Retour

Après une année de tourmente, le GIEC se donne un nouveau président

À huit semaines de l'ouverture de la conférence de Paris sur le climat, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) vient d'élire à sa présidence l'économiste sud-coréen Hoesung Lee, qui aura beaucoup de pain sur la planche.

Un texte d'Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnement

C'est un économiste spécialisé dans les questions de politiques énergétiques qui dirigera le GIEC, la plus grande autorité en matière de science sur le climat. Réunis à Dubrovnik en Croatie, ce sont les représentants des différents gouvernements qui avaient la lourde tâche de choisir qui allait devenir la plus grande autorité mondiale sur la science du climat.

Leur choix s'est porté sur Hoesung Lee, un des vice-présidents du GIEC, et professeur à l'université de Corée. Il est le 3e président de ce groupe né en 1987, et le premier à ne pas avoir une formation purement scientifique.

Fin d'une période tourmentée

Cette élection met fin à une année de tourmente pour le GIEC. Le règne du dernier président, l'Indien Rajendra Pachauri, s'était brutalement interrompu en février dernier par sa démission forcée. Accusé de harcèlement sexuel auprès d'une employée du centre de recherche qu'il dirigeait à Delhi, M. Pachauri a quitté ses fonctions dans la controverse.

Un triste épisode qui faisait suite à une autre polémique, le fameux « Glaciergate ». Fortement relayé par les climatosceptiques, ce « scandale » mettait en lumière une erreur qui s'était glissée dans le 4e rapport du GIEC de 2007. Ce document, publié tous les cinq ans, fait la synthèse de toutes les études scientifiques révisées par les pairs au cours de quatre ou cinq années précédentes.

Dans son rapport de 938, publié en 2007, le GIEC disait que les glaciers de l'Himalaya allaient fort probablement fondre d'ici 2035. Une information qui s'est avérée non fondée au point de vue scientifique, et dont la source était un rapport du groupe écologiste WWF. Comble du malheur, le scientifique responsable de la publication de cette information était un expert des glaciers embauché par Rajendra Pachauri lui-même, au centre de recherche qu'il dirigeait à Delhi.

Le GIEC avait dû se rétracter et s'excuser, un épisode dont les climatosceptiques ont largement fait leurs choux gras sur la toile.

Réformes attendues

Le nouveau président du GIEC aura fort à faire. De par le monde, des scientifiques réclament que le groupe révise ses méthodes de travail pour mieux servir les besoins des gouvernements.
Dans un article publié dans la revue Science au début du mois d'octobre, des scientifiques, dont un ancien vice-président du GIEC, l'Allemand Ottmar Edenhofer, proposent trois grands changements au groupe :

1. Le GIEC doit faire des rapports plus petits, mieux ciblés (par thème), et les publier plus souvent. Le groupe d'experts publie actuellement un rapport d'environ 4000 pages tous les cinq à sept ans, et le divise en trois grands volumes : un sur la science du climat, un autre sur les impacts et l'adaptation aux changements climatiques, et un dernier sur les moyens d'atténuer le climat (mitigation). Pour M. Edenhofer et ses collègues, le GIEC devrait diviser ses rapports par thèmes (les océans, les glaciers, les pôles, etc.), les faire plus courts et les publier plus souvent. Cela répondrait mieux aux besoins des gouvernements, qui ne peuvent pas toujours attendre cinq ans pour mettre en place une politique.

2. Le GIEC devrait faire une analyse plus approfondie de l'efficacité des politiques climatiques mises en place par les différents gouvernements, qu'ils soient à l'échelle nationale, régionale ou municipale. Selon Ottmar Edenhofer, cela donnerait aux pays des outils supplémentaires pour mieux cibler leurs actions.

3. Le GIEC doit inclure davantage d'experts qui proviennent des pays en développement. Les états les plus pauvres de la planète sont les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, mais ils sont ceux qui en subissent les plus grands effets. L'expertise des scientifiques provenant de ces pays doit être valorisée davantage pour avoir des politiques mieux adaptées à leur réalité.

L'économie au service du climat

En conférence de presse mercredi matin, Hoesung Lee a promis d'être à l'écoute des propositions de changements.

Il a aussi réaffirmé sa volonté d'accroître le rôle de l'économie dans la lutte contre les changements climatiques. Il est un grand partisan de l'établissement d'un prix sur le carbone :

« Nous avons besoin du milieu des affaires et de la finance pour lutter contre les changements climatiques. À cet égard, mon expérience dans ces milieux sera bénéfique », a dit M. Lee

Il promet aussi de faire plus d'efforts pour offrir aux gouvernements des données plus régionales, notamment pour les pays en développement, afin que ces derniers puissent améliorer l'efficacité de leurs politiques publiques.

Un monde d'hommes modéré

Une autre critique souvent formulée à l'égard du GIEC, c'est qu'il est un peu trop prudent. Prudent dans ses prévisions, dans la façon dont les scientifiques qui en sont membres expriment l'urgence de la situation et dans la place qu'il fait aux femmes dans son organisation.

Le Belge Jean-Pascal Van Ypersele est le seul à avoir fait de ce dernier problème un de ses chevaux de bataille dans sa campagne pour devenir président :

« Les femmes doivent jouer un plus grand rôle dans le GIEC », a-t-il rappelé aux délégués quelques minutes avant que le vote débute à Dubrovnik.

De fait, parmi les six candidats sur les rangs pour devenir président, il n'y avait aucune femme.

Reste à voir maintenant si cet économiste, nouveau représentant de la science des changements climatiques, saura convaincre les politiciens du monde entier de signer un accord global sur le climat à Paris en décembre prochain. Ce ne sont pas les arguments scientifiques qui manquent.

Plus d'articles

Commentaires