« Lorsque nous serons installés, nous serons submergés de personnes », la militante autochtone Kanahus Manuel promet de tout faire en son pouvoir pour bloquer le développement du projet Trans Mountain en Colombie-Britannique.

Une entrevue de Jean-Philippe Guilbault

La militante secwepemc et ktunaxa, deux nations en Colombie-Britannique, participera jeudi soir, à l'UQAM, à un panel réunissant également Rose Brewer de Black Lives Matter, mouvement né des violences policières contre les afro-américains, et le député de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois.

Il s’agit d’une occasion pour elle de partager son expérience dans les campements d’occupation sur la réserve de Standing Rock, dans le Dakota du Nord, et de la lutte au projet d'oléoduc Dakota Access.

« Il y a une femme que je ne connaissais pas à Standing Rock, mais que j’ai rencontrée lors d’un évènement à New York et qui m’a dit "tu sais, aller à Standing Rock […] ça m’a donné une imagination de ce qui est possible de faire" et c’est ce que nous voulons faire », raconte la militante passionnée.

Mais une chose est claire : la mobilisation contre le projet de l’entreprise Kinder Morgan – qui doit relier les raffineries de l’Alberta à l’océan Pacifique en traversant les territoires traditionnels de plusieurs nations autochtones – ne doit pas être un deuxième Standing Rock.

« Nous voulons être capables d’apprendre de Standing Rock et être capables d’élever notre niveau de mobilisation pour utiliser à leur plein potentiel la quantité de personnes qui se sera déplacée, explique Kanahus Manuel. Il y avait tellement de personnes, tellement de cerveaux et de stratégistes qui n’ont pas du tout été consultés [dans les camps de Standing Rock]. »

Le mot d’ordre : occupation

La militante, fille de l’activiste autochtone Arthur Manuel décédé en janvier dernier, planifie déjà les prochaines actions lors de son retour en Colombie-Britannique.

Une autre stratégie sera d’établir un groupe dans le parc national de Jasper, qui se trouve en plein territoire traditionnel secwepemc. Une manière de faire un pied de nez à la gratuité d’entrée dans les parcs nationaux canadiens dans le cadre du 150e anniversaire de la confédération, selon la militante.

« Je veux faire un lien avec la mobilisation nationale contre les célébrations du 150e anniversaire et attirer l’attention sur ce projet, explique Kanahus Manuel. Cela pourra durer quelques jours, des semaines, des mois, on ne sait pas et cela dépendra des gens présents. »

Or, il ne s’agit pas de campements selon elle, mais bien d’occupations permanentes, de villages, qui seront établis sur le territoire traditionnel tout le long du tracé du pipeline.

« Nous voulons nous établir sur notre territoire pour assurer le plein contrôle et la pleine autorité », précise-t-elle.

Car la plupart des permis n’ont pas encore été délivrés par le gouvernement pour que la construction du projet puisse aller de l’avant. Et en attendant, l’autre front de Kanahus Manuel est… économique.

« Parce que ces compagnies ne voient que des chiffres. Ils ne voient pas les mots, les écritures, ils ne voient pas les femmes pleurer, ils ne voient que les chiffres », explique-t-elle.

La militante travaille en étroite collaboration avec l'initiative Sacred Trust, un projet de la nation Tsleil Waututh pour, entre autres, sensibiliser les grandes banques et les fonds d’investissement sur les impacts environnementaux et sociétaux du projet Trans Mountain.

« Rien n'est fait en ce moment pour sensibiliser les pouvoirs économiques des risques et de l'incertitude pour des projets sur des territoires non-cédés. »

S’inspirer les uns les autres

La conférence de jeudi soir, « L’heure des brasiers », cherche à mettre en relation les luttes menées par les Autochtones, les Afro-américains, les environnementalistes et les autres mouvements citoyens.

« N’importe qui qui se bat pour les droits humains est quelqu’un qui peut se joindre à notre cause », résume Kanahus Manuel.

La militante raconte s’être inspirée de différentes tactiques employées lors de manifestations à Montréal pour les réutiliser à Standing Rock et en Colombie-Britannique.

À son avis, il faut apprendre et discuter avec les acteurs des autres mouvements sociaux car leur objectif est commun : remplacer le système économique et politique que nous connaissons.

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