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Après 200 fusillades en 2018, les Torontois sous le choc

En fin d'après-midi, en pleine canicule, lors du samedi de la fête du Canada, des douzaines de piétons, des badauds, des gens qui attendent le tramway, sont présents sur les trottoirs de la rue Queen Ouest. Puis, tout à coup, des hommes armés courent, font feu, puis fuient; d'abord à pied vers le nord, puis dans deux véhicules distincts.

Un texte de Cédric Lizotte avec les informations de CBC News

Au son des coups de feu, certains figent, mais plusieurs – une cinquantaine, selon certains témoins – prennent la fuite dans tous les sens. Au final, une fois le vent de panique passé, trois personnes gisent au sol blessées, deux hommes et une femme.

La femme devrait se remettre de ses blessures, mais les deux hommes, malgré les efforts des ambulanciers, perdent à vie avant d’arriver à l’hôpital.

Les deux victimes sont des rappeurs connus, du moins sur la scène locale.

Puis, le lendemain, alors que les politiciens et le chef de police venaient à peine de dénoncer cette fusillade, commise en plein jour, dans un secteur très achalandé de la rue Queen Ouest, une nouvelle fusillade. Celle-ci a été perpétrée en début de soirée dans un secteur dense de bars et de terrasses lors d’une des soirées les plus achalandées de l’année pour les débits de boisson.

Résultat : quatre blessés dans le quartier du marché Kensington.

Pour le moment, la police n’a pas voulu confirmer ou infirmer si elle avait identifié des suspects dans l'une ou l'autre affaire.

Plus de 200 fusillades en 2018

Ces deux événements se sont déroulés en plein centre-ville dans des secteurs très achalandés. Mais la violence qui fait rage à Toronto est en constante évolution depuis le début de l’année.

Une autre fusillade, survenue le 14 juin dernier, avait spécialement marqué les esprits. Deux fillettes avaient été atteintes par balle, en plein jour, dans un terrain de jeux achalandé, à Scarborough. Un homme a été arrêté, mais deux suspects sont toujours en cavale.

Selon les chiffres de la police, il y a déjà eu plus de 200 fusillades depuis le 1er janvier 2018 sur le territoire de la Police de Toronto.

Le décompte des meurtres est déjà à 50.

Si la tendance se maintient, la ville établira de nouveaux tristes records dans les deux catégories.

Et les politiciens de la région se disent tous atterrés.

Le maire John Tory dit qu'il s'attend à ce que la Police de Toronto fasse tout son possible pour extirper les voyous de leurs cachettes.

M. Tory affirme aussi mettre de la pression sur son chef de police.

Ce matin, j'ai longuement parlé au chef [de la Police de Toronto Mark] Saunders et il a confirmé que la police était saisie de ce problème et travaillait sans relâche pour traduire ces gens en justice.

Et M. Saunders répond que la ville est sécuritaire.

Les gens doivent se sentir en sécurité au centre-ville, c’est mon opinion ferme, a-t-il déclaré lundi matin lorsqu’il visitait les lieux de la fusillade dans le quartier du marché Kensington.

Évidemment, le tout nouveau premier ministre ontarien, Doug Ford, qui a déclaré à plusieurs reprises dans la campagne électorale vouloir consacrer « des millions de dollars » aux corps policiers dans le but d’enrayer la violence associée aux gangs de rue, est en furie. Lundi en après-midi, en utilisant le médium préféré de son homologue américain, M. Ford a déclaré sur Twitter avoir l’intention d’agir.

Je suis de tout cœur avec les victimes des fusillades à Toronto pendant le long week-end de la fête du Canada. L’été en est un très difficile dans notre ville, et les pensées et les prières ne sont tout simplement plus suffisantes. Nous avons besoin d'action, d’écrire le premier ministre de l’Ontario.

« Flagorner une ville effrayée »

Selon Louis March, un résident de Scarborough qui est le fondateur de Zero Gun Violence Movement, les déclarations du maire de la ville ne font que flagorner une ville effrayée.

M. March ajoute que le problème semble dépasser le maire.

C’est un problème complexe. On ne peut utiliser uniquement que la police et l'application de la loi pour y faire face, explique-t-il.

Le maire Tory a récemment promis d’embaucher 200 nouveaux officiers de police. M. March se demande sérieusement ce que le maire essaie de faire avec cette stratégie. Ça ne va pas résoudre le problème! [Ajouter des constables] ne découragera aucun membre des gangs de rue, d’aucune manière, affirme-t-il.

M. March explique que les écarts sociologiques et économiques qui divisent la ville sont si grands qu’elles exacerbent ses problèmes. Il affirme que la Ville devrait coordonner ses ressources et donner plus de soutien « aux régions où la violence est normalisée ».

Il y a une différence entre vivre à Rosedale et vivre à Rexdale, il y a une différence entre vivre à High Park et vivre à Regent Park, dit-il. Personne n'est né avec une arme à la main. Quelles sont les conditions de vie qui exacerbent la violence et engendrent l’envie de se procurer une arme à feu?

M. March renchérit : selon lui, les dirigeants politiques et la police n'adaptent pas leurs méthodes aux « caractéristiques changeantes » de la violence perpétrée par les gangs de rue.

Selon M. March :

  • Le nombre d'armes à feu a augmenté
  • L'âge des assaillants est de plus en plus jeune, et les générations plus âgées avaient des « codes, (par exemple) assurez-vous qu'ils ne sont pas innocents, assurez-vous que ce n'est pas en plein jour - les jeunes ne respectent aucun code ».
  • Les médias sociaux « exacerbent les querelles » et aident les assaillants à connaitre l’emplacement exact de leur potentielle victime en temps réel

Combattre la pauvreté?

Le conseiller municipal de Toronto Joe Cressy affirme de son côté que la clé de la solution réside dans la lutte à la pauvreté. Lutter contre celle-ci permet « d’arrêter la violence à la base ». dit-il.

M. Cressy suggère d'augmenter les occasions de mentorat, les programmes d'emploi pour les jeunes et les plans de développement social dans la ville.

Mais le maire Tory rappelle que sa priorité est de « mettre ces gangsters en prison ».

Celui-ci a affirmé samedi croire que les conditions de libération sous caution pour les personnes accusées de crimes liées aux armes à feu doivent être durcies.

Quelques heures après les déclarations des politiciens, lundi en après-midi, deux autres personnes étaient blessées par balle à Brampton, une ville en banlieue de Toronto.

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