Retour

Après Harvey, Houston sort la tête de l'eau

Deux semaines après le passage de Harvey, Houston se relève lentement. Pendant que de nombreux enfants sont de retour en classe, les sinistrés doivent composer non seulement avec les importants dégâts qu'ils ont subis, mais aussi avec la congestion monstre sur les routes, les problèmes de pollution... et une hausse annoncée de leur impôt foncier. Tour d'horizon.

Difficile retour en classe

Malgré l’expérience souvent traumatisante qu’ils ont vécue, des dizaines de milliers d’enfants ont retrouvé le chemin des classes lundi, deux semaines après la rentrée officielle. À Houston, par exemple, 80 % des 287 écoles primaires et secondaires du plus important district scolaire du Texas ont ainsi accueilli les élèves pour une première journée.

Selon une première estimation, les écoles du Houston Independant School District, qui desservent 215 000 élèves, ont subi des dégâts d’eau qui pourraient s’élever à 700 millions de dollars. Certains établissements n’ouvriront cependant pas leurs portes avant plusieurs jours; d'autres devront déménager.

Les défis demeurent importants : des experts sont toujours en train d’évaluer les dommages subis par plusieurs bâtiments, de sorte que des milliers de parents ne savent toujours pas quand aura lieu la rentrée.

Selon des responsables du district, 270 professeurs ont en outre été incapables de retourner au travail, pour différentes raisons liées au passage de l’ouragan.

Les autorités ont fait savoir qu’elles ont distribué des uniformes gratuits pour les enfants à des milliers de familles qui ont subi des pertes, et que tous les étudiants pourront recevoir trois repas gratuits par jour pendant toute l’année scolaire.

Si plusieurs familles résident maintenant dans des hôtels ou chez des proches - 100 000 maisons sont inhabitables, selon la Maison-Blanche - il semble cependant que peu d’entre elles ont été contraintes d’envoyer leurs enfants dans de nouvelles écoles.

Le district scolaire de Dallas, par exemple, dit n’avoir accueilli que 220 élèves évacués dans ses classes.

Un réseau routier congestionné

Selon différentes estimations, les inondations engendrées par Harvey pourraient avoir détruit de 500 000 à un million de voitures. Cela n’empêche toutefois pas le réseau de transport de Houston d’être immensément congestionné depuis le passage de l'ouragan.

De nombreuses routes, dont certaines très importantes, demeurent fermées, créant de nombreux maux de tête pour les automobilistes qui doivent trouver de nouveaux trajets pour se rendre au travail ou revenir à la maison. De nombreux feux de circulation ne fonctionnent toujours pas.

« Cela crée des scénarios pour lesquels notre réseau n’a pas été construit », résume Tony Voigt, un chercheur de l’Institut de transport de l’Université Texas A & M, dans une entrevue accordée au Houston Chronicle.

Nul ne sait combien de temps prendra le retour à la normale. Les responsables ne savent pas encore dans quel état se trouvent les routes qui sont toujours sous l’eau. Certaines pourraient nécessiter d’importantes réparations.

Selon M. Voigt, le retour à la normale a pris de six à huit semaines après le passage de l’ouragan Ike, en 2008. Mais il est d’ores et déjà établi que les dégâts attribuables à Harvey sont encore plus importants.

Problèmes de pollution... et de santé

Harvey a également entraîné son lot de problèmes de pollution. Selon des tests effectués par le New York Times, par exemple, les eaux de crues sont contaminées encore aujourd’hui par des bactéries ou d’autres toxines par endroits.

Cela peut nuire à la santé des gens qui ont réintégré leur domicile, ou retarder le retour de ceux qui ne l’ont pas encore fait.

Au centre-ville de Houston, des tests effectués dans un logement social ont révélé que la concentration d'E.coli était 135 fois supérieure à la norme considérée comme sécuritaire. Le niveau de plomb, d’arsenic et d’autres métaux lourds est également élevé.

Dans ce qu’on appelle le Corridor de l’Énergie, dans l’ouest de Houston, les tests effectués sur l’eau des crues a aussi révélé un niveau de bactérie E. coli quatre fois supérieur à la norme sécuritaire.

« C’est assez clairement une contamination par des eaux usées, et c’est plus concentré dans les maisons qu’à l’extérieur », commente Laurent Stadler, un professeur d’ingénierie de l'environnement de l’Université Rice, qui a collaboré avec le quotidien new-yorkais.

« Cela me fait croire que les conditions dans les maisons sont davantage idéales pour le développement et la concentration de bactéries. Il y fait plus chaud et l’eau a stagné pendant des jours et des jours », indique le professeur Stadler.

Des professionnels du réseau de la santé confirment qu’ils voient davantage d’infections cutanées attribuables selon toute vraisemblance à cette contamination des eaux de crue.

Un urgentiste de Houston, le Dr Beau Briese, raconte par exemple qu’il a vu deux fois plus de cas de cellulite, une infection de la peau qui entraîne des rougeurs. Le tout se traite heureusement sans trop de difficultés avec des antibiotiques.

Le médecin hygiéniste en chef de Houston, le Dr David Persse, estime que les enfants, les personnes âgées et celles qui ont des maladies immunitaires ne devraient pas revenir dans leur domicile avant qu’un nettoyage complet ait été effectué.

Environ 1,75 million de litres d’essence se sont aussi retrouvés dans le canal de Houston, qui relie la ville au golfe du Mexique, après que deux réservoirs de stockage de la compagnie Magellan Midstream Partners eurent été endommagés par Harvey.

L’agence de protection de l’environnement des États-Unis dit ne pas être au courant de dommages causés par ce déversement, et un porte-parole de la compagnie assure que le tout a été endigué. L’essence a notamment été arrosée avec de la mousse pour empêcher l’émission de vapeurs toxiques.

Le fait que la compagnie ait tardé à divulguer l’ampleur du problème choque les environnementalistes. Magellan Midstream Partners a évoqué un déversement 11 fois moins important le 31 août, avant de revoir le tout à la hausse lundi.

Selon une compilation faite par Associated Press, environ 2,3 millions de litres d’essence se sont retrouvés dans l’environnement d’une manière ou d’une autre après le passage d’Harvey.

Les sinistrés devraient assumer une partie de la facture

Le maire de Houston, Sylvester Turner, a fait savoir lundi qu’il demandera au conseil municipal d’augmenter l’impôt foncier des propriétaires de 8,9 % afin de récolter 113 millions de dollars destinés à financer les opérations de nettoyage et de reconstruction à venir. La hausse proposée sera soumise à un vote le mois prochain.

Selon lui, le nettoyage de la ville coûtera 200 millions de dollars. La facture sera essentiellement assumée par le gouvernement fédéral, mais une portion de 10 % devra tout de même être assurée par les contribuables de la ville.

Si le conseil municipal donne son feu vert à la proposition du maire, l’impôt foncier reviendra au niveau où il était il y a quatre ans. Les électeurs de la ville avaient alors décidé de limiter les revenus obtenus grâce à cet impôt pendant 13 ans, forçant la ville à le diminuer.

Si ce plafond n’avait pas été imposé par les électeurs, la ville aurait pu engranger 220 millions de dollars de plus, selon une estimation faite par le Houston Chronicle. Seule une situation d’urgence comme celle engendrée par Harvey peut permettre à la municipalité de contourner le plafond.

« Si ce n’est pas une urgence, je ne sais pas ce que c’est. Ce que nous pourrons récupérer en un an, les 113 millions, ne suffira même pas à couvrir toutes nos dépenses », a commenté le maire Turner.

Selon le gouverneur du Texas, Greg Abbott, la facture de Harvey pourrait s'élever à 180 milliards de dollars.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un rottweiler goûte à du citron pour la première fois





Rabais de la semaine