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Attentat à Québec : les intentions d'Alexandre Bissonnette étaient « imprévisibles »

Le présumé auteur de l'attentat qui a fait six morts au Centre culturel islamique de Québec, Alexandre Bissonnette, avait des idées à droite du spectre politique. Opposé au contrôle des armes à feu, le jeune homme était plutôt introverti et parlait à peu de gens, confie l'un de ses anciens collègues à l'Université Laval.

« C’était un étudiant assez timide, assez introverti. Il ne faisait pas beaucoup d’interventions en classe. Aucune, en fait. Il ne parlait pas au prof », se souvient Jean-Michel Allard-Prus, du temps où il étudiait en science politique avec Alexandre Bissonnette.

Dans un cours de baccalauréat, les deux étudiants avaient été jumelés pour réaliser un travail d'équipe. Jamais Jean-Michel Allard-Prus n'a senti d'agressivité chez son collègue, de nature très réservée. Il n'avait pas l'habitude de participer aux activités sociales de son programme.

« Il y avait quelque chose qu’on ne comprenait pas de lui ou que moi, du moins, je ne comprenais pas de lui. Mais il n’a jamais démontré de violence. Il ne semblait pas du tout bipolaire ou montrer des sautes d’humeur. »

On savait qu’il y avait beaucoup de choses qu’il cachait. Quand tu le regardais dans les yeux, il regardait au sol.

Jean-Michel Allard-Prus, ex-collègue de classe d'Alexandre Bissonnette

Des idées de droite

Alexandre Bissonnette avait des idées politiques campées bien à droite. Pro-Israël, contre le contrôle des armes à feu et peu favorable aux taxes, il aurait fait un « parfait républicain aux États-Unis », selon Jean-Michel Allard-Prus.

Ce dernier précise toutefois que dans leurs conversations, jamais Alexandre Bissonnette n'avait évoqué de haine envers les musulmans ni d'idées suprématistes blanches.

« Il a toujours eu comme idée que la violence n’était pas un moyen légitime de démontrer ses idées politiques. Il n’a jamais démontré un penchant pour la violence ou pour les conflits armés. » Jean-Michel Allard-Prus a donc été estomaqué quand il a vu que son ex-collègue de classe était arrêté.

Jamais il n’évoquait la violence [...] Mais d’un autre côté, c’était quelqu’un qui cachait beaucoup dans le sens où il y avait beaucoup [d'aspects] de sa personnalité ou il y avait de choses qu’il pensait qu’il ne disait pas. On se doutait qu’il gardait tout ça à l’intérieur. Il ne verbalisait pas beaucoup ses émotions. 

Jean-Michel Allard-Prus, ex-collègue de classe d'Alexandre Bissonnette

Une autre connaissance d'Alexandre Bissonnette le décrit comme étant un jeune homme discret. Éric Debroise l'a connu par l'intermédiaire du meilleur ami de ce dernier lors d'une rencontre politique à l'Université Laval.

Même si le jeune homme de 27 ans était introverti et cultivait une passion pour les armes, son arrestation a été une surprise totale pour Éric Debroise.

« C'est là que je me dis que le processus de radicalisation est bien plus complexe que de simplement cocher des cases sur un formulaire pour découvrir que quelqu'un le serait », affirme Éric Debroise, qui est aussi cofondateur d'une entreprise d'expertise-conseil dans la gestion de la diversité culturelle et religieuse.

Le simple fait d'avoir été approché par quelqu'un qui est passé à l'acte sans que je repère un seul signal de sa part, ça m'a beaucoup choqué.

Éric Debroise, cofondateur d'une entreprise d'expertise-conseil dans la gestion de la diversité culturelle et religieuse

Il confirme que Bissonnette avait tenu des propos dérangeants à l'endroit de la communauté juive récemment. Ses positions politiques d'extrême droite étaient aussi évidentes, mais son discours n'avait rien pour alarmer Éric Debroise. Il souligne notamment la grande admiration d'Alexandre Bissonnette pour Marine Le Pen.

« Oui, c'est quelqu'un qui clairement va au-delà des débats de droite, il est clairement à l'extrême droite, voire à l'ultra droite », soutient Éric Debroise.

Un enfant « bien élevé »

« C’était un gars qui était très calme, très poli, très bien élevé. » C'est en ces termes que Michel Kingma-Lord décrit l'enfant qu'était Alexandre Bissonnette. Ils étaient amis au primaire et au secondaire, mais se sont perdus de vue par la suite.

« On se tenait beaucoup avec lui. On jouait souvent sur l’heure de la récréation. On s’entendait très bien avec lui », illustre-t-il. Michel Kingma-Lord précise toutefois qu'Alexandre Bissonnette subissait de l'intimidation.

Il avait des intérêts qui n’étaient pas populaires […] Ça ne causait pas de trouble, c’est simplement que quand tu es différent des autres… ça causait de l’isolement.

Michel Kingma-Lord, ex-camarade de classe d'Alexandre Bissonnette au primaire et au secondaire

Michel Kingma-Lord se souvient que cela a duré jusqu'au secondaire. Il ne s'explique toujours pas ce qui s'est passé dimanche, au Centre culturel islamique de Québec.

« On n’arrivait pas à comprendre que ce soit la même personne. Il était dans un club d’échecs au secondaire, au cégep et à l’université », dit-il pour illustrer sa personnalité plutôt calme.

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