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Amnistie vote pour la décriminalisation de la prostitution et du proxénétisme

Amnistie internationale a voté mardi pour la dépénalisation de la prostitution et du proxénétisme, malgré la controverse soulevée par cette initiative.

Le projet de résolution qui appelle à la mise en place d'« un cadre légal dans lequel tous les éléments du travail du sexe seraient dépénalisés » a été adopté à Dublin lors du conseil international de l'organisation non gouvernementale, qui réunissait 400 délégués. Amnistie n'a pas précisé le nombre de délégués qui ont voté pour la motion.

L'organisation fera désormais campagne contre la répression envers les prostitués, mais aussi envers les clients et les proxénètes, car elle estime que « la criminalisation du travail du sexe entre adultes consentants peut entraîner une augmentation des violations des droits des travailleurs du sexe ».

Les recherches et consultations menées pendant deux ans auprès de plusieurs groupes dont des travailleurs du sexe et des intervenants sur le VIH/SIDA, ont fait part de « constantes violations des droits humains, d'arrestations, de détentions arbitraires, d'extorsion, de harcèlement et de violence », explique la directrice générale d'Amnistie internationale au Canada francophone, Béatrice Vaugrante, mais aussi de problèmes « d'accès au logement et aux soins de santé ».

Amnistie internationale demande à ce que certains aspects du travail du sexe soient décriminalisés, comme le fait de travailler en équipe ou de louer un appartement à plusieurs.

« Ce ne fut pas une décision facile à prendre », a indiqué le secrétaire général d'Amnistie internationale, Salil Shetty, qui reconnaît que le sujet est « extrêmement complexe ».

Certains délégués avaient émis des réserves ou s'opposaient à cette résolution en faisant valoir qu'une hausse du trafic d'êtres humains avait été observée dans les pays où la prostitution est légale.

Critiquée de toute part

L'initiative d'Amnistie internationale a causé tout un tollé ces derniers jours à travers le monde et des pétitions pour s'y opposer ont recueilli 10 000 signatures en Europe et aux États-Unis, selon un collectif d'associations.

Esohe Aghatise, du groupe de défense des droits des femmes Equality Now, est pour sa part d'accord pour que cesse la répression contre les travailleurs du sexe, mais s'oppose fermement à ce que ce soit le cas pour les clients, les proxénètes et les gérants de maisons closes, car selon elle, « la demande commerciale de sexe alimente le trafic » d'êtres humains.

La présidente du Conseil du statut de la femme du Québec, Julie Miville-Dechêne, est également déçue de la décision d'Amnistie internationale et soutient que l'exemple allemand démontre que la légalisation n'a en rien amélioré les conditions de vie des prostitués.

Elle soutient que les clients doivent être tenus responsables de leurs actes et pénalisés. 

Influence auprès des gouvernements

Armée de sa résolution, Amnistie internationale pourra dorénavant faire pression auprès des divers gouvernements en suggérant une décriminalisation de la prostitution.

Les Pays-Bas, l'Allemagne et la Nouvelle-Zélande permettent déjà la prostitution.

D'autres pays, comme le Canada, la Suède, la Norvège et la France, ont adopté le « modèle nordique », qui punit les clients, mais pas les prostitués.

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