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Anorexique aux Jeux olympiques, l’histoire de François Imbeau-Dulac

« Pour une fois, je me sentais bien dans ma peau, j'étais fier d'embarquer sur le tremplin, d'être mince et d'avoir l'air d'un athlète ». François Imbeau-Dulac s'est construit une confiance au prix de sa santé, par l'anorexie, pour ses premiers Jeux olympiques. Le plongeur québécois a frappé un mur après Londres, mais a trouvé l'aide dont il avait besoin pour s'en sortir.

Un texte de Guillaume Boucher avec la collaboration d'Olivier Pellerin

Il garde un souvenir doux-amer des Jeux de Londres en 2012. « J'ai adoré me retrouver sur la scène, sur le tremplin, de me présenter comme plongeur canadien », dit-il, satisfait de sa 13e place au 3 m, même s'il a tout juste raté la finale, réservée au top 12.

L'amertume vient de ce qui était caché des caméras : ses problèmes d'anorexie qui le rongeaient de l'intérieur et que son entourage et l'équipe nationale ignoraient.

Les changements corporels qu'il subissait avaient peut-être éveillé quelques soupçons, mais on ne lui posait pas de questions à ce sujet. « On pensait que j'avais l'air en forme », explique l'athlète de Saint-Lazare.

François Imbeau-Dulac s'employait à protéger son secret. Il arrivait par exemple à « contrôler ses pesées » et à falsifier ses prises de sang en faisant quelques accrocs aux procédures, par crainte qu'elles ne révèlent un manque de nutriments ou des carences en fer.

« Même si on devait être à jeun, je ne l'étais pas, se souvient-il. Une semaine avant la prise de sang, je me bourrais de tout ce que je pouvais trouver parce que je ne voulais pas faire peur aux gens. Je ne voulais pas qu'ils me disent que je ne pouvais pas m'entraîner. »

Il s'était aussi forgé une carapace avec l'humour, une façon pour lui d'évoquer ses problèmes sans réellement en parler.

« Étrangement, ça m'a donné énormément de confiance »

L'anorexie a-t-elle volé les premiers Jeux de François Imbeau-Dulac? Pas complètement, parce que c'est ce qui a fait en sorte qu'il s'y rende, fait valoir celui qui se sentait « plus enveloppé que les autres » quand il était plus jeune. L'anorexie lui procurait un sentiment de contrôle qui nourrissait sa confiance.

Le plongeur de 25 ans se souvient d'avoir « complètement crashé » après les Jeux de Londres, au point d'avoir de la difficulté à se sortir du lit.

« Je n'avais plus de contrôle sur moi parce que je n'étais plus capable de bien gérer ça et de rester à un niveau où l'énergie, même si elle était faible, était toujours présente », explique-t-il.

Imbeau-Dulac a trouvé la personne de confiance à qui il pouvait s'ouvrir : son entraîneur Aaron Dziver, parce qu'ils avaient vécu tellement de choses ensemble, « bonnes et mauvaises ». Il dit être allé le voir pour vider son sac après sa dernière épreuve aux mondiaux aquatiques de Barcelone, en juillet 2013.

« Je vais toujours devoir surveiller ça »

François Imbeau-Dulac estime maintenant avoir « réglé » ses problèmes et est à l'aise d'en parler ouvertement. Mais il sait que son combat contre l'anorexie ne sera jamais terminé.

« Je n'ai plus de trouble, mais je vais toujours devoir surveiller ça, lance-t-il. Dans ma tête, je me dis : anorexique un jour, anorexique toujours.

« Les journées où ça ne va pas, je vais devoir me forcer pour manger parce que c'est bon pour ma performance, pour le plongeon, même si intérieurement je me sens comme une grosse torche. Ce n'est pas grave, j'assume, il faut que je mange. C'est difficile, mais avec toutes les personnes autour de moi, je suis capable de gérer ça. »

François Imbeau-Dulac a la santé. Il veut que ce soit la trame de ses prochains Jeux olympiques, vraisemblablement ceux de Tokyo, à moins qu'il ne se remette de sa blessure à une hanche et que le Canada obtienne une autre place au 3 m à Rio.

Il rêve d'une finale dans laquelle il entrerait dans de bonnes dispositions, sans à avoir à se cacher « pour manger, vomir ou pour ne pas manger ».

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