L'analyse du bassin de l'Ardipithecus ramidus montre que cet hominidé qui vivait il y près de 4,5 millions d'années était capable de marcher sur ses deux jambes et de grimper aux arbres.

Un texte d'Alain LabelleLes premiers fossiles de cette créature ont été découverts en 1992 dans le désert éthiopien, mais ce n’est qu’en 2009 que les anthropologues ont saisi leur importance. D’ailleurs, cette année-là, le magazine Science avait fait de cette découverte l’événement scientifique de l’année.

Selon ce que nous savons, Ardi est le plus ancien ancêtre commun au genre humain actuel (Homo) et aux espèces disparues comme les australopithèques.

Le bassin sous la loupe

Selon les anthropologues américains Elaine Kozma et Herman Pontze de la City University de New York, l’étude du bassin d’un squelette partiel laisse à penser que l’Ardipithecus ramidus marchait comme l’humain et était doté d’une grande capacité à grimper, un peu comme les chimpanzés.

Cette constatation fait d’Ardi une exception, puisque les scientifiques estiment que l'évolution vers la marche chez les hominidés s'est faite au détriment de ses capacités d’escalade.

« Cet arrangement de la hanche n'apparaît pas chez deux hominidés fossiles ultérieurs, y compris dans le squelette partiel connu sous le nom de Lucy, un Australopithecus afarensis de 3,2 millions d'années », explique Herman Pontze.

Le bassin inférieur d'Ardi est plus long que celui des humains, une réalité qui a mené au départ certains paléoanthropologues à penser qu'il était d’abord un grimpeur et qu’il marchait lentement avec les genoux et les hanches pliés, ou peut-être pas du tout.

Les présents travaux tendent plutôt à montrer que la bête avait la capacité de marcher debout à la manière des humains.

En fait, contrairement à d'autres hominidés et singes actuels, « le bassin supérieur d'Ardi est placé derrière le bassin inférieur, ce qui permet une démarche droite », affirment les auteurs de ces travaux publiés dans la revue PNAS (en anglais).

Ainsi, cette réorientation évolutive du bassin a permis aux muscles du dos de soutenir une colonne vertébrale droite.

Les chercheurs pensent que le mélange inhabituel des capacités de marche et d'escalade d'Ardi a stimulé l'évolution du corps des hominidés en minimisant les risques de blessures aux membres inférieurs. Le long bassin inférieur d'Ardi (de gros orteils opposés) a été remplacé par la suite par un petit bassin inférieur relié à des muscles ischiojambiers plus petits, un gros orteil humain et un arc entièrement développé.

Ces changements ont rendu l'escalade plus difficile pour A. afarensis, mais ont stabilisé sa position verticale, ce qui a aidé à prévenir les blessures au pied et les déchirures aux muscles ischiojambiers.

Un visage de singe

Dès 2009, les paléoanthropologues ont établi que le visage d'Ardi, proéminent, avait une apparence de singe. Le positionnement de son cerveau était toutefois semblable à celui des humains modernes. Ses canines supérieures s'apparentaient également plus à celles de l'homme qu'à celles, longues et acérées, des chimpanzés.

L'examen comparatif de ses os montre qu'il était plus primitif que l'australopithèque Lucy, découverte en 1974 et longtemps considérée comme le plus vieil hominidé connu.

En fait, il aurait vécu un million d'années avant Lucy.

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