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Attentat à Paris : l'assaillant avait un passé criminel bien connu

L'homme qui a assassiné un policier et qui a tenté d'en tuer deux autres jeudi soir sur les Champs-Élysées avait de lourds antécédents judicaires, a confirmé vendredi le procureur de Paris, François Molins. Il avait violé quelques semaines plus tôt les conditions d'une peine de prison avec sursis qu'il purgeait et faisait toujours l'objet d'une enquête antiterroriste dans une autre affaire.

En conférence de presse vendredi après-midi, le procureur Molins a indiqué que Karim Cheurfi, un Français de 39 ans né à Livry-Gargan, en banlieue de Paris, avait été condamné à quatre reprises au cours des 12 dernières années. Il avait notamment écopé de 15 ans de prison en février 2005 pour tentative de meurtre sur des policiers.

Au volant d'une voiture volée, Cheurfi avait percuté une autopatrouille le 6 avril 2001 et avait ouvert le feu sur les policiers qui voulaient contrôler son identité. Placé en garde en vue dans la foulée, il avait réussi deux jours plus tard à subtiliser l’arme d’un autre policier et avait tiré sur lui, l'atteignant à trois reprises.

Remis en liberté conditionnelle le 7 septembre 2013, Cheurfi n'a pas tardé à récidiver. Le 13 octobre, il est interpellé pour vol par effraction, recel et usurpation de plaque d'immatriculation, ce qui lui vaudra d'être condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, en juillet 2014. Remis en liberté le 14 octobre 2015, il purgeait depuis ses deux ans de prison avec sursis au domicile de sa mère.

Cheurfi avait également eu des problèmes de conduite en détention, étant condamné à trois mois de prison en mars 2008 pour avoir agressé un membre du personnel pénitentiaire, puis de nouveau en novembre 2009 pour avoir fait de même avec un codétenu.

Selon le procureur Molins, Cheurfi avait été convoqué par le juge chargé de faire le suivi de sa peine de prison avec sursis le 7 avril dernier, parce qu'il s'était envolé le 15 janvier pour l'Algérie, sous prétexte qu'il allait s'y marier, et en était revenu un mois plus tard.

Comme il n'avait pas prévenu les autorités avant son départ, le juge chargé de suivre son dossier lui a « rappelé ses obligations », mais « sans procéder à la révocation de son sursis », a expliqué François Molins.

Un signalement au parquet antiterroriste

Cheurfi avait aussi été signalé au parquet antiterroriste en janvier 2017 sous prétexte qu'il « cherchait à se procurer des armes et aurait tenu des propos laissant entendre qu'il voulait tuer des policiers », a poursuivi le procureur.

« En l'absence d'éléments de radicalisation », le parquet de Meaux, en collaboration avec le parquet antiterroriste, ont décidé le 13 janvier d'ouvrir une enquête « préliminaire « sous une qualification de droit commun, de menaces de crimes contre les personnes et d'association de malfaiteurs ».

Selon M. Molins, l'enquête, marquée par une perquisition au domicile de Cheurfi, a révélé qu'il s'était fait livrer par Internet au cours de la dernière année des « couteaux de chasse [...] des masques et une caméra GoPro ». Toutefois, cela n'était « pas suffisant pour caractériser les menaces de crimes et d'association de malfaiteurs qui étaient recherchées ». La garde à vue dont il faisait l'objet a donc été levée.

Des écoutes électroniques de sa ligne téléphonique et l'exploitation du matériel informatique saisi n'ont par ailleurs révélé « aucune trace de documentation ou de consultation de site à caractère apologétique », a encore dit le procureur de Paris.

Bien que Cheurfi ne présentait aucun lien apparent avec une mouvance islamiste radicale ni aucun signe d'adhésion à une telle idéologie, a-t-il poursuivi, le parquet antiterroriste avait décidé, considérant ses antécédents et son parcours, de poursuivre son enquête sous un chef « d'entreprise individuelle terroriste » le 9 mars 2017.

L'enquête du bureau du procureur s'applique maintenant à déterminer « le contexte précis du passage à l'acte » de Karim Cheurfi, « les conditions dans lesquelles il s'est procuré des armes » et les « éventuelles complicités dont il a pu bénéficier », a précisé François Molins à la fin de sa conférence de presse.

« Il n'aurait jamais dû être dehors », avait précédemment déploré le secrétaire général du syndicat Alternative Police-CFDT, Denis Jacob. « Il y a un problème de justice pénale sur lequel il faudra se pencher. »

Un « message manuscrit défendant la cause de Daech »

Le procureur Molins est aussi revenu sur les circonstances de l'attaque perpétrée la veille par Karim Cheurfi. Il a précisé que l'homme était arrivé sur les lieux à bord d'une voiture Audi, dont il était sorti pour tirer sur un policier qui se trouvait derrière le volant d'une voiture stationnée devant l'Office de tourisme de Turquie avec un fusil d'assaut kalachnikov. Le policier est mort de deux balles à la tête .

Cheurfi a ensuite grièvement blessé un autre policier de 34 ans qui se trouvait en faction tout près. Un autre policier de 31 ans a quant à lui été « légèrement blessé », tout comme une touriste qui a été blessée à un pied par des éclats de balles.

Après que Cheurfi eut été tué par un tir de riposte, les policiers ont trouvé près de son corps un morceau de papier contenant « un message manuscrit défendant la cause de Daech », acronyme arabe du groupe armé État islamique (EI).

Dans son véhicule, les policiers ont aussi retrouvé un grand sac noir contenant un fusil à pompe, des munitions de calibre .12, deux gros couteaux de cuisine, un sécateur, un coran et d'autres morceaux de papier contenant les adresses de la Direction générale de la sécurité intérieure, de trois armureries et du poste de police de Lagny-sur-Marne, en Seine-et-Marne, département où il vivait.

Le domicile de sa mère et celui d'un de ses proches ont été l'objet de perquisitions. Trois de ses proches ont été placés en garde à vue et sont interrogés par les forces de l'ordre.

Un individu fiché

Même si l'EI a revendiqué l'attentat, des résidents du quartier où habitait Karim Cheurfi refusent de croire à sa radicalisation. « Ici, tout le monde le connaît, c'est quelqu'un qui a perdu la raison, de psychologiquement vraiment atteint », a confié à l'AFP, sous couvert de l’anonymat, un habitant de son quartier paisible de la banlieue nord-est de Paris.

« Ses actes, ses réactions, sa façon de marcher, son attitude étaient en décalage, comme s'il venait de Mars », a poursuivi l’homme, qui dit le connaître depuis plus de 20 ans.

« Il a un grain », a confirmé Salim, qui se présente comme l’ami d'un cousin de Cheurfi qui assure l'avoir vu pour la dernière fois « il y a deux ou trois semaines ».

« Il était marqué par la prison, mais pas marqué par la religion ou autre », a estimé Mohammed, 21 ans, qui vit dans un immeuble proche d’où habitait Karim Cheurfi. « Il avait une haine de la justice et de la police [...], il a peut-être pété un plomb en sortant de prison ».

Personne de son entourage ne le décrit comme une personne radicalisée.

« Il ne savait même pas se servir d'une télécommande, alors aller sur Internet et contacter Daech, j'imagine pas! », a avancé Salim. Un autre voisin, Abdel, a abondé en ce sens.

Cheurfi n'était pas connu pour avoir une pratique religieuse. « Je vais souvent à la mosquée, je ne l'y ai jamais vu », a ajouté Salim. Même constat chez un autre riverain, qui décrit un homme « absolument pas religieux ».

Reddition d'un autre homme aux autorités belges

L'EI, qui a revendiqué l'attentat, a affirmé que son auteur était un certain Abou Youssouf Al-Belgiki (dit le Belge). Or, un individu nommé Youssouf El Osri, considéré par la police belge comme « très dangereux », et qui faisait l'objet d'un avis de recherche jeudi soir, s'est rendu aux autorités.

« L'homme faisant l'objet d'un avis de recherche diffusé par les autorités belges s'est présenté dans un commissariat d'Anvers », dans le nord de la Belgique, a déclaré le porte-parole du ministère français de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet, qui ne peut toutefois pas confirmer que cet homme est lié « de près ou de loin » à ce qui s'est passé sur les Champs-Élysées.

En réalité, Youssouf El Osri n'était pas à Paris au moment des faits et l'auteur de l'attaque été formellement identifié par la police française comme étant Karim Cheurfi.

El Osri tentait de se rendre en France. Un billet de train daté du 20 avril 2017, des armes à feu et des cagoules ont été saisis lors d’une perquisition menée à son domicile.

Son avocat, Nabil Riffi, a déclaré à plusieurs médias qu’une perquisition menée au domicile de son client - dans une affaire qui n’est pas liée au terrorisme – a permis aux policiers de mettre la main sur un billet de train à destination de la France.

Cette découverte a donné lieu au signalement de l’individu aux autorités françaises, selon le quotidien belge Le Soir.

Des policiers inquiets

Les syndicats de policiers ont confié leur inquiétude au ministre français de l’Intérieur, Matthias Felk, face au traitement réservé aux détenus considérés comme dangereux.

L’attentat perpétré par Karim Cheurfi démontre selon eux que la France reste « à un niveau de menace très élevé » à l’approche du premier tour de l’élection présidentielle. « Une fois de plus, les forces de l'ordre sont prises pour cible et paient de la façon la plus tragique leur investissement dans la sécurité de nos concitoyens », a déclaré le secrétaire général du syndicat de l'Unsa police, Philippe Capon.

Les syndicats estiment qu’il faut se pencher sur le phénomène des remises de peine pour des détenus dont les chances de réhabilitation sont minces.

« On peut s'étonner, sans remettre en cause la justice, que cet individu soit remis en liberté, ce qui démontre une nouvelle fois le fossé entre la mission de protection de la population assignée aux policiers et les décisions de justice qui compliquent leur mission », a dit le secrétaire général du syndicat Alliance, Jean-Claude Delage

Les attentats terroristes ont fait 238 morts depuis 2015 en France.

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