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Attentat à Paris : l'assaillant avait un passé criminel bien connu

L'auteur de l'attentat sur les Champs-Élysées jeudi soir est un Français de 39 ans du nom de Karim Cheurfi. Avant d'être abattu par les forces de l'ordre, il a tué un policier et en a blessé deux autres, en plus de blesser une touriste allemande.

Ce dernier semble avoir agi en solitaire, mais l’enquête déterminera s’il a bénéficié de l'appui de complices. Le domicile de sa mère a fait l'objet d'une perquisition et trois membres de son entourage ont été interrogés.

Les policiers ont retrouvé un fusil à pompe et des armes blanches dans sa voiture qu’il avait abandonnée près des lieux où s’est déroulée l’attaque, ainsi que les adresses de la Direction générale de la sécurité intérieure, de trois armureries et du poste de police de Lagny-sur-Marne, en Seine-et-Marne, département où il vivait. Ils y ont aussi trouvé un coran.

Un papier portant un message manuscrit prenant la défense de le groupe armé État islamique (EI) a également été retrouvé près de son corps.

L'attentat a d'ailleurs été revendiqué par l'EI.

Du temps passé en prison

Célibataire et sans enfant, Karim Cheurfi est né à Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis. Connu pour de nombreux actes de délinquance, Cheurfi habitait chez sa mère, à Chelles, depuis le 14 octobre 2015 où il purgeait une peine de deux ans de prison avec sursis.

En février dernier, il profère des menaces de mort contre des policiers de Meaux qui l’entendaient dans une affaire de droit commun. Placé en garde à vue, il est libéré « faute de preuves ».

En 2001, il avait tiré sur des policiers après avoir percuté, avec une voiture volée, le véhicule de deux policiers en civil. Il s’enfuit en tirant sur les policiers lorsque ces derniers s’identifient.

Arrêté dans le cadre de cette affaire, il subtilise l’arme d’un policier et lui tire cinq balles dessus, le touchant à trois reprises. Condamné à 20 ans de prison, sa peine est ramenée à 15 ans et il sera libéré après en avoir purgé 10.

« Il n'aurait jamais dû être dehors » a déploré le secrétaire général du syndicat Alternative Police-CFDT, Denis Jacob. « Il y a un problème de justice pénale sur lequel il faudra se pencher. »

Un individu fiché

Bien que récemment fiché comme personne radicalisée, les gens de son quartier n'en croient rien. « Ici, tout le monde le connaît, c'est quelqu'un qui a perdu la raison, de psychologiquement vraiment atteint », confie à l'AFP, sous couvert de l’anonymat, un habitant de son quartier paisible de la banlieue nord-est de Paris.

« Ses actes, ses réactions, sa façon de marcher, son attitude étaient en décalage, comme s'il venait de Mars », poursuit l’homme qui dit le connaître depuis plus de 20 ans.

« Il a un grain », confirme Salim, qui se présente comme l’ami d'un cousin de Cheurfi qui assure l'avoir vu pour la dernière fois « il y a deux ou trois semaines ».

« Il était marqué par la prison, mais pas marqué par la religion ou autre », estime Mohammed, 21 ans, qui vit dans un immeuble proche d’où habitait Karim Cheurfi. « Il avait une haine de la justice et de la police [...], il a peut-être pété un plomb en sortant de prison ».

Personne de son entourage ne le décrit comme une personne radicalisée.

« Il ne savait même pas se servir d'une télécommande, alors aller sur internet et contacter Daech, j'imagine pas! », avance Salim. Un autre voisin, Abdel, abonde en ce sens.

Cheurfi n'était pas connu pour avoir une pratique religieuse. « Je vais souvent à la mosquée, je ne l'y ai jamais vu », a ajouté Salim. Même constat chez un autre riverain, qui décrit un homme « absolument pas religieux ».

Par ailleurs, Youssouf El Osri, un individu considéré par la police belge comme « très dangereux » et qui faisait l'objet d'un avis de recherche jeudi soir s'est rendu aux autorités.

« L'homme faisant l'objet d'un avis de recherche diffusé par les autorités belges s'est présenté dans un commissariat d'Anvers », dans le nord de la Belgique, a déclaré le porte-parole du ministère français de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet.

L’individu tentait de se rendre en France. Un billet de train daté du 20 avril 2017, des armes à feu et des cagoules ont été saisis lors d’une perquisition menée à son domicile.

Le porte-parole du ministère ne peut toutefois pas confirmer si l'homme arrêté en Belgique est lié « de près ou de loin » à ce qui s'est passé sur les Champs-Élysées.

L'EI, qui a revendiqué l'attentat, a affirmé que son auteur en était un certain Abou Youssouf Al-Belgiki (dit le Belge), mais preuve n'a pas été faite jusqu'ici qu'il s'agit ici d'un seul et même Youssouf.

Youssouf El Osri n'était sinon pas à Paris au moment des faits.

Surtout, l'auteur de l'attaque été formellement identifié par la police française comme étant Karim Cheurfi.

L’avocat de Youssouf El Osri, Nabil Riffi, a déclaré à plusieurs médias qu’une perquisition menée au domicile de son client - dans une affaire qui n’est pas liée au terrorisme – a permis aux policiers de mettre la main sur un billet de Thalys, à destination de la France.

Cette découverte a donné lieu au signalement de l’individu aux autorités françaises, selon le quotidien belge Le Soir.

Outre l'individu qui s'est rendu en Belgique, trois membres de l'entourage familial de l'assaillant ont également été interpellés et placés en garde à vue pendant la nuit.

Des policiers inquiets

Les syndicats de policiers ont confié leur inquiétude au ministre français de l’Intérieur, Matthias Felk, face au traitement réservé aux détenus considérés comme dangereux.

L’attentat perpétré par Karim Cheurfi démontre que la France reste « à un niveau de menace très élevé » à l’approche du premier tour de l’élection présidentielle. « Une fois de plus, les forces de l'ordre sont prises pour cible et paient de la façon la plus tragique leur investissement dans la sécurité de nos concitoyens », a déclaré le secrétaire général du syndicat de l'Unsa police, Philippe Capon.

Les syndicats estiment qu’il faut se pencher sur le phénomène des remises de peine pour des détenus dont les chances de réhabilitation sont minces.

« On peut s'étonner, sans remettre en cause la justice, que cet individu soit remis en liberté, ce qui démontre une nouvelle fois le fossé entre la mission de protection de la population assignée aux policiers et les décisions de justice qui compliquent leur mission », a dit le secrétaire général du syndicat Alliance, Jean-Claude Delage

Les attentats terroristes ont fait 238 morts depuis 2015 en France.

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