MONTRÉAL - Alexandre Dumas n'aurait pas écrit un scénario plus épique. Andy Murray (no 2) est venu à bout du meilleur joueur du monde, Novak Djokovic, en trois manches dans un duel acharné en finale de la Coupe Rogers dimanche.

Un texte d'Alexandre Gascon

Les deux mousquetaires, aurait probablement lancé l'auteur français, ont lutté pendant trois heures, au terme desquelles Murray l'a emporté 6-4, 4-6 et 6-3. À l'apogée du suspense, au cinquième jeu de la troisième manche qui a duré 18 minutes, le Britannique a sauvé six balles de bris pour conserver son avance sur le numéro un mondial et mener 4-1.

« Je n'avais pas réalisé à quel point c'était long. [...] Chaque fois que je joue contre Novak il y a toujours quelques jeux comme ça, car nous retournons tous les deux très bien », s'est exclamé le champion.

« L'importance de ce jeu était immense », a-t-il conclu.

« Je n'ai pas eu la chance de m'installer dans un échange, a pour sa part répliqué Djokovic en conférence de presse. Il a sauvé quatre ou cinq balles de bris (NDLR : six) avec des services sur le T, en angle, sortants... »

Il s'agit du 11e titre Masters pour Murray, son troisième au Canada après ses conquêtes en 2009 et 2010.

Il fallait remonter à 1995 pour le dernier duel entre les deux premières têtes de série disputé à Montréal. Andre Agassi avait alors battu son compatriote Pete Sampras.

De son côté, Murray n'avait plus vaincu sa propre bête noire, Djokovic, depuis la finale de Wimbledon en 2013. Huit défaites de suite. Il fallait varier.

Dans la cuve brûlante qu'était devenu le terrain central du stade Uniprix, le Britannique a misé sur sa force, la régularité, et a appuyé davantage sur ses frappes. Comme sur cette balle de bris défendue avec succès à 4-4 en première manche, où il a déclenché un immense coup droit en parallèle sans retenue directement sur la ligne pour déstabiliser le favori.

« J'ai été dynamique. Quand j'avais une balle de bris contre moi, je suis monté au filet quelques fois », a ajouté Murray.

Un tournant puisque le nouveau deuxième joueur mondial (dès lundi), emportait la première manche dans la foulée.

« La différence aujourd'hui a été son service et le mien. Je n'ai pas bien servi pendant la première manche et demie », a expliqué le Serbe.

Et inversement, « dans les moments clés, il a sorti les gros services [...] Il le mérite pleinement ».

Une finale relevée

Observer Novak Djokovic et Andy Murray s'affronter sur un terrain de tennis, c'est un peu comme frapper une balle sur un mur. Ou encore, voir le reflet d'un des deux joueurs dans un miroir.

C'est le jeu du chat et de la souris. La balle revient sans cesse, les échanges s'étirent et c'est au premier qui souffrira d'une petite défaillance.

Habitués des grands rendez-vous, les deux adversaires connaissaient l'importance de la première manche.

Au cours de leurs 27 précédents affrontements, que Djokovic menait 19-8, celui qui l'avait enlevé avait remporté le match en 23 occasions.

Dès le départ, les deux hommes vendaient chèrement leur peau au service. Murray a été le premier à se détacher et a converti sa sixième balle de bris du quatrième jeu.

Le « Djoker » lui a ensuite joué le même tour pour revenir à 4-4.

C'est finalement à sa 10e balle de bris, une balle de manche, que le Britannique a empoché le premier engagement.

En deuxième manche, la même histoire s'est écrite, mais les rôles étaient inversés. Le Serbe a brisé deux fois Murray pour prolonger le suspense. 

L'empoignade ne pouvait alors être plus belle. Et Djokovic, dans toute sa résilience, a forcé l'Écossais à conclure la rencontre avec sa sixième balle de match. Il en avait également sauvé deux dans son match quart de finale contre le Letton Ernests Gulbis. 

Vers une intéressante fin de saison

Encore ennuyé, en troisième manche, par cette blessure au coude droit qui ne semble pas le quitter, l'homme aux neuf titres du grand chelem a voulu rassurer son monde. 

« Je viens de faire des tests et ils étaient bons. »

On en aura la réponse à Cincinnati la semaine prochaine.

Du côté de l'Écossais, voilà un baume à mettre sur les plaies de son opération au dos à la fin 2013 et d'une année 2014 sous le signe d'un retour lent, mais progressif vers le sommet de la hiérarchie mondiale. Murray peut se délecter de son triomphe de haute voltige. 

« Avec ma chirurgie au dos, pendant un temps, je n'étais pas capable de rivaliser avec les meilleurs. [...] Le plus important c'est de croire que tu peux le battre. L'an dernier, je n'y croyais pas autant. »

Voilà qui augure bien à l'approche du dernier tournoi majeur de la saison, les Internationaux des États-Unis, disputés dans la jungle new-yorkaise à Flushing Meadows.

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