Retour

Après l'accord de Paris sur les changements climatiques, le casse-tête de la ratification

Le vrai test de l'accord de Paris sur le climat commence cette semaine. Des représentants d'environ 150 pays, dont une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement, sont attendus à New York vendredi pour la cérémonie officielle de signature; un premier pas vers la longue route de sa ratification.

Une analyse d'Étienne Leblanc reporter spécialisé en environnement

Personne ne le niera : la conférence de Paris sur le climat, en décembre dernier, a été un grand succès. Le seul fait de rassembler 195 pays autour d'un enjeu aussi complexe, c'est un exploit en soi. Aucune autre cause n'aura nourri ce genre d'adhésion. Tant de pays dont les intérêts divergent; certains pauvres, d'autres très riches, d'autres producteurs d'énergie fossile, d'autres en guerre... Et une chose qui les unit : la menace que posent les changements climatiques.

C'est une réussite diplomatique historique. Mais comme l'a dit la grande patronne des Nations unies pour le climat, Christiana Figueres, « la COP21 a été un succès. Mais ça, c'était la partie facile ». Elle ne pourrait avoir plus raison. L'accord de Paris ne vaudra pas grand-chose s'il n'entre pas en vigueur. Et la partie est loin d'être gagnée.

Une signature n'est pas une ratification

Pour entrer en vigueur, l'accord de Paris doit être ratifié par au moins 55 pays, représentant ensemble au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).

À ce jour, 162 pays se sont engagés à signer l'accord de Paris. S'ils sont tous présents à New York vendredi, le record du nombre de pays présents au premier jour de l'ouverture des signatures pour un accord international serait battu. En 1982, 119 pays s'étaient réunis en Jamaïque pour la signature de l'accord qui établissait la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

Les pays qui signeront le texte à New York ne signalent, de fait, que leur intention. Pour la plupart des pays - il y a quelques exceptions -, cet acte de signature n'est pas un préalable à la ratification. Les pays devront faire approuver cette signature par leur propre parlement, et ça pourrait prendre du temps.

La France, pays hôte de l'accord de Paris, est le premier État à avoir inscrit le projet de ratification à l'ordre du jour de son Assemblée nationale. Le vote aura lieu le 17 mai prochain.

Pour l'heure, une dizaine de pays ont promis de ratifier l'accord de Paris dès cette année, dont les États-Unis, la Chine et le Canada. C'est une nouvelle encourageante. À eux deux, les Chinois et les Américains représentent environ 38 % des émissions mondiales de GES.

Mais ce sont les autres 17 points restants pour atteindre le seuil de 55 % qui seront plus difficiles à aller chercher.

Le cas européen

On en a pour preuve la situation à l'échelle de l'Union européenne (UE), où la cacophonie se fait entendre. L'UE agit comme une seule partie à la table des négociations, mais elle aura besoin de la permission de chacun des 28 pays membres avant de pouvoir ratifier l'accord de Paris.

La procédure sera longue. Entre la France ou l'Allemagne - des leaders dans la lutte contre les changements climatiques - et la Pologne ou la Roumanie - des pays qui dépendent grandement du charbon -, le fossé est immense.

Un obstacle de taille, puisque l'Union européenne compte pour environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. De fait, de nombreux analystes sont d'avis qu'il faudra tenter d'atteindre le seuil de 55 % sans l'Union européenne, du moins dans les premières années.

Et celui des autres gros pollueurs

Les autres gros joueurs ne devraient pas agir beaucoup plus rapidement. L'Inde, devenue le troisième plus grand pollueur de la planète (6,7 % des émissions totales de GES), aura de nombreux obstacles politiques à surmonter avant que son parlement n'accepte de ratifier l'entente.

Même chose pour la Russie (5,2 % des émissions totales), où le soutien à la lutte contre les changements climatiques est loin d'être acquis. Au Japon (3 %), l'arrêt des réacteurs nucléaires suite à l'accident de Fukushima a refroidi les ardeurs pour l'action climatique, le pays étant devenu dépendant, du jour au lendemain, des énergies fossiles. On ne parle même pas du Brésil (2,3 %), qui est plongé dans une crise politique qui va durer des mois.

Résultat, le seuil de 55 % des émissions mondiales de GES est loin d'être acquis.

Combiner économie et environnement

En à peine quelques mois, le débat qui a précédé l'accord de Paris aura tout de même eu son effet. La discussion aura permis d'envoyer un message clair aux acteurs économiques du monde entier : les énergies fossiles ne sont pas l'avenir de la planète.

En 2015, les investissements dans le secteur des énergies renouvelables ont battu un record historique, selon les dernières données de l'Agence internationale de l'énergie.
Ils ont surpassé du double les investissements dans les énergies fossiles.

Pour la première fois depuis les années 90, la consommation de charbon en Chine a diminué, et si la tendance se maintient, ce sera aussi le cas en 2016. La situation est similaire aux États-Unis, où la part du charbon dans le portrait énergétique continue de fondre, ce dont profite le gaz naturel. Les deux plus grandes sociétés américaines de charbon - Peabody et Arch Coal - sont en faillite.

Il semble que ce mouvement de décarbonisation ne nuise pas à la croissance économique.

Selon les chiffres de l'Agence internationale de l'énergie, l'économie mondiale s'est « découplée » depuis 2014. L'économie de la planète a crû, alors même que les émissions globales de gaz à effet de serre ont diminué.

Est-ce une situation conjoncturelle? Peut-être pas. Depuis 2000, les États-Unis ont réduit leurs émissions de 6 %, alors que le PIB a crû de 28 %. Le Royaume-Uni a fait encore mieux, réduisant ses émissions de GES de 20 % tout en ayant un taux de croissance de 27 %. Au total, 21 pays ont suivi cette tendance depuis le début du 21e siècle.

À la question « peut-on coupler croissance économique et réduction des émissions de gaz à effet de serre? » la réponse est oui, avec de la bonne volonté. Et l'accord de Paris, s'il entre en vigueur, devrait consolider cette tendance. Mais ça risque de prendre du temps.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine