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Assurance emploi : de plus en plus de demandes pour cause de maladie

Après 30 ans sur le marché du travail, Johanne Bélanger est au repos forcé. La Montréalaise de 56 ans a reçu un diagnostic de cancer en juin.

Un texte de Davide Gentile

Les médecins lui annoncent alors qu'elle doit arrêter de travailler parce qu'elle va subir une opération et recevoir des traitements de chimiothérapie. « J'ai vite réalisé que 15 semaines c'est pas grand chose », dit-elle à propos des prestations offertes par l'assurance emploi en cas de maladie.

À l'approche de Noël, ses prestations sont déjà presque épuisées alors qu'elle vient tout juste de subir une importante chimiothérapie. « J'ai toujours ce stress financier dans la tête. Comment je vais faire pour arriver? », se demande-t-elle.

Elle n'est pas seule à vivre cette situation. Les Canadiens sont de plus en plus nombreux à demander des prestations de maladie de l'assurance emploi.

Une pétition

Le nombre de prestataires est passé en moyenne de 66 000 par mois en 2013 à 73 000 par mois en 2016. Environ 35 % des prestataires auraient eu besoin de plus que les 15 semaines de prestations prévues par le programme.

« Ça conduit à des histoires tragiques de gens qui ont tout perdu », affirme Marie-Hélène Dubé. Mère monoparentale de deux enfants, elle a surmonté trois épisodes de cancer.

Chaque fois elle a été choquée par les limites du système actuel. Elle a lancé il y a huit ans une pétition pour changer les choses et a reucueilli depuis plus de 500 000 signatures. Selon elle, on devrait offrir 52 semaines plutôt que 15 aux salariés qui tombent malades.

« Avec le changement de gouvernement, je me disais "on va arriver à quelque chose". Mais on arrive à mi-mandat et c'est le statu quo », dit-elle.

Les libéraux de Justin Trudeau étaient pourtant en faveur d'apporter des changements aux prestations en cas de maladie quand ils étaient dans l'opposition.

Dans son dernier budget, Ottawa a cependant apporté certaines bonifications qui aident les proches de gens malades. Une prestation d'une durée maximale de 15 semaines pour les proches aidants d'adultes. Et la prestation pour les parents d'enfants gravement malades est maintenant offerte aussi à la famille élargie de ces enfants.

Mais le gouvernement n'a pas encore bougé quant à aux prestations offertes aux malades eux-mêmes.

Le gouvernement continue d'étudier la question

Le 15 décembre 2016, en entrevue avec l'animateur Patrice Roy, le premier ministre Trudeau s'était montré ouvert à des changements.

Il réagissait à une question de Houda El Kherchi. Victime d'un cancer, elle relatait avoir eu besoin de l'aide d'amis pour acheter de la nourriture à son fils. « On sait à quel point les gens souffrent à cause de cela. Et oui on veut amener plus de flexibilité, plus de compassion à notre système », avait dit le premier ministre après avoir entendu le cri du coeur de cette jeune mère de famille.

Mais en novembre le ministre responsable disait continuer à étudier la question. « Nous allons continuer à améliorer le régime d'assurance emploi. Mais je peux pas vous dire aujourd'hui "oui nous allons le faire" », répondait le ministre Jean-Yves Duclos dans une autre entrevue avec Patrice Roy.

Johanne Bélanger, elle, estime que ses faibles moyens nuisent à son rétablissement.

Difficile par exemple de manger des fruits et des légumes comme ses médecins le lui conseillent. « C'est cher. Êtes-vous allés acheter un panier de produits frais récemment ? » dit-elle en hochant la tête. Et sa situation risque de se compliquer. Elle devrait recevoir son dernier chèque d'assurance emploi d'ici Noël. Ensuite ce sera l'aide sociale.

En moins d'un an, ses revenus auront chuté de plus de la moitié. « C'est toute une épreuve. Une épreuve dont je n'avais pas besoin. »

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