À deux mois des Jeux olympiques, le Brésil est profondément touché par une récession aggravée par la corruption et la crise politique. Des Brésiliens en souffrent et n'en voient pas la fin, surtout ceux des favelas.

Un texte de Jean-Michel Leprince

C'était le bon temps : en 2009, le Brésil obtenait les Jeux olympiques et organisait déjà la Coupe du monde de soccer pour 2014. La consécration.

Sous la présidence de Luis Ignacio « Lula » da Silva, tout était magique au Brésil. Enfin, le pays cessait d'être perpétuellement celui de l'avenir; c'était fini, le « Brésil n'est pas un pays sérieux », comme l'aurait dit le général de Gaulle, tel que les Brésiliens le racontent eux-mêmes.

Lula a sorti 40 millions de Brésiliens de la pauvreté. Grâce à ses programmes sociaux, comme la Bolsa familia, une carte de débit alimentée régulièrement à l'usage des mères dont les enfants fréquentent l'école, ces Brésiliens sont venus rejoindre une classe moyenne naissante. Ils sont devenus aussi de nouveaux consommateurs qui ont stimulé l'économie.

Celle-ci a également, et surtout, été stimulée par le boom chinois et l'appétit de ce grand pays pour les matières premières.

C'est fini. Le Brésil a rêvé et il tombe de haut. Il s'englue dans la pire récession de son histoire moderne. Les investissements ont chuté. L'industrie pétrolière marque un temps d'arrêt.

Crises économique et politique

L'énorme scandale de Petrobras et la gestion inepte de l'économie sous le gouvernement de Dilma Rousseff ont provoqué une crise politique sans précédent qui mine la confiance. La présidente a été suspendue, mais son successeur, Michel Temer, son vice-président - un traître et un conspirateur, dit-elle -, n'inspire guère plus de confiance. D'autant plus qu'avec sept de ses ministres, il est soupçonné lui aussi de corruption dans le scandale Petrobras.

Minces consolations : la chute du PIB est moins forte que prévu généralement, et les exportations de biens et services ont connu une progression de 6,5 % grâce à un réal dévalué par rapport au dollar américain.

La consommation des ménages a diminué et le chômage se situe autour de 10 %, ce qui est beaucoup pour le Brésil. Pour gagner leur vie, des chômeurs lancent de petits commerces ou offrent des services informels. C'est l'économie parallèle.

À Rio de Janeiro, ceux qui souffrent le plus sont les gens des favelas. Les gouvernements avaient lancé un programme de pacification des favelas en 2011, en prévision de la Coupe du monde et des Jeux. L'armée avait chassé les narcotrafiquants et les gangs et installé des postes de « Police de la pacification ».

Ces initiatives ont fonctionné quelque temps, mais les services publics et sociaux qui devaient suivre ne sont jamais venus. À présent la ville et l'État de Rio sont pratiquement en faillite. Les policiers ne sont plus payés, ou mal. Les gangs ont regagné leurs fiefs.

La vie de Pedro et de sa famille

Pedro Marioton a deux boulots : guide touristique et chauffeur de taxi. Sa femme travaille comme esthéticienne. Ils ont du mal à joindre les deux bouts, alors ils sont allés vivre dans l'appartement dont sa femme a hérité, dans la favela juste en face. Pas de loyer à payer, eau et électricité gratuites, car, comme dans la plupart des favelas, les services publics sont piratés.

Il n'a pas voulu nous faire visiter sa favela. Trop dangereux, il y a encore eu des coups de feu la veille.

Sa favela a été pacifiée, mais la police, on ne la voit plus. Les gangs sont revenus en force. On vend de la drogue juste à côté du poste de police. « Les policiers font semblant qu'il n'y a pas de drogue, mais ils le savent », raconte-t-il. 

Sa favela s'appelle le Morro dos Prazeres, le mont des Plaisirs. On en a fait une chanson, qu'il nous chante en portugais : Não tem mais prazeres no morro dos prazeres (On n'a plus de plaisir dans le mont des Plaisirs).

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