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Après le Brexit, les esprits s'échauffent au Parlement européen

Au cours d'une séance de travail extraordinaire parfois houleuse, le Parlement européen a adopté mardi une résolution demandant au Royaume-Uni d'activer « dès que possible » la clause de retrait enclenchant des négociations sur sa sortie de l'Union européenne.

Les eurodéputés reprennent ainsi l'essence des propos tenus par les dirigeants européens depuis le vote sur le Brexit, jeudi dernier, au moment où le premier ministre britannique David Cameron se prépare à affronter ses collègues des 27 autres pays membres de l'UE, à Bruxelles.

La résolution non contraignante, adoptée par 395 voix contre 200, stipule que l'invocation rapide de l'article 50 du Traité de Lisbonne par Londres permettrait « d'éviter à chacun une incertitude qui serait préjudiciable et de protéger l'intégrité de l'Union ».

Le texte est le fruit d'un compromis qui illustre les tensions engendrées par la décision des Britanniques. La résolution initiale, plus dure, appelait le Royaume-Uni à activer la clause de retrait « immédiatement »; elle a finalement été édulcorée grâce à un amendement adopté par une majorité.

Le député britannique Farage chahuté et applaudi

La séance de travail a été marquée par des tirades de Nigel Farage, leader du parti anti-immigration britannique (UKIP) et député europhobe britannique, qui a été une figure de proue du camp du Brexit, avec l'ex-maire de Londres, Boris Johnson.

« Je fais une prédiction : le Royaume-Uni ne sera pas le dernier État membre à quitter l'UE », a-t-il ajouté.

Hué copieusement par les uns, applaudi par quelques autres, M. Farage a aussi accusé ses collègues d'être « dans le déni » avant de les narguer, en disant qu'ils n'ont « jamais eu un vrai emploi, jamais travaillé dans les affaires ou le commerce, ni jamais créé le moindre emploi dans leur vie ».

Cette sortie lui a valu d'être bruyamment vilipendé par l'hémicycle et rappelé à l'ordre par le président du Parlement, Martin Schulz.

Nigel Farage a tout de même convenu avec les autres députés européens que l'activation de la clause de retrait devait se faire rapidement. Il les a exhortés à avoir une attitude « d'adulte et sensée » dans les négociations à venir.

Agacé, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lui a répondu : « J'ai aimé M. Farage débattre avec vous, nous avons le même sens de l'humour, vous en avez, j'en ai. Je regrette beaucoup que ce soit la dernière fois que nous puissions débattre, car vous n'allez pas revenir ».

En début de session, les deux hommes s'étaient croisés dans l'hémicycle et avaient échangé quelques mots, sur un ton qui semblait cordial. Lorsque M. Farage s'est éloigné de lui, M. Juncker, réputé pour ses salutations chaleureuses, s'est rapproché et lui a fait la bise.

L'article 50 ne sera pas invoqué par Cameron

Le premier ministre britannique a déclaré que le Royaume-Uni n'avait pas l'intention de « tourner le dos à l'Europe » en dépit de sa décision de quitter l'Union européenne.

M. Cameron a par ailleurs annoncé que le Conseil européen de mardi serait son dernier en tant que chef du gouvernement. Il incombera à son successeur, qui sera connu début septembre, d'invoquer l'article 50.

« Le sentiment largement dominant au sein de l'UE est [...] que la Grande-Bretagne a besoin de temps », a-t-il assuré. M. Juncker a réagi à cette déclaration en reconnaissant que M. Cameron avait peut-être besoin de temps, mais a tenu à réitérer que l'article 50 devait être déclenché le plus rapidement possible. « Pas de notification, pas de négociation », a-t-il résumé.

« L'UE est assez forte pour surmonter le départ de la Grande-Bretagne, elle est assez forte pour continuer à aller de l'avant, même à 27 », a assuré de son côté Angela Merkel dans un discours au Parlement allemand. La chancelière allemande a aussi écarté toute négociation « à la carte » sur l'avenir des relations entre Londres et l'UE.

« Celui qui sort de la famille ne peut pas s'attendre à ce que tous ses devoirs disparaissent et que ses privilèges soient maintenus », a-t-elle souligné.

Angela Merkel a fait savoir à l'issue du dîner au Conseil européen qu'un retour en arrière n'était pas possible pour le Royaume-Uni. Le pays devra assumer sa décision de quitter l'Union européenne, estime la chancelière.

Les eurosceptiques demeureront au Parlement européen

L'UKIP compte 22 députés au Parlement européen. Ils font partie d'un rassemblement parlementaire d'eurosceptiques, sous la bannière « Europe de la liberté et de la démocratie directe », qui regroupe aussi quatre députés conservateurs britanniques.

Selon Nigel Farage, ces 26 eurodéputés britanniques continueront à exercer leur droit de vote et à « représenter les intérêts britanniques » jusqu'à la sortie effective du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Le groupe de M. Farage compte également la chef de file de l'extrême droite française, Marine Le Pen. Cette dernière s'est réjouie du Brexit, qu'elle a qualifié de « gifle pour les tenants d'un système européen basé sur la peur » et « le mensonge ».

Le résultat du référendum britannique, a ajouté la chef du Front national, constitue « de loin l'événement historique le plus important qu'ait connu notre continent depuis la chute du mur de Berlin ».

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