra aux organismes d'évaluer l'opportunité d'inviter les médias ».

Des organismes communautaires chargés de faire le travail

Par cette consultation, le gouvernement de la province entend trouver des solutions pour l'ensemble de la société québécoise, afin d'éradiquer la discrimination systémique et le racisme.

Le déroulement de la consultation doit se faire comme suit : une vingtaine d'organismes sans but lucratif (OSBL) seront sélectionnés dans diverses régions de la province pour tenir des séances durant lesquelles des gens pourront témoigner de leur expérience en matière de discrimination et de racisme au Québec.

Il est aussi prévu que quatre groupes de travail se penchent sur des enjeux en lien avec le racisme et la discrimination, tels que l'emploi et le travail, l'éducation, la santé, le logement ou encore la justice et la sécurité publique.

La Commission a déjà nommé un coordonnateur, a fait savoir mercredi la ministre Kathleen Weil, qui promet de nommer d'ici quelques jours les organismes communautaires qui prendront part à la consultation.

La ministre a aussi indiqué qu'un site web, où les Québécois de toutes origines pourront déposer un mémoire, sera probablement en ligne dès jeudi.

Une consultation faite « à reculons »

À l'instar d'Amir Khadir, le militant Will Prosper déplore la manière dont les choses se déroulent jusqu'à présent.

Ce documentariste, militant en faveur des droits de la personne et fondateur de Montréal Nord Republik, estime que le gouvernement Couillard tient la consultation « à reculons ». « Ils sont pratiquement gênés de la faire », a-t-il affirmé en entrevue à Radio-Canada, mercredi.

Will Prosper a été parmi les premiers à réclamer la tenue d'une commission sur le racisme et la discrimination systémique.

À l'instar d'une quinzaine de personnes provenant notamment du milieu universitaire, il a aussi fait partie du comité-conseil qui, à la demande de la ministre Weil, a formulé des recommandations sur les objectifs de la consultation et la façon de la mener.

« On a joué franc jeu et on a décidé de participer à ce processus-là », a déclaré Will Prosper. Mais depuis que le mandat a été confié à la Commission des droits de la personne, « on n’a aucune idée de ce qui est en train de se passer ».

« On ne sait pas quelle forme ça va prendre et qui va participer, ni à quels endroits les différentes consultations vont être tenues », poursuit-il.

Le huis clos, « un pas de recul »

De plus, Will Prosper affirme que d'instaurer un huis clos est « un pas de recul » par rapport aux recommandations du comité-conseil. Quelques personnes préfèrent livrer leur témoignage en l'absence des médias, reconnaît-il, « mais pour les autres personnes, cela devrait être diffusé ».

De vouloir cacher ces réalités « est grave », dit-il.

Manque de ressources et controverse

M. Prosper estime que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse n'est pas la meilleure instance pour s'occuper de la consultation, parce qu'elle est déjà privée de ressources pour s'occuper adéquatement des plaintes qu'elle reçoit, selon lui.

De l'avis d'Amir Khadir, c'est la crédibilité même de la commission qui est « sérieusement entachée » par la controverse. À la fin août, La Presse affirmait que la présidente de la commission, Tamara Thermitus, serait visée par trois plaintes pour abus d'autorité, mauvaise gestion et manque de respect envers le personnel. Par la suite, la ministre Kathleen Weil avait dit n'avoir « aucune raison de ne pas avoir confiance en Mme Thermitus ».

L'exemple de la commission Mourir dans la dignité

Pour mener à terme cet exercice qu'il estime nécessaire, Amir Khadir appelle le premier ministre Couillard et autres partis à l'Assemblée nationale à se rallier autour de cette consultation, qui n'est pas « le procès du Québec », mais plutôt celui « d'une petite minorité » qui nourrit le racisme et la discrimination systémique, dit-il.

Au PQ et à la CAQ, Amir Khadir propose d'avoir « le même sens du devoir » que celui dont ces formations politiques avaient fait preuve lors de la commission Mourir dans la dignité.

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec (CAQ) se sont tous deux élevés contre cette consultation. « Il faut de l'action et non une commission » sur le racisme, avait déclaré le chef du PQ, Jean-François Lisée, en février dernier.

À Val-d'Or mercredi, le premier ministre Couillard a réitéré son intention d'aller de l'avant avec la consultation. « On n'est pas meilleurs ni pires que les autres au Québec [...] mais faut qu'on soit capable de voir ces questions-là ensemble », a-t-il conclu.

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