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Assassinats et corruption au pays des narcotrafiquants mexicains

En 2016, le Mexique a été le pays qui, après la Syrie – en guerre faut-il le rappeler – a connu le plus grand nombre d'assassinats : 23 000. Et 2017 s'annonce pire avec une vague de violence dans plusieurs États de la fédération mexicaine. Ces États où les cartels de la drogue font la loi sont aussi les plus corrompus; ce sont aussi ceux où les journalistes sont le plus visés.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Le dernier sur une longue liste de victimes parmi les membres de la profession journalistique, c’est Salvador Adame, fondateur d’une télévision locale de la « Tierra Caliente » de l’État du Michoacan, le canal 6 de Nueva Italia, qui a été enlevé à la mi-mai.

La « Terre chaude » s’applique au climat, mais aussi à la violence qui y règne depuis l’apparition des cartels de la drogue dans les années 2000.

Trois groupes criminels, la Famille du Michoacan, les Chevaliers templiers et Jalisco Nouvelle Génération, se disputent le territoire. Dans les montagnes difficilement accessibles de la Sierra Madre se cachent les plantations de pavot pour l’héroïne brune, de marijuana et aussi les routes clandestines de la drogue vers le port de Lazaro Cardenas. Une terre sans foi ni loi.

José Luis Alvarez est un ami de Salvador Adame. Le journaliste venait souvent faire un court séjour dans son hacienda, son exploitation agricole, à mi-chemin entre Nueva Italia et la capitale du Michoacan, Morelia. Pour discuter.

Avant sa disparition, le 15 mai, Javier Valdez correspondant de La Jornada et de l’Agence France Presse au Sinaloa, est criblé de balles en pleine rue devant son journal, Rio Doce.

D'autres journalistes tués

La journaliste Miroslava Breach est abattue en mars par un tireur devant chez elle dans l'État de Chihuahua, au moment où elle s'apprêtait à accompagner son fils à l'école. Son journal, El Norte, a fermé ses portes.

Et plus tôt cette année, Ricardo Monlui, journaliste du Veracruz est assassiné alors qu'il allait au restaurant avec sa femme et son fils.

L’État de Veracruz a connu son plus grand nombre de journalistes assassinés sous le « règne » du gouverneur Javier Duarte. Il s’est enfui avant la fin de son mandat et il a été retrouvé dans un hôtel de luxe du lac Atlitlan, au Guatemala. En cinq ans, il aurait réussi le tour de force de détourner 750 millions de dollars de fonds publics, placés dans des propriétés de luxe au Mexique et aux États-Unis.

En fait, une demi-douzaine d’anciens gouverneurs d’États du Mexique sont en fuite, accusés ou soupçonnés de corruption.

Pour l’analyste politique et social Gaston Melo, l’immense pouvoir des gouverneurs a commencé lors de la transition démocratique – ratée selon lui – en 2000. Le PRI, au pouvoir depuis 70 ans grâce à un système de corruption bien rodé, laisse alors la place au PAN des présidents Vicente Fox, puis Felipe Calderon. Les gouverneurs les moins scrupuleux s’en donnent à cœur joie.

Le PRI est de retour au pouvoir depuis 2012 avec Enrique Peña Nieto.

« Les gouverneurs sont devenus des entités beaucoup plus autonomes, ils ont pu faire ce qu’ils voulaient. Ils s’arrangeaient avec le gouvernement central pour toucher plus d’argent, des enveloppes pour des projets qui existaient ou pas; à cause de ça, les gouverneurs sont devenus l’épitome de la corruption », explique Gaston Melo.

À présent, une corruption délirante, alimentée par le narcotrafic, ronge une bonne partie du Mexique. Dans un pays où tant de zones sont hors de contrôle, tout peut arriver.

Le House of Card mexicain « Ingouvernable », c’est le titre de la première série mexicaine de Netflix. Le président – qui ressemble presque à s’y méprendre au président actuel – est assassiné. Il a voulu mettre un terme à la guerre aux narcotrafiquants et cela a contrarié des intérêts puissants : des hauts gradés de l’armée de mèche avec des forces occultes américaines qui évoquent fortement la CIA ou la DEA, l’agence antidrogue.

La première dame est soupçonnée du meurtre. Elle est incarnée par l’actrice Kate del Castillo, qui produit également la série. On la connaît notamment pour sa relation avec le narcotrafiquant Joaquin Guzman, surnommé « El Chapo », considéré comme le plus célèbre baron de la drogue mexicain. Mme del Castillo vit aux États-Unis et elle refuse de se laisser interroger par la justice mexicaine à ce sujet.

Cette série est un House of Cards mexicain avec un scénario invraisemblable, c’est sûr. Et pourtant...

La réalité dépasse-t-elle la fiction au Mexique? « Non, répond Gaston Melo. La réalité va toujours au-delà de la fiction. [...] Il y a des choses qu’on ne connaît pas. Si l'on dit ça, la vérité doit être pire. »

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