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Après trois surdoses aux opioïdes, Tyler Charrière veut aider les autres à s'en sortir

La première fois que Tyler Charrière a fait une surdose au fentanyl, il était dans sa chambre, dans le sous-sol de la maison de ses parents. Il a monté les marches de peine et de misère pour alerter sa mère parce qu'il était incapable de respirer. Maintenant en centre de désintoxication, Tyler veut utiliser ce qu'il a vécu pour venir en aide à ceux qui sont dans la même situation que lui.

Un texte de Denis-Michel Thibeault

Depuis maintenant huit ans, la famille Charrière « vit l’enfer ». Tyler Charrière a commencé à consommer des opioïdes à l’âge de 15 ans. Ce qui était une consommation récréative pour « faire partie du groupe » s'est rapidement transformé en dépendance.

« Rien ne laissait entendre qu’il deviendrait dépendant à la drogue », affirme sa mère, Carrie. Tyler Charrière était un jeune comme bien d’autres; il était le capitaine de son équipe de hockey et allait à l’église tous les dimanches.

Après avoir fait une première surdose de fentanyl, Tyler Charrière décide de passer deux mois dans un centre de désintoxication à Barrie, en Ontario. Cependant, seulement deux semaines après être revenu du centre, il retombe dans ses vieilles habitudes.

« On a vu une grosse différence, mais ce n’était pas assez. Il est revenu, puis il a tout de suite repris de la drogue avec un ami qu’il avait rencontré en désintoxication », affirme Roger Charrière, le père de Tyler.

M. Charrière se sent au pied du mur et « n’avait aucune idée de ce [qu'il] devait faire ».

La prison ou le centre de désintoxication

Les problèmes de drogue continuent jusqu’au moment où Tyler fait une troisième surdose. Cette fois, c’est du carfentanyl, une drogue 1000 fois plus puissante que le fentanyl.

Son corps a été retrouvé à côté d’une benne à ordures. Il était bleu.

Il a immédiatement été transporté à l’hôpital et a repris connaissance dans l’ambulance après plusieurs doses de naloxone, l’antidote aux opioïdes.

« Toutes les personnes que je fréquentais me disaient que j’étais trop violent ou trop fou. Toutes les personnes comme moi me disaient que je réagissais mal à la drogue. On sait qu'on est dans une mauvaise situation quand nos amis toxicomanes nous disent d’aller en centre de désintoxication », admet humblement celui qui est maintenant en centre de désintoxication depuis les événements.

Après être sorti de l’hôpital, il se voit offrir deux options par son agent de probation : il va en prison ou en désintoxication. C’est à ce moment qu’il choisit d’aller à Teen Challenge, un centre de désintoxication de confession religieuse qui propose un programme d’un an où les participants doivent absolument travailler dans un garage géré par l’organisme.

Difficile de trouver un centre

Si Tyler Charrière a été admis au centre Teen Challenge en moins d'une semaine, l'attente pour avoir accès à des services gratuits dans un centre non confessionnel est bien plus longue.

La Dre Ginette Poulin, directrice de la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances, estime qu'on doit en faire davantage pour que les centres de désintoxication soient plus accessibles.

« On en parle avec le gouvernement. La réalité, c’est qu’il y a toujours des personnes qui attendent d’entrer en désintoxication, mais il y a des ressources pour ces personnes-là. Il faut qu’elles parlent avec leur médecin », affirme la médecin spécialiste des dépendances.

Roger Charrière et sa femme, Carrie, déplorent le fait qu'il n'y a pas suffisamment de programmes, que les centres soient difficiles d'accès et que cela coûte très cher. Le premier séjour de Tyler avait coûté 13 000 $ à la famille.

« C’est très difficile d’être accepté dans un centre de désintoxication, et les gens doivent payer trop cher pour avoir accès aux centres. Beaucoup ne peuvent y avoir accès », observe Tyler, qui estime que plus de centres subventionnés par le gouvernement pourraient faire une différence immense.

« Ça prend une implication de tout le monde pour réussir à combattre les problèmes de dépendances aux opioïdes. Les domaines médicaux, sociaux, scolaires et judiciaires doivent se mettre ensemble pour trouver des solutions à ces problèmes », explique la Dre Poulin.

Pour sa part, Tyler veut utiliser son expérience pour aider à prévenir les dépendances aux opioïdes, mais aussi aider ceux qui sont dans la situation où il se trouvait il y a huit mois.

Il a raconté son histoire dans une école le mois dernier et souhaite le faire aussi souvent que possible.

La famille Charrière ne peut que constater les changements qui s’opèrent. « J’ai l’impression qu’on a retrouvé l’ancien Tyler », affirme sa sœur.

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