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Attaque chimique alléguée en Syrie : menaces américaines et mises en garde russes

Washington et Paris ont mis en cause la Russie devant le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU), lundi, après des bombardements chimiques allégués à Douma, dernière enclave rebelle de la Ghouta orientale en banlieue de la capitale syrienne. Moscou, de son côté, a mis en garde contre une éventuelle frappe américaine.

Cela aurait de « graves répercussions », a déclaré l'ambassadeur de Russie à l'ONU, qui dément toute « attaque chimique ».

« Par les canaux appropriés, nous avons déjà informé les États-Unis qu'un recours à la force sous un prétexte mensonger en Syrie, où les troupes russes ont été déployées à la demande du gouvernement légitime, pourrait entraîner de graves répercussions », a prévenu l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassili Nebenzia.

La mise en garde russe répondait aux accusations de l’ambassadeur français, qui a directement montré du doigt les forces russes présentes en Syrie.

De son côté, la représentante américaine Nikki Haley s'en est prise à la Russie et à l'Iran, qui comptent « des conseillers militaires dans les bases aériennes du régime d'Assad et dans les centres d'opérations », a-t-elle dit.

Trump n’écarte pas l’option militaire

Le président américain s’est entretenu lundi soir avec son homologue français pour la deuxième fois en deux jours. Donald Trump et Emmanuel Macron souhaitent « une réaction ferme de la communauté internationale », indique l'Élysée.

Plus tôt, le président Trump avait promis de prendre « très rapidement » une « décision majeure » au sujet de la Syrie. L'option militaire n'est pas exclue, a-t-il assuré.

Avant une réunion de son cabinet, le président Trump a d'abord avancé qu'une décision serait prise dans les « 24 à 48 heures », avant d'affirmer quelques minutes plus tard que cela se produirait « probablement d'ici la fin de la journée ».

Le président russe, Vladimir Poutine, a pour sa part profité d'une conversation téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel pour déplorer « le caractère inadmissible des provocations et spéculations » sur cette présumée attaque chimique, selon un communiqué du Kremlin.

60 morts, 1000 blessés à Douma, selon une ONG

Selon un bilan avancé lundi par l'Union des organisations de secours et soins médicaux, en France, cette attaque a fait « plus de 60 morts et plus de 1000 blessés », et « beaucoup de ces victimes sont des enfants ». Selon l'ONG, « les secours peinent à accéder aux souterrains dans lesquels le gaz s’est insinué et où des centaines de familles avaient trouvé refuge ».

Les Casques blancs et l'ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS) affirmaient dimanche que l'attaque avait tué 48 personnes et que plus de 500 personnes, des femmes et des enfants pour la plupart, présentaient « les symptômes d'une exposition à un agent chimique ».

La Syrie nie toute responsabilité dans cette affaire et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, affirme que des spécialistes russes qui ont enquêté à Douma n'y ont trouvé « aucune trace de chlore ni d'une quelconque substance chimique ».

« Sans vérification, sans enquête, tirer des conclusions ne serait pas correct », a pour sa part commenté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. « Il est nécessaire d'élucider de manière très minutieuse ce qu'il s'est passé à Douma. Sans information, tirer des conclusions serait dangereux. »

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a néanmoins annoncé l'ouverture d'une enquête sur cette attaque. L'institution internationale a « effectué une analyse préliminaire des informations sur l'utilisation présumée d'armes chimiques dès leur publication » et davantage d'éléments seront rassemblés « pour établir si des armes chimiques ont été utilisées », a déclaré son directeur général, Ahmet Uzumcu.

Les experts examinent les éléments provenant « de toutes les sources disponibles » et feront part de leurs conclusions aux 192 pays signataires de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques de 1993, a ajouté M. Uzumcu.

La Syrie a adhéré à ce traité en 2013, après avoir admis – sous forte pression américaine et russe, et sous la menace de frappes militaires occidentales – détenir des stocks d'armes chimiques. L'OIAC affirme avoir détruit la totalité des stocks syriens déclarés, mais M. Uzumcu a à plusieurs reprises indiqué qu'il y avait des failles dans les déclarations du gouvernement syrien.

Depuis le début de la guerre en Syrie, en 2011, plusieurs projets de résolution soumis au Conseil de sécurité de l'ONU n'ont jamais pu être adoptés en raison de l'opposition de la Russie.

D'autres résolutions sont demeurées sans effet. Le 24 février, par exemple, le Conseil a approuvé, avec l'accord de Moscou, une résolution réclamant « sans délai » un cessez-le-feu humanitaire d'un mois en Syrie. Cela n'a pas empêché le régime syrien de poursuivre ces bombardements sur la Ghouta orientale, qui a presque été totalement reconquise depuis.

Avant l'attaque chimique présumée à Douma, M. Trump affirmait ouvertement sa volonté de retirer les quelque 2000 soldats américains déployés en Syrie pour combattre le groupe armé État islamique, faisant valoir que les djihadistes étaient pratiquement battus.

Les derniers rebelles de la Ghouta sur le point d'être évacués

Selon l'agence SANA, une évacuation vers le nord de la Syrie des rebelles et de leurs familles a commencé dimanche soir, en application d'un accord conclu dans la journée avec Jaïch al-Islam, le groupe rebelle contrôlant Douma.

Selon le commandant du centre russe pour la réconciliation entre les parties, Iouri Evtouchenko, « 100 autobus » étaient arrivés sur place, et « tout [était] prévu pour l'évacuation de 8000 combattants et environ 40 000 membres de leurs familles ».

Parallèlement, des otages retenus à Douma par les rebelles ont pu regagner Damas.

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