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Au-delà des objectifs, syndicats et directions d'école veulent du concret en éducation

Divers acteurs du milieu de l'éducation accueillent favorablement la Politique de la réussite éducative déposée mercredi par le ministre Sébastien Proulx afin de hausser à 85 % le taux de diplomation au Québec. Mais, aux yeux de plusieurs, cette politique manque de mesures concrètes.

« Il va falloir que les bottines suivent les babines », a déclaré sans ambages la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, qui attend du gouvernement de Philippe Couillard des moyens suffisants pour concrétiser les objectifs de cette politique pour la réussite éducative.

En entrevue sur les ondes d'ICI RADIO-CANADA PREMIÈRE, mercredi, Louise Chabot a néanmoins accordé « une bonne note » au ministre Proulx pour cette politique dotée d'une « vision » et d'une perspective de continuité, estime-t-elle.

Louise Chabot salue aussi le fait que le ministre a consulté des milliers de professeurs, de parents, d’élèves et de représentants du milieu éducatif avant d'établir ses objectifs en matière d'éducation.

Parmi les fédérations regroupées sous le parapluie de la CSQ se trouvent des syndicats de professionnels de l'enseignement, d'enseignants et de personnel de soutien. De l'avis de Louise Chabot, tous ont dû composer ces dernières années avec une succession de ministres à l'Éducation et avec moult réformes ne portant pas « sur les bons enjeux ».

Tant le personnel dans les écoles que les parents se sont mobilisés, si bien qu'ils peuvent s'« attribuer une partie » de cette politique, indique Louise Chabot.

La petite enfance, un secteur « saccagé »

Relativement à l'objectif du gouvernement de valoriser la profession enseignante et l’autonomie professionnelle des enseignants, Louise Chabot déplore l'absence de mesures concrètes en ce sens. « J'ai compris qu'il faudrait attendre », dit-elle.

La présidente de la CSQ affirme qu'avec les compressions budgétaires infligées au réseau de l'éducation par le passé, l'heure doit être au développement, désormais.

La CSQ regroupe aussi les intervenants en petite enfance du Québec et, de l'avis de Louise Chabot, « s'il y a un secteur qui a été saccagé depuis l'arrivée de ce gouvernement-là, ce sont les services éducatifs [...] offerts par les centres à la petite enfance ». Elle souhaite que, dans le cadre de cette nouvelle politique, les CPE soient pris en compte. « Il ne faudra pas travailler en silo », prévient-elle.

Le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE) qualifie de « timide » l'intégration des services éducatifs à la petite enfance dans cette politique. « Le ministre Proulx a de bonnes intentions, mais nous sommes encore bien loin de la reconnaissance de l'expertise développée dans le réseau qui accueille chaque matin des milliers d'enfants de 0 à 5 ans », affirme Francine Lessard, directrice générale du CQSEPE.

L’histoire se répète

« Quand M. Proulx dit que c’est la première fois [qu’on présente ce genre de politique], ce n’est pas vrai », remarque pour sa part l’ancienne directrice du Devoir, Lise Bissonnette. Deux de ses prédécesseurs libéraux ont déjà lancé des programmes similaires.

En 1992, le ministre Michel Pagé avait proposé sa politique « Chacun ses devoirs : plan d’action sur la réussite éducative » qui avait pour cible un taux de diplomation secondaire de 80 % pour 1997. « Vingt ans plus tard, on est à 74 % », note Mme Bissonnette, qui a consacré nombre d’articles sur le décrochage scolaire.

Il faudra attendre en 2009 pour que Michelle Courchesne lance un plan global avec 13 voies de réussites. Plusieurs éléments se retrouvent aujourd’hui dans la politique du ministre Proulx, « comme la mobilisation des enseignants et l’aide des milieux d’affaires ». Les cibles sont plus modestes que dans les années 90 : 80 % en 2020.

Plusieurs facteurs font que le problème de décrochage persiste dans la province, croit celle qui a étudié la sociologie de l’éducation. « En 15 ans, on a perdu un temps fou, de l’énergie et des ressources dans une réforme pédagogique dont les fondements scientifiques étaient fumeux », critique-t-elle. Au lieu d’en finir avec le décrochage, la réforme a plutôt semé la confusion, selon Lise Bissonnette.

À peine la note de passage

Pour le professeur Égide Royer, cette Politique de réussite éducative ne décroche qu’une note de « 6,5 sur 10 ».

Le chercheur en réussite scolaire à l’Université Laval s’attendait à ce que le plan réponde à 10 exigences concrètes afin de faire décoller le taux de diplomation au Québec au-delà des 74 %. Parmi ses attentes, cette éminence grise de l’éducation demandait notamment au gouvernement Couillard de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, d’instaurer la maternelle 4 ans pour tous et de créer un institut d’excellence sur les meilleures pratiques en éducation.

Or, le plan ne garantit aucune de ses mesures, se contentant de dire que le gouvernement « entreprendra des démarches » en la matière.

Sans mesures concrètes, le taux de diplomation demeurera inférieur aux meilleurs systèmes éducatifs en Amérique du Nord, estime M. Royer.

Des défis spécifiques aux écoles montréalaises

En réaction à la publication de la nouvelle politique, l'Association montréalaise des directions d'établissements scolaires (AMDES) rappelle que « tout est question de moyens et de ressources ». Pour les 600 membres de cette association, il faut « au-delà de la politique annoncée aujourd'hui s'assurer que les moyens appropriés soient mis en place ».

Cela dit, les directions d'écoles à Montréal considèrent que le ministre Proulx a tenu compte des enjeux soulevés dans les consultations menées avant d'élaborer sa politique.

Sébastien Proulx, « le ministre des comités », selon la CAQ

Le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d’éducation et député de Chambly, Jean-François Roberge, a déclaré dans un point de presse que Sébastien Proulx n'offrait ni pistes d'action ni échéanciers dans sa politique, devenant ainsi « un ministre des comités » plutôt qu'un ministre de l'Éducation.

« De comités en chantiers en plans d'action, ça tourne en rond, décrie-t-il. C'est un gouvernement usé à la corde. »

Selon M. Roberge, la nouvelle politique est source de déception pour les parents d'enfants en difficulté « qui n'ont pas eu de services en trois ans ». Pour les enseignants qu'on entend valoriser, « on annonce un chantier; autant dire qu'on n'a rien annoncé », dit-il encore.

Jean-François Roberge affirme qu'en campagne électorale, en mars 2014, les libéraux de Philippe Couillard parlaient de thèmes qu'ils « recyclent » maintenant dans la politique sur la réussite scolaire. « Rien n'a été fait depuis trois ans », dénonce le député caquiste.

Du côté du Parti québécois, le porte-parole en matière d’éducation, Alexandre Cloutier, a eu cette déclaration : « Malheureusement, c'est beaucoup de discussion et beaucoup de consultation, mais en septembre prochain, dans la vraie vie, il n'y a absolument rien qui va changer pour nos jeunes au Québec ».

Le Conseil du patronat du Québec se dit pour sa part satisfait de la nouvelle politique. Par communiqué, son PDG, Yves-Thomas Dorval, a salué « l’élaboration de parcours diversifiés de formation professionnelle pour qu’ils soient davantage alignés avec les priorités de développement du Québec ».

M. Dorval se réjouit aussi que le gouvernement souhaite « raffermir les liens entre les milieux éducatifs et le milieu des affaires ».

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